A Chennevières, l’Etat veut imposer une centaine de logements modulaires pour majeurs isolés

Le projet lancé à l’été par l’Etat sur les terrains bordant le futur Altival fait bondir les élus, qui ont prévu logements et entreprises sur cette entrée nord de la ville.

 C’est à l’entrée nord de Chennevières, avenue de Cœuilly, au pied de la tour hertzienne, que l’Etat veut installer des logements pour personnes isolées dans des modulaires.
C’est à l’entrée nord de Chennevières, avenue de Cœuilly, au pied de la tour hertzienne, que l’Etat veut installer des logements pour personnes isolées dans des modulaires. LP/Laure Parny

L'Etat va-t-il imposer la construction d'une centaine de logements pour personnes isolées, dans des modulaires, à l'entrée nord de Chennevières ? La ville assure qu'elle a appris en septembre seulement ce projet pour lequel un appel à projet a été lancé par la préfecture de région en juillet. L'objectif de l'Etat est de loger rapidement et pour plusieurs années, des personnes isolées, voire quelques familles, dans le contexte actuel de manque cruel de logements en Ile-de-France.

Chennevières fait partie des trois communes d'Ile-de-France retenues pour cette expérimentation, avec Antony (Hauts-de-Seine) et Eragny (Val-d'Oise). Eragny où la fronde des élus face à ce projet s'est déjà largement fait entendre.

Le maire prévenu officiellement il y a deux semaines

« Nous ne nous opposons absolument pas à l'accueil de personnes isolées et de SDF, mais cela doit se faire dans le cadre global de l'aménagement de ce terrain, avec des bâtiments en dur, sur lesquels nous travaillons depuis des années, défend Jean-Pierre Barnaud, maire DVD de Chennevières. L'Etat ne peut pas d'un côté travailler avec nous à l'aménagement, dans le cadre du contrat d'intérêt national signé en 2015, et de l'autre nous imposer ces logements en préfabriqués qui bloqueront nos aménagements ! Pourquoi ne pas intégrer un travail sur le logement des SDF dans notre projet global ? »

Le maire, officiellement prévenu il y a deux semaines par le préfet, espère bien faire changer d'avis les représentants de l'Etat, en s'appuyant principalement sur le projet d'Altival, la voie pour bus prévue pour désenclaver les quartiers du secteur d'ici à 2024. Un projet déclaré d'utilité publique en avril dernier. « Les transports sont la condition manquante pour enfin aménager des logements et des locaux d'activités sur ces terrains de l'ancienne voie de desserte orientale », rappelle Jean-Pierre Barnaud, qui se dit « prêt à mobiliser la population si besoin » dans cette commune qui compte désormais 23,5 % de logements sociaux contre 25 % imposés par la loi.

Pour une durée de 8 ans

L'Etat veut utiliser un terrain de 4 500 m2, possession de l'aménageur public Epamarne, situé le long de l'avenue de Cœuilly. Il pourrait ainsi être occupé « dès cet automne » et pour une durée de 8 ans. « Pour faire face à la crise sanitaire, 13 500 places d'hébergement supplémentaires ont été ouvertes en Île-de-France. Elles s'ajoutent aux 120 000 places déjà financées dans le cadre d'un dispositif d'hébergement d'urgence qui n'a jamais atteint une telle ampleur », rappelle la préfecture de région, qui a choisi cette parcelle parce qu'elle « répond aux critères de proximité du tissu urbain, des commodités et des transports en commun ».

« C'est un projet modeste, dans le prolongement immédiat de la parcelle où se trouvent déjà des hébergements Adoma, et qui n'a pas vocation à être du long terme vu que ce sont des modulaires », insiste quant à lui le directeur de cabinet du préfet du Val-de-Marne, qui argumente que « la commune n'est pas propriétaire de ce terrain » et « le préfet a bien prévenu le maire au moment où le projet a été arbitré. »

L'opposition municipale vent debout

L'opposition de Chennevières reproche, quant à elle, au maire, d'avoir caché ce projet aux habitants. Dans un communiqué publié ce mardi, les élus du groupe Avenir ensemble à Chennevières, se disent également opposés à cette implantation derrière le Fort et le collège Molière. « Il est évident que notre ville a un devoir de solidarité envers les plus démunis mais il est bon de rappeler que Chennevières dispose déjà, à cet endroit, d'un dispositif d'hébergement de 55 places pour les personnes en difficultés. »

Les élus d'opposition reprochent au maire d'être « étonnamment absent de ce dossier embarrassant contrairement aux autres maires concernés qui remuent ciel et terre pour s'opposer à ce projet. » Ces élus qui entourent l'opposante au maire Marie-Christine Dirringer (MoDem) estiment que « la concentration de constructions modulaires n'est pas de nature à valoriser le cadre de vie à Chennevières et que ces logements temporaires ne sont pas une solution pérenne pour ceux qui en bénéficieront. » Ils prévoient de mettre en ligne dans les prochaines heures une pétition destinée aux habitants qui voudront s'opposer au projet.