Bonneuil-sur-Marne : «Patoche» Douet se prépare à quitter sa mairie

A près de 65 ans, le maire PCF passera ce dimanche les commandes de la ville qu’il dirige depuis 2004 à son premier adjoint, Denis Oztorun.

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 Bonneuil-sur-Marne, ce lundi. Le maire va passer la main après 17 ans de mandat.
Bonneuil-sur-Marne, ce lundi. Le maire va passer la main après 17 ans de mandat. LP/Agnès Vives

« Salut Patoche, comment ça va? » En sortant de sa mairie, Patrick Douet ne peut faire un pas sans qu'on prenne des nouvelles de sa santé. Le maire (PCF) de Bonneuil vit sa dernière semaine officiellement aux commandes de la ville. Ce dimanche, lors d'un conseil municipal à huis clos, il passera le flambeau à son premier adjoint (PCF) Denis Oztorun, sur le pont déjà, depuis des semaines.

De nouveaux ennuis de santé ont précipité cette passation, imaginée beaucoup plus tard dans ce que Patrick Douet avait annoncé comme son « dernier mandat ». Rien à voir avec le lymphome qui, en 2015, l'avait cloué dans une chambre stérile, et dont il est en « totale rémission », ni le Covid-19 dont il s'est protégé avec zèle, mais une affection redoutable, le syndrome de Guillain-Barré qui le tient éloigné des affaires de la ville depuis deux mois. Au point même d'avoir dû être hospitalisé.

« Quand je me suis présenté aux municipales, j'avais consulté mon généraliste et mon hématologue, il suffisait que je fasse attention. Mais ce nouvel ennui de santé change les choses. Je vais avoir 65 ans. Je veux profiter de mes petits-enfants. Mon entourage me presse en ce sens. »

«Je suis devenu maire parce que j'étais au parti communiste»

Alors à quelques jours de devenir simple conseiller municipal, il met la dernière touche au discours qu'il prononcera dimanche. Son bureau est déjà rangé. Un carton et une pile de livres posés dans un coin en témoignent. Mais ses 17 ans de mandat de maire ne peuvent se résumer en ce simple pense-bête « à retirer », collé sur le coin d'une étagère.

Elu le 10 janvier 2004 quatrième maire de Bonneuil, Patrick Douet, à l'inverse d'autres politiques, n'en avait « jamais eu l'ambition ». « C'est un très beau mandat auquel je suis attaché. Mais je suis devenu maire parce que j'étais au parti communiste. » Il sera également conseiller départemental.

C'est l'ancien maire (PCF) Bernard Ywanne qui le repère et le pousse à entrer au conseil municipal en 2001, avant de lui laisser la place. « J'ai toujours cherché à être utile là où les camarades considèrent que je peux l'être. »

Le logement, son obsession

Ses classes, Patrick Douet les a faites à la Poste, à la CGT-PTT surtout, « une école de la vie ». A peine arrivé en juin 1974 au centre de Paris Brune, la grande grève de 45 jours éclate à l'automne, sorte de mai 1968 des PTT. Sur le parvis de Montparnasse, le jeune postier rencontre Georges Marchais : « J'étais intimidé, je ne l'ai plus jamais quitté ».

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Et le militant retrouve le médiatique secrétaire général du PCF dans le Val-de-Marne, où il sera muté. Il se retrouve au centre de tri de Créteil. Sans rien oublier de ces années de lutte, l'ex-secrétaire régional de la CGT-PTT y reviendra aider les copains en 2014 lorsque le centre fermera.

Bonneuil-sur-Marne, ce lundi. Le maire PCF Patrick Douet écoute et conseille ses administrés. LP/Agnès Vives
Bonneuil-sur-Marne, ce lundi. Le maire PCF Patrick Douet écoute et conseille ses administrés. LP/Agnès Vives  

Natif de Saumur, ses premières années en région parisienne seront décisives, et guideront ses pas de maire. A l'époque, « on vivait dans une soupente à Saint-Maur-des-Fossés ». Pas simple avec un bébé. « Les loyers à Paris étaient déjà impossibles. Je désespérais d'avoir un logement social. » Il finit par en obtenir un à Champigny, au Bois-l'Abbé, sans rien connaître de la banlieue. « Je n'ai jamais oublié par où je suis passé », confie-t-il.

Une fois élu, il s'attelle ainsi au « projet de ville », souhaite « une densification à taille humaine », et réussit à inscrire les quartiers République et Fabien dans l'Anru. « Mais ce sont les gens qui ont décidé. On a fait voter par référendum, avec un taux de participation record de 75%, dont 67% de oui. » Un projet où « il a fallu aller chercher les sous » mais qui n'est pas encore terminé. C'est son seul regret : « Je n'ai pas eu assez de temps pour achever l'Anru dans le quartier Fabien », reconnaît-il, en faisant un signe vers la cité.

Faire de la ville un «amortisseur social»

Mais à l'heure du bilan, Patrick Douet préfère retenir les Assises de la ville qu'il a instituées, et leurs débouchés concrets comme le coup de pouce au permis, la géothermie qui permet de chauffer tout nouveau logement, ou encore le côté « amortisseur social » de la ville, égrenant les aides mises en place durant cette crise sanitaire (logements pour les soignants, bons alimentaires, gel des loyers…).

Bien sûr, la fonction n'a pas toujours été facile, jamais à l'abri d'une « engueulade », de projets qui traînent. Ces jours-là, Patrick Douet jetait un œil de l'autre côté de la rue, vers une des nouvelles crèches. « Et quand je voyais les mères déposer leurs enfants pour aller au travail, j'étais heureux. J'ai au moins été utile à ça », rembobine-t-il, alors qu'il s'était battu à la Poste pour faire ouvrir des crèches d'entreprise.

Et dans cette ville populaire, les gens le lui rendent bien, réélu facilement à chaque municipale. En mars, son opposante (LREM) Louise Geoffroy qui lui reproche le manque de développement économique, a obtenu 22,72% des voix.

« Il va nous manquer », confirme cet habitant, qui a trouvé un job grâce à son aide. Cet autre, gérant d'un café, lui raconte ce lundi matin, les difficultés en cette période de crise sanitaire. Patrick Douet écoute, encourage. Avant de repartir à la mairie, non sans un dernier « Salut Patoche ».