Avenir du centre Jeanne-Hachette à Ivry : comment rendre leur éclat aux «Etoiles» ?

C’est tout le cœur de ville qui doit être repensé autour du centre Jeanne-Hachette, en «désaffection» depuis longtemps, niché parmi les Etoiles, cet ensemble de bâtiments conçu dans les années 1970 par les architectes Renée Gailhoustet et Jean Renaudie.

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 La mairie d’Ivry porte un projet de rénovation du centre Jeanne-Hachette niché au cœur des Etoiles, cet ensemble des années 1970 encore jamais rénové.
La mairie d’Ivry porte un projet de rénovation du centre Jeanne-Hachette niché au cœur des Etoiles, cet ensemble des années 1970 encore jamais rénové. LP/Fanny Delporte

C'est un lieu qui, comme tous les endroits uniques au monde, suscite de l'intérêt, voire même de la passion. Notamment quand cet endroit peut être amené à changer, à se transformer. A Ivry (Val-de-Marne), l'élaboration d'un nouveau cœur de ville autour du centre Jeanne-Hachette est en réflexion. Jusqu'ici rien de particulier : c'est le lot de nombreuses municipalités. Mais on parle ici des « Etoiles », cet ensemble de bâtiments imaginé par les architectes Jean Renaudie et Renée Gailhoustet dont la construction a démarré en 1969.

Des logements sociaux surnommés ainsi en raison de leurs pointes triangulaires et qui sont dotés de jardins-terrasses. Un choix architectural à contre-courant de son époque. D'autant que les Etoiles abritent un autre endroit tout aussi particulier, construit sur plusieurs niveaux, dotés d'un nombre incalculable de « promenées » : le centre Jeanne-Hachette, un dédale de bureaux, habitations, services publics, commerces. Et c'est précisément parce que ce dernier périclite qu'existe ce projet.

Le centre Jeanne-Hachette, où se trouve notamment une galerie commerciale, périclite. LP/Fanny Delporte
Le centre Jeanne-Hachette, où se trouve notamment une galerie commerciale, périclite. LP/Fanny Delporte  

« La ville met chaque année un million d'euros dans son entretien, explique le maire (PCF) Philippe Bouyssou, même si ce ne sont pas des transformations spectaculaires. » L'élu évoque un lieu « en grande difficulté, depuis des décennies », victime d'une « désaffection du public », d'un manque d'attractivité commerciale. Une situation partagée d'après lui « par toutes les villes qui ont ce type de galeries marchandes », abandonnées en raison « de l'évolution des modes de consommation ». Cette évolution « pose une série de questions, poursuit Philippe Bouyssou. Comment donner à ce centre une deuxième jeunesse ? »

Un quartier à part entière

« Je suis actif sur les réseaux sociaux, et je reçois des clients très étonnés quand ils arrivent ici », témoigne ce commerçant, gérant d'une boutique de prêt-à-porter. A quelques pas de sa boutique, un néon clignote, un rebord est squatté par des personnes qui ont l'air sans abri. « C'est tout le temps comme ça ici », lâche cet habitant presque blasé.

Mais il suffit de s'y promener pour se rendre compte qu'il ne s'agit pas d'un centre, mais d'un quartier. D'où sans doute une levée de boucliers… à laquelle la mairie s'attendait. Il y a un an et demi, un collectif s'est constitué pour faire entendre sa voix. « A chaque projet, un collectif se constitue », lâche Philippe Bouyssou. « Ici bientôt des activités municipales », annonce déjà un sticker collé sur un local vacant. Parmi ses intentions, la municipalité souhaite en effet regrouper au sein du centre les services municipaux recevant du public. De quoi d'après le maire d'Ivry « lui donner une fonction supplémentaire, créer du passage, de la vie ».

Le centre a la particularité d’être totalement ouvert vers l’extérieur, avec de multiples points d’entrée comme ici depuis le boulevard Gosnat. LP/Fanny Delporte
Le centre a la particularité d’être totalement ouvert vers l’extérieur, avec de multiples points d’entrée comme ici depuis le boulevard Gosnat. LP/Fanny Delporte  

« Des services administratifs, nous disons : pourquoi pas ? Mais pas si cela revient à fermer ce qui fait le cœur même de ce centre », explique Gérard Astor, coordonnateur du collectif « Jeanne-Hachette centre-ville d'Ivry ». Pour lui, le projet va « scléroser les circulations », « créer des murs » dans un lieu « complètement ouvert sur le centre-ville, doté de rues intérieures qui communiquent avec l'extérieur ». Le 19 janvier, une « e-réunion » publique était organisée sur le sujet. La ville a fait savoir que « plus de 500 questions » ont été posées sur le « devenir de cet ensemble architectural et sa relation avec le centre-ville ».

«Les habitants attendent qu'il se passe quelque chose»

Réunion au cours de laquelle Philippe Bouyssou a estimé qu'il fallait « trancher » certains aspects. Se disant « par exemple favorable à la fermeture du pont Lénine (NDLR : qui fait la liaison entre Jeanne-Hachette et la place Voltaire) qui est une condition pour accueillir les services municipaux ». « Ça va tuer l'idée même de ce bâtiment », estime cette riveraine. « Je ne suis ni urbaniste ni architecte, mais plus personne ne l'emprunte », estime le maire d'Ivry, qui précise qu'une « enquête d'usage » va être menée pour ce projet. « Les habitants attendent qu'il se passe quelque chose », poursuit l'élu, qui veut « donner un grand coup d'accélérateur ».

La mairie d’Ivry porte un projet de rénovation du centre Jeanne-Hachette avec l’implantation de services municipaux accueillant du public. LP/Fanny Delporte
La mairie d’Ivry porte un projet de rénovation du centre Jeanne-Hachette avec l’implantation de services municipaux accueillant du public. LP/Fanny Delporte  

Le collectif réclame, lui, « de la coconstruction ». Gérard Astor explique faire partie « de la génération qui a connu l'âge d'or » de ce lieu si particulier, « producteur d'idées ». Il qualifie le projet de « rétrécissement de la pensée », sans vouloir se positionner, justement, en « opposition à la ville ». « C'est un sujet d'ampleur », résume Philippe Bouyssou. Qui va déclencher une étude d'ampleur elle aussi, une « étude urbaine » prévue pour l'ensemble du centre-ville, au-delà du centre Jeanne-Hachette, l'un et l'autre rencontrant « les mêmes problématiques ». « On va publier le cahier des charges sur l'étude urbaine et ce sera débattu », explique l'élu, qui a l'espoir qu'elle démarre « avant la fin 2021 ».

En face du primeur, une scène de théâtre

Dans un local vacant encore récemment, l’opération «Rallumons les étoiles» milite pour le retour des manifestations culturelles. LP/Fanny Delporte
Dans un local vacant encore récemment, l’opération «Rallumons les étoiles» milite pour le retour des manifestations culturelles. LP/Fanny Delporte  
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La reprise des pratiques culturelles se fait attendre. Alors pourquoi ne pas en « créer les conditions » ? C'est le but à Ivry de l'opération « Rallumons les étoiles », tout juste lancée avec la création au sein de la galerie commerciale du centre Jeanne-Hachette d'une « vitrine artistique ». Mais cette vitrine les habitants pourront la traverser, toujours dans le respect des contraintes sanitaires.

Installation de tableaux, mise en lumière d'une scène… Ce local vacant du centre retrouvait des couleurs ce mercredi. Et va se teinter par exemple de celles de Corentin Canesson, un artiste qui va s'y installer temporairement. « Nous ne pouvons pas montrer son travail au Crédac puisque nous sommes fermés », explique le responsable des publics au sein de ce centre d'art contemporain. L'artiste va donc déplacer là son atelier pour une résidence, partagée entre les lieux culturels de la ville*.

Acteurs culturels et auteurs d'un « manifeste » dans lequel ils partagent leur envie d'explorer « dès maintenant de nouveaux chemins de traverse dans tous les lieux du possible, à commencer par les vitrines des commerces désertés qui font hospitalité à des artistes en résidence et répétition ». Théâtre, concert, exposition : ces résidences artistiques auront lieu « ponctuellement », en particulier le mercredi et le samedi.

* Le conservatoire municipal, le Hangar, le théâtre Antoine-Vitez, le théâtre des Quartiers d'Ivry, le théâtre El Duende, Les Bergers en scène, la galerie municipale Fernand-Léger, le Crédac et la médiathèque municipale.