Aéroport d’Orly : toujours plus d’opposants au projet de plan antibruit

L’Acnusa, la région Ile-de-France, les sénateurs et élus locaux continuent de faire bloc face au projet de Plan de prévention du bruit dans l’environnement d’Orly, présenté par la préfecture du Val-de-Marne et la DGAC.

 Villeneuve-le-Roi, le 21 janvier. Valérie Pécresse a voté le 4 février un amendement fixant dans le futur SDRIF l’opposition à toute extension de la zone C d’Orly.
Villeneuve-le-Roi, le 21 janvier. Valérie Pécresse a voté le 4 février un amendement fixant dans le futur SDRIF l’opposition à toute extension de la zone C d’Orly.  LP/Marine Legrand

Le texte est à revoir. À réécrire. À réorienter. Les avis défavorables se multiplient contre le projet de Plan de prévention du bruit dans l'environnement (PPBE) de l'aéroport de Paris-Orly.

Une mobilisation rare continue d'agiter les autorités, associations et élus franciliens depuis sa présentation le 26 janvier en préfecture du Val-de-Marne lors de la commission consultative de l'environnement.

Ils sont vent debout contre les chapitres prévoyant d'étendre de 3 000 à 16 000 ha les zones soumises à des restrictions de construction (zone C) ou à des règles d'isolation (zone D). Le secteur irait d'Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne) à Limours (Essonne) en intégrant le sud val-de-marnais et le nord essonnien. En zone C, ils redoutent un déclin démographique, une dévalorisation immobilière de 25 à 30 %, une paupérisation et un développement de l'habitat indigne.

Pas assez de réduction du bruit à la source

Même l'Acnusa, l'autorité indépendante de contrôle des nuisances aéroportuaires, vient de transmettre au préfet une délibération lui demandant de revoir sa copie.

Elle estime que les mesures visant à réduire le bruit à la source « sont singulièrement peu nombreuses », que les mesures liées aux zones C et D « sont présentées de manière maladroite ». Les cartes de bruit utilisées pour savoir combien et où vivent les habitants impactés ne sont pas les bonnes. Le document n'évalue pas les résultats des actions des précédents PPBE. Il faut réviser les modalités de classement des aéronefs afin de permettre de taxer davantage les avions les plus bruyants et privilégier ainsi les moins sonores.

Plutôt que d'agiter un chiffon rouge anxiogène (zones C et D), l'Acnusa demande d'accélérer le programme d'insonorisation des bâtiments (écoles, établissements sanitaires, logements…) pour qu'il soit achevé en 2028, d'examiner en priorité le cas des 300 habitants vivant en zone 1 du Plan de gêne sonore, c'est-à-dire au pied des pistes d'Orly, et de pouvoir jumeler la rénovation énergétique avec des travaux d'insonorisation. L'Acnusa réclame davantage d'actions, d'objectifs et d'évaluations, en mettant de côté les points litigieux des zones C et D afin de ne pas décaler davantage ce PPBE déjà bien en retard.

Amendement à la région

Du côté des élus, une vague unanime s'élève contre le projet : questions orales au gouvernement par les sénateurs Christian Cambon (LR) et Laurent Lafon (UDI) ce mardi matin, vœu du département du Val-de-Marne ce lundi, des territoires Grand Paris Sud Est Avenir le 3 février, Grand Orly Seine Bièvre le 26 janvier, motion du département de l'Essonne le 8 février, vœu de la Métropole du Grand Paris prévu le 12 février, vœux de nombreux conseils municipaux…

Le 4 février, la présidente de la région Valérie Pécresse (Libres !) a lancé l'élaboration du futur schéma directeur d'Ile-de-France (SDRIF) en y gravant dans le marbre un amendement qui retoque ce PPBE en l'état avec l'extension de la zone C notamment. Le SDRIF est un document qui pèse puisque les plans locaux d'urbanisme des villes doivent être conformes avec lui. Cet amendement se révèle donc stratégique.

Un avion survole l’A6 à Chilly-Mazarin avant d’atterrir à Orly. LP/Arnaud Journois
Un avion survole l’A6 à Chilly-Mazarin avant d’atterrir à Orly. LP/Arnaud Journois  

Le projet n'est « pas arrêté », selon la ministre

L'Etat semble avoir entendu les appels des élus et de l'Acnusa. Le préfet avait d'ores et déjà accepté de revoir sa copie à l'issue de la CCE, fin janvier.

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Ce mardi matin, Bérangère Abba, secrétaire d'Etat auprès de la ministre de la Transition Écologique, a répondu aux deux sénateurs que son ministère demandait aux préfets du Val-de-Marne et de l'Essonne de mener une étude d'impact sur l'intégration de ces zones dans le Plan d'exposition au bruit, avec une consultation spécifique sur ce point. Elle a rappelé que le PPBE n'était qu'un projet, qu'il n'était « pas arrêté » et que « des évolutions sont à prévoir ».

Bérangère Abba estime malgré tout que les trente mesures du PPBE « représentent une forme de valorisation de ces territoires en les préservant au maximum des nuisances aériennes ».