Arcueil : les riverains s’inquiètent de voir le camp de Roms grandir au pied de chez eux

Après l’installation de quelques personnes fin août, le campement réunirait aujourd’hui plusieurs dizaines de familles. Les habitants craignent la formation d’un bidonville.

 Arcueil, le 22 octobre 2020. Fin août, des familles Roms ont commencé à s’installer sur la ZAC du Coteau, à l’emplacement du futur projet Ecotone. Certains riverains s’inquiètent de voir le camp grossir de jour en jour.
Arcueil, le 22 octobre 2020. Fin août, des familles Roms ont commencé à s’installer sur la ZAC du Coteau, à l’emplacement du futur projet Ecotone. Certains riverains s’inquiètent de voir le camp grossir de jour en jour. LP/A.H.

Il y a quelque chose du supplice de Sisyphe dans la gestion des bidonvilles : on expulse, les familles se dispersent et reconstruisent ailleurs leur abri de fortune. Puis rebelote. Selon l'association Romeurope 94, c'est exactement ce qu'il se passe à Arcueil, sur un terrain départemental situé à deux pas du parc du Coteau, entouré d'arbres, à l'abri des regards. Fin août, quelques personnes ont commencé à s'y installer. Aujourd'hui, elles seraient une centaine selon la police nationale. « Ils sont tous arrivés en un week-end », assure, elle, la mairie d'Arcueil.

« On imagine que ce sont des familles roms moldaves qui arrivent de la grosse expulsion de Vitry cet été, suppose Aline Poupel, la présidente de Romeurope 94. Ce sont soit des sans-papiers, soit des déboutés du droit d'asile. Les familles m'ont appelée seulement hier pour me prévenir de leur arrivée. Elles sont désespérées car nous avions scolarisé plus de 40 enfants, et là ils se retrouvent sans possibilité d'y aller. En France, il n'y a pas de projet, que des expulsions. »

«Il faut bien qu'ils habitent quelque part»

Le département du Val-de-Marne a déposé plainte contre l'occupation illégale de son terrain, prévu pour accueillir le projet Ecotone. « La justice décidera de leur expulsion ou non, souligne-t-on au conseil départemental. Certains évoquent une provenance de Villejuif, mais rien n'est sûr ».

Un vieil homme s'approche timidement de l'entrée du camp, où traînent une machine à laver à l'abandon et d'autres détritus. « Il faut bien qu'ils habitent quelque part les pauvres, ils font partie de l'UE aussi, soutient ce riverain. Quand je vois les enfants, ça me tord les tripes. Et dans six mois, il n'y a pas que les Roms qui feront ça. »

A la rentrée, sur le chemin de l'école, des parents captent les premiers signaux : des femmes et enfants qui font la manche aux feux tricolores, de la fumée qui trahit une présence sur un terrain vague boisé. « Jusqu'au jour où on a entendu des coups de marteau et on a vu les habitations. » Emna, mère de deux enfants, loue un appartement au 10e étage d'une tour avec vue sur tout Paris, « la tour Eiffel en entier », et… le bidonville naissant au pied de son immeuble.

Depuis son appartement, Emna a une vue imprenable sur la capitale et… sur le bidonville naissant. LP/A.H.
Depuis son appartement, Emna a une vue imprenable sur la capitale et… sur le bidonville naissant. LP/A.H.  

Elle montre, photomontage à l'appui, que le camp grossit de jour en jour. Jour 1 : une cabane et quelques planches de bois. Jour 12 : une enfilade de cahutes, un four devant un palier, une baignoire en plein air. « Vous voyez celle à gauche, elle n'existait pas hier », affirme Emna. Ce n'est encore qu'un petit camp, mais elle et ses voisins y voient déjà une préfiguration du bidonville de Villejuif, où l'on dénombrait 250 personnes, perspective cauchemardesque pour eux.

« Depuis deux semaines, ça devient invivable : ils fouillent dans la poubelle et jettent le reste par terre, font leurs besoins sur la route, franchissent notre portail. Cela n'inspire pas confiance, même s'il n'y a pas eu de vol jusqu'à présent », confie Ibtissem, une propriétaire qui vit tout près. « Je ne sais pas ce qu'ils brûlent, mais il y a de la fumée tout le temps, abonde Kamel, un locataire de 42 ans. Il devrait y avoir le projet Ecotone et à la place, c'est devenu une vraie déchetterie. »

Une manifestation devant le commissariat

La fumée, Emna la sent jusque chez elle, au 10e étage. C'est ce qui la préoccupe le plus, avec les bonbonnes de gaz. « S'il y a un incendie, avec les arbres autour, tout brûlera très vite ». Dimanche dernier, une quinzaine de riverains ont manifesté leur colère devant le commissariat du Kremlin-Bicêtre pour faire bouger les choses. « La police a pris note et nous a dit qu'elle s'en occupait, mais nous n'avons pas déposé de main courante », résume Emna.

LP/A.H.
LP/A.H.  

Son discours zigzague, comme si elle était constamment tiraillée entre la pitié et l'inquiétude. « J'ai pensé à donner des vêtements pour les enfants, et puis je me suis dit que c'était comme leur dire bienvenu. Ça me fend le cœur et en même temps ce n'est pas à nous de trouver une solution, je n'ai pas envie d'avoir un bidonville en bas de chez moi. »

Le département précise qu'il sera « vigilant » à ce que l'Etat propose des solutions de relogement. « C'est la clé de tout ça, sinon ils ne feront que se déplacer », conclut-on au sein de l'instance.

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