Boissy-Saint-Léger : piétons mortellement percutés sur la N19, les conducteurs s’expliquent

Ce vendredi, le tribunal correctionnel de Créteil a jugé deux accidents de la route sur la N19, à Boissy-Saint-Léger, durant lesquels deux piétons avaient trouvé la mort.

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 Boissy-Saint-Léger, le 17 décembre 2015. Le conducteur d’un utilitaire, coincé par un poids lourd, a mortellement percuté un homme qui marchait sur le trottoir le long de la N19.
Boissy-Saint-Léger, le 17 décembre 2015. Le conducteur d’un utilitaire, coincé par un poids lourd, a mortellement percuté un homme qui marchait sur le trottoir le long de la N19. LP/Elsa Marnette

Les deux piétons avaient été mortellement fauchés, à Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne), sur la N19, l'un le 13 décembre 2019, l'autre le 17 décembre 2015. Ce vendredi après-midi, le tribunal correctionnel de Créteil s'est penché sur ces deux tragiques accidents, survenus sur cet axe très dangereux.

« Vous ne pouviez pas anticiper la présence d'un piéton à cet endroit », a rappelé à plusieurs reprises la présidente du tribunal. Durant plus d'une heure, la cour s'est penchée sur l'homicide involontaire d'un homme de 59 ans, fauché le 13 décembre 2019. Ce soir-là, un peu après 22 heures, Romain, un jeune homme de 24 ans, avait percuté la victime qui traversait la quatre voies, à l'entrée de Boissy-Saint-Léger.

La victime, un père de famille vivant à Villecresnes, avait été retrouvée allongée sur la chaussée 17 mètres plus loin. Sans que l'on puisse l'expliquer, sous une pluie battante, alors que la route n'était pas éclairée, cet employé de Créteil Habitat avait enjambé un muret en béton et traversé la route, dont les voies sont séparées par un autre muret.

« Je n'ai pas eu le temps de le voir venir », explique à la barre le jeune homme de 24 ans qui s'est immédiatement arrêté et a prévenu le secours. Aidé par un secouriste au bout du fil, il tente de prodiguer les premiers secours. En vain. La victime, trop grièvement blessée, ne pourra être sauvée.

« Même en me repassant le fil, je n'aurais rien pu faire », estime le jeune homme. Pas si sûr, notamment pour l'expert qui a conclu que le prévenu roulait entre 73 et 76 km/h. Mais « il y a une marge d'erreur », reconnaît la présidente alors que la vitesse était limitée à 50 km/h sur cette portion de route. « S'il avait respecté la vitesse, la victime serait toujours-là », estime de son côté l'avocat du frère de la victime.

« On doit constamment être maître de son véhicule. La vitesse doit être réduite notamment quand il pleut », rappelle le procureur lors de ses réquisitions. Le jeune homme, déjà condamné une fois pour un grand excès de vitesse, venait de doubler une autre voiture quelques secondes avant l'accident.

Une famille brisée

« La famille a été incapable de surmonter cette épreuve, a raconté le frère de la victime lors de l'audience. Cela nous a plongés dans une profonde mélancolie. »

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Le soir des faits, son mari d'astreinte était parti prêter main-forte à un collègue pour une intervention dans la ville-préfecture. Cet acte correspondait bien au caractère de cet homme décrit comme « généreux, intelligent, simple » avec au centre de sa vie, sa famille. Quelques minutes avant les faits, il avait demandé à sa femme de venir le chercher après une crevaison alors qu'il filait vers Créteil.

« L'image de mon mari me hante jour et nuit », bredouille sa femme, restée près de lui jusqu'à plus de 2 heures du matin. Elle avait découvert l'accident alors qu'elle venait le récupérer. Romain a été condamné à 12 mois de suspension de permis. Il devra également verser 3000 euros à la famille de la victime.

Le piéton fauché sur le trottoir

Dans la seconde affaire, un homme de 33 ans marchait sur le trottoir bordant la N19 lorsqu'il a été percuté par un utilitaire qui tentait d'éviter un choc avec un poids lourd de 38 tonnes qui, après l'avoir doublé, se rabattait. « Il est venu sur moi, raconte Eric, le chauffeur de l'utilitaire, âgé de 42 ans. J'ai tourné sur la droite par instinct de survie. » Son véhicule avait fauché le trentenaire. Selon ses dires, à aucun moment, il ne l'aurait vu.

Le camionneur, interpellé plus tard, ne s'était pas arrêté. Absent à l'audience, il avait déclaré aux enquêteurs ne pas avoir senti de choc. Des traces d'impacts ont pourtant été retrouvées sur les deux véhicules. Ces traces seraient imputables à ce choc mais sans certitude absolue selon les experts.

Le procureur a requis 18 mois de prison avec sursis et 18 mois de suspension du permis de conduire pour le chauffeur du poids lourd et six mois avec sursis et huit mois de suspension du permis de conduire pour le conducteur de la fourgonnette. « Il (NDLR : le chauffeur du camion) a adopté la même attitude que celle adoptée lors des faits », a constaté, énervé, le magistrat lors de ses réquisitions.

Le chauffeur de poids lourd écope d'une peine de 18 mois de prison avec sursis. Son permis de conduire a été annulé avec l'interdiction de le repasser durant une période de six mois. Le conducteur de l'utilitaire a été relaxé.

« Cette route est dangereuse. Les poids lourds mettent la pression et doublent si l'on roule trop lentement », a simplement déploré la demi-sœur de la victime qui connaît bien les lieux du drame. Sa famille n'a rien demandé à l'audience. « Cela ne le ramènera pas », lâche son demi-frère.