Villiers-le-Bel : la lente agonie de l’EHPAD Adélaïde-Hautval

Les lits et les effectifs ne cessent de diminuer dans l’établissement, dont la fermeture est actée depuis cinq ans. Dans le flou, le blues s’empare des agents.

 Villiers-le-Bel, ce mardi. La fermeture de l’EHPAD Adélaïde Hautval est déjà actée.
Villiers-le-Bel, ce mardi. La fermeture de l’EHPAD Adélaïde Hautval est déjà actée. LP/V.T.

Il y a encore six ans, l'hôpital Charles-Richet était le deuxième employeur de la commune, capable de nourrir les bouches de dizaines de familles de Villiers-le-Bel. En 2015, l'établissement, spécialisé en gérontologie, qui rayonnait dans l'Est de Val-d'Oise, a été transformé en Ehpad. Depuis, cela ressemble à une longue agonie, où toutes les parties attendent le coup de grâce. « Cela fait cinq ans et on ne sait toujours pas à quelle sauce on va être mangés, soupire un agent. Le flou règne! »

La fermeture de l'établissement a d'abord été programmée pour 2017, puis repoussée pour 2019, puis à juin 2021… « Et peut-être 2022 maintenant, qui sait? », s'agace Armel Prentout, secrétaire générale de la CGT. Elle devrait coïncider avec l'ouverture - programmée pour… 2022 - de la nouvelle « plate-forme gérontologique », au budget de 20 M€.

Villiers-le-Bel : la lente agonie de l’EHPAD Adélaïde-Hautval

Perte de plus d'une centaine de lits en cinq ans

Une partie des lits et des effectifs de l'Ehpad Adélaïde-Hautval y seront transférés. En principe. « Nous n'avons toujours pas signé, ni même pu analyser, la convention qui doit graver dans le marbre ces mouvements », s'alarme la syndicaliste. « Un engagement a été pris par l'AP-HP pour que le maximum de personnels trouve du travail sur la nouvelle plate-forme. Je ne lâcherai rien sur ce point », prévient le maire (DVG) Jean-Louis Marsac.

En attendant, la situation se dégrade dans la structure existante. Les chambres sont fermées à la suite de décès ou de départs. Le nombre de lits, passés de 185 à 67 aujourd'hui, est en baisse constante. Tout comme les effectifs. Les départs ne sont plus remplacés. Trois infirmières ont, par exemple, quitté l'établissement au mois de septembre. L'ensemble des 200 agents sont invités à se signaler pour obtenir une mobilité dans d'autres établissements de l'AP-HP.

« On meurt à petit feu »

« Bref, on nous asphyxie ! Notre service pourrait carrément être absorbé par un autre établissement. On meurt à petit feu, sans que l'AP-HP ne bouge le petit doigt, fustige la syndicaliste. La direction nous donne les informations au compte-gouttes. C'est la politique des trois singes, vous savez : « je ne vois rien, je ne sais rien, je ne dis rien ». » Un énième comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), pour établir une nouvelle organisation des services, en accord avec les effectifs actuels, doit avoir lieu le 3 novembre.

« L'AP-HP n'a plus aucune considération pour nous, râle un agent hospitalier. Il n'y a plus aucun investissement ! Cela pèse sur les employés. » Un certain blues s'empare des équipes, imprégnées par l'incertitude. D'autant plus après un confinement et une violente crise sanitaire du Covid-19, pendant laquelle des agents ont dû multiplier des journées de 12 heures.

Le blues du personnel soignant

« Il y a eu des soucis de matériels et d'effectifs, à l'image de l'ensemble des Ehpad en France, précise Armel Prentout. Mis à part que chez nous, la situation n'était déjà pas très engageante avant la première vague… » Une aide-soignante va même parler de « coups de poignard », infligés par la direction. « Malgré tout, on continue de venir, de travailler, pour le bien de nos résidents », confie-t-elle, touchée.

D'autres n'auront plus le loisir de mettre un pied dans l'Ehpad, ni même dans tout autre établissement public. Un agent hospitalier est passe d'être révoqué de la fonction publique, après quinze ans d'ancienneté. Dans le dossier la direction lui reproche, entre autres, des faits d'« insubordination » répétés, et des absences. « Ils ont trouvé un prétexte pour me virer sans ménagement », souffle-t-il.

Sa situation, complexe et sans doute en partie justifiée, illustre une ambiance « exécrable », dit-il, parmi les agents. « Je suis rentré en 2005. J'ai changé plusieurs fois de services, je me suis soumis à la réorganisation après la fermeture de Charles-Richet… J'ai accepté tout ce qu'on me demandait, lance-t-il. J'ai tout donné pour le service public, tout ! Et c'est comme cela qu'on me remercie ? En me traitant comme un pestiféré… »

Contactée, l'AP-HP n'a pas répondu à nos sollicitations.