A Boissy, 300 clients non masqués font une «grosse soirée» dans un restaurant !

En pleine deuxième vague de Covid-19, le restaurant Saveurs West Indies, dans le Val-de-Marne, a organisé une grande soirée dansante sans aucun respect des gestes barrières. Des heurts avec la police ont éclaté.

 Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne), le 13 octobre 2020. Le restaurant Saveurs West Indies s’est fait épingler après avoir organisé une soirée dansante sans respect des gestes barrières.
Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne), le 13 octobre 2020. Le restaurant Saveurs West Indies s’est fait épingler après avoir organisé une soirée dansante sans respect des gestes barrières.  LP/Marine Legrand

Eviter la propagation du Covid-19 alors que la France est touchée de plein fouet par une deuxième vague? Les quelque 300 jeunes d'une vingtaine d'années rassemblés pour une soirée dansante dans un restaurant exotique de Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne) n'en avaient visiblement rien à faire.

Leur programme, vendredi soir dernier? Profiter d'un buffet créole et danser le ragga dancehall sur de la musique bouyon (NDLR : rythmes caribéens), sans masque, sans gestes barrières, collés serrés, entassés à plus de 300 alors que l'établissement a dû réduire sa jauge à 150 vu l'épidémie.

Voilà la scène sur laquelle sont tombés les policiers ce 10 octobre, vers 1 h 30 du matin. Cela s'est déroulé au Saveurs West Indies, rue de la Pompadour. Les fonctionnaires avaient été appelés pour tapage nocturne. Ils sont déjà intervenus plusieurs fois ici par le passé, pour la même raison.

Cluster en puissance et barricade dans la rue

Mais cette fois, le gérant a dépassé les bornes : aucun respect des consignes sanitaires et un cluster géant en puissance. Les forces de l'ordre venues en nombre font évacuer les lieux.

Mais au bout d'un moment, les esprits s'échauffent. Une cinquantaine de jeunes créent une barricade dans la rue avec des poubelles et jettent des bouteilles sur les policiers. Ces derniers répliquent avec des grenades de désencerclement, des flash-balls et du gaz lacrymogène. Trois suspects sont placés en garde à vue. L'un d'eux reconnaîtra les faits et écopera d'une procédure de plaider-coupable.

« Apparemment, c'était la grosse soirée, confie le responsable de l'hôtel Première classe voisin. Nous avons reçu des appels pour réserver des chambres cette nuit-là, les gens nous expliquaient que c'était vraiment un gros truc. On a refusé car cette clientèle nous a déjà posé souci : très alcoolisée, agressive, insultante, laissant du bazar partout. »

Fermeture administrative bientôt notifiée

« Les organisateurs — des petits jeunes — m'avaient contacté pour faire cette soirée dans mon restaurant, témoigne le gérant du restaurant voisin, le DailyCe. J'avais refusé catégoriquement car ce sont une musique et une danse très vulgaires. Vu le public qui va avec, ce genre de soirée tourne forcément mal. Je disais à mon confrère d'éviter, ce n'est vraiment pas le moment avec l'épidémie. Il n'a pas voulu m'écouter et a probablement accepté pour faire du business. Mais à force, on risque tous de fermer! »

La clé sous la porte, c'est effectivement ce que risque le Saveurs West Indies. Selon nos informations, une fermeture d'un mois de l'établissement devrait rapidement être notifiée à ses responsables. « Le cas sera réglé dans les prochains jours », prévient-on à la préfecture du Val-de-Marne.

Le gérant a été convoqué au commissariat. Il a aussi annulé la soirée prévue samedi. Pourtant, lorsque notre journal l'interroge sur les événements de vendredi soir, l'intéressé nie en bloc. « Il ne s'est rien passé de particulier. La police est juste passée pour une voiture mal garée », nous assure-t-il avec aplomb. Une convocation au commissariat ? « Pas du tout, je le saurais sinon. Ce n'était pas ici, sûrement au DailyCe », ose-t-il même prétendre.

«On ne veut pas que les bons élèves prennent pour les mauvais»

Le Saveurs West Indies ne sera pas le premier établissement sanctionné pour non-respect des restrictions imposées pour limiter la propagation du Covid-19. Ces deux derniers mois, la préfecture du Val-de-Marne fait état de 500 contrôles de restaurants, débits de boissons et autres bars à chicha.

Ces opérations ont donné lieu à 349 procès-verbaux (dressés contre des clients comme des gérants), 104 mises en demeure et 14 notifications de fermetures administratives.

« Une dizaine d'autres [fermetures] sont dans les tuyaux », précise la préfecture, qui reconnaît « mettre la pression sur le monde de la restauration » pour assurer une stricte application de la réglementation : « L'idée n'est pas de tout fermer, mais seulement de s'en prendre à ceux qui ne respectent pas les règles. On ne veut pas que les bons élèves prennent pour les mauvais. »