ZAD du Triangle de Gonesse : «On ne partira pas tant que la gare ne sera pas abandonnée»

Alors que la justice a ordonné l’expulsion de la «zone à défendre», les militants écologistes ont décidé de rester, toujours aussi déterminés ce samedi à s’opposer à la future gare du Grand Paris Express.

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 Gonesse, ce samedi. La ZAD continue de s’installer malgré la menace d’expulsion et à s’animer. Une fanfare a notamment donné un petit concert.
Gonesse, ce samedi. La ZAD continue de s’installer malgré la menace d’expulsion et à s’animer. Une fanfare a notamment donné un petit concert. LP/Anne Collin

Sur la ZAD du Triangle de Gonesse (Val-d'Oise), perceuses, vis, marteaux et clous sont une nouvelle fois à l'œuvre ce samedi après-midi. Ici, on construit un dortoir supplémentaire. Là, on fixe les poteaux d'un but de foot. Plus loin, on termine la structure d'un petit dôme entamée dans la semaine.

La décision de justice intervenue vendredi ne semble avoir entamé en rien la motivation et la volonté des habitants et soutiens de la « zone à défendre » de continuer à aménager les lieux.

Pourtant, les militants écologistes opposés à la gare du Grand Paris Express qui doit voir le jour sur le Triangle, installés depuis le 7 février sur une parcelle appartenant à l'Etablissement public foncier d'Ile-de-France (EPFIF), sont désormais menacés d'évacuation.

Le tribunal de Pontoise a en effet ordonné ce vendredi soir l'expulsion immédiate de la ZAD. Pour être exécutée, le recours à la force publique doit cependant être demandé par le préfet.

Le juge des référés a également assorti cette décision d'une astreinte de 500 euros par jour de retard pour le Collectif du Triangle de Gonesse (CPTG) et son président Bernard Loup. Ce dernier était attaqué en tant que soutien de la ZAD. Celle-ci pourrait démarrer dès la signification de la décision, soit lundi.

«Dans tous les cas, le combat continuera»

Mais les habitants de la ZAD — entre 50 et 100 dit-on — ont pris leur décision. « On en a discuté vendredi soir et on ne partira pas tant que la gare ne sera pas abandonnée, affirme Siamak, l'un des zadistes. Et on compte sur tout le monde pour nous aider dans cette lutte. Il faut que ce sujet soit dans l'espace public. »

« On reste, confirme Bernard Loup. Après, s'ils doivent nous virer par la force et bien nous ferons de la résistance passive. Mais dans tous les cas, le combat continuera. »

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Quid de l'astreinte ? « Ce n'est pas ça qui m'empêche de dormir. Je suis peut-être inconscient mais il en faut plus pour me troubler, surtout avec le soutien dont on dispose. Et puis 500 euros divisés par une quarantaine de personnes, ça ne fait pas cher la nuit d'hôtel », sourit le président du CPTG. En cas de besoin, des cagnottes pourraient être lancées.

Pour le militant, le plus urgent est bien que le gouvernement prenne une décision. C'est en effet l'Etat qui doit trancher sur l'avenir du Triangle de Gonesse, toujours en suspens depuis l'annulation du projet de méga complexe EuropaCity fin 2019.

« S'il doit conserver la gare, il doit nous expliquer pourquoi. Cela fait 40 ans qu'il essaye d'urbaniser le Triangle sans projet de territoire. Et aujourd'hui, il n'y en a toujours pas, le seul projet existant c'est Carma. » Une référence au « pôle d'excellence, tourné vers l'agriculture, la santé et l'alimentation » porté par Coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d'avenir (Carma).

«Il faut que davantage de gens se mobilisent»

Une perspective qui séduit les soutiens de la ZAD. « C'est une vraie proposition qui évite le bétonnage de terres agricoles. Je me demande quelle personne sensée pourrait être contre quand elle en prend connaissance », estime Stamina, 30 ans, venue de Paris donner un coup de main pour la journée.

Idem pour Jean-Claude. « Carma c'est super intéressant, juge le retraité venu soutenir la ZAD avec quelques amies Gilets jaunes comme lui. Mais il faut que davantage de gens se mobilisent, je suis sûr que la majorité n'en pense pas moins, maintenant il faut qu'elle agisse. »

Valérie Pécresse favorable à l'évacuation de la ZAD

Des avis qui sont loin d'être partagés par tous. De nombreux élus et acteurs locaux sont vent debout contre la ZAD. La présidente (Libres !) de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, également présidente du conseil d'administration de l'EPFIF, se félicitait dès vendredi soir de la décision de justice et demandait son « application rapide ». « Elle permettra la reprise dans de bonnes conditions des travaux préparatoires à la réalisation de cette future ligne indispensable pour désenclaver les territoires du nord de l'Ile-de-France et afin de leur offrir les meilleures opportunités de développement », assure-t-elle.

Même son de cloche du côté du maire (PS) de Gonesse qui espère que les « opposants évacueront les lieux sans délai ». Mais Jean-Pierre Blazy, défenseur de la gare du Triangle, d'appeler lui aussi l'Etat à prendre « ses responsabilités » et à « ajouter à la sécurité juridique une sécurité politique pour le projet ».