Val-d’Oise : les projets d’entreprises culinaires réchauffent le marché de «la bonne bouffe»

A Goussainville, l’incubateur inclusif de l’association RER vient de finir d’accompagner sa première promotion de jeunes patrons, qui veulent développer une offre locale de qualité dans l’est du département.

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 Lyd, habitant de Garges-lès-Gonesse, a monté Patly, une entreprise sociale et solidaire.
Lyd, habitant de Garges-lès-Gonesse, a monté Patly, une entreprise sociale et solidaire.  DR

Une belle fournée de projets. L'incubateur culinaire inclusif de Goussainville a célébré récemment, dans le respect des gestes barrière bien sûr, l'achèvement de sa toute première promotion. La fin d'une aventure de quatre mois qui marque le début d'une autre.

Porté par l'association Réseau d'échanges et de restauration (RER), FoodLab 95 est installé au sein de l'ancienne cuisine centrale Elior, au cœur du quartier. L'objectif de l'incubateur : dénicher des graines d'entrepreneurs de l'est du Val-d'Oise et les aider à grandir grâce à un accompagnement par la structure et ses partenaires, à raison de deux ou trois jours par semaine.

« L'idée, c'est de leur permettre de tester leur concept, passer l'étape d'après, de leur donner les clés qui vont être très importantes pour la suite de leur parcours », précise Fatima Idhammou, de RER.

Pour cette première promotion, neuf entrepreneurs ont été sélectionnés sur plus d'une vingtaine de dossiers déposés. Répondant tous à deux critères principaux : être résident d'une des 42 communes du territoire de l'agglomération Roissy – Pays-de-France, qui est un soutien important du projet, et avoir envie de faire de « la bonne bouffe, durable et accessible », permettant de diversifier l'offre locale réduite.

Spicy Ananas propose une cuisine sans gluten

Et les projets sont bien là. Comme celui mûri par Anansa, 36 ans. Cette habitante de Goussainville vient de lancer Spicy Ananas, un service de traiteur créole avec des produits sans gluten. « Ce n'est pas commun mais je veux montrer aux gens que l'on peut faire une cuisine raffinée et originale sans gluten, explique cette Val-d'Oisienne elle-même intolérante à cette substance se retrouvant notamment dans le blé. C'est aussi une cuisine abordable, c'est important. Et diversifiée, avec mes recettes mettant en avant des produits des Outre-mer et afro-caribéens. »

Anansa, 36 ans, vient de lancer Spicy Ananas, un service de traiteur créole avec des produits sans gluten./LP/A.C
Anansa, 36 ans, vient de lancer Spicy Ananas, un service de traiteur créole avec des produits sans gluten./LP/A.C  

« Il faut donner aux gens envie de goûter et je suis sûr qu'ils peuvent aimer. Mais s'il n'y a pas de proposition, comment pourrait-il le savoir ? », confie avec un sourire cette détentrice d'un Master 2 en communication et d'un CAP cuisine. Elle réalise déjà des commandes « pour tous les événements de la vie », même si le Covid a forcément fait diminuer le nombre d'occasions de se réunir. « Je m'adapte. J'ai envie d'aller au bout des choses et je trouve des solutions », assure Anansa, à qui la formation a permis de « débloquer des freins ».

De son côté, Ingrid, 47 ans, a lancé Chap Chap food l'an dernier, qui propose de la cuisine afro-caribéenne en ambulant. L'aboutissement d'un projet imaginé il y a près de quinze ans. « On souhaitait à l'époque le lancer à Paris avec des amis, mais les banques ne nous ont pas suivis », se rappelle-t-elle. Le projet est relancé quand Ingrid voit des restaurants de soul food commencer à se multiplier dans la capitale.

«Ici aussi, on a le droit à des mets bons et pas trop gras»

Mais cette habitante de Gonesse délaisse Paris au profit de son territoire. « Je me suis rendu compte qu'il n'y avait presque que des kebabs alors que je suis sûre que les gens peuvent avoir envie d'autre chose. Ici aussi, on a le droit à des mets bons, beaux, et pas trop gras. »

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Quand Ingrid rencontre l'association RER, c'est le déclic. « L'incubateur, je me suis dit que c'était une opportunité à ne pas manquer. » Chap Chap Food est créé en août dernier, avant même d'être retenu par le jury. « Cela m'a permis d'avoir ma certification HACCP (sécurité alimentaire), de terminer mon business plan, de mettre aux points les fiches techniques avec le chef Abdel, d'acquérir aussi un peu de technicité mais j'avais déjà des faits des formations en amont », souligne cette diplômée en ressources humaines.

Ingrid s'est déjà lancée dans les livraisons, notamment de bokits (sandwiches de la Guadeloupe), mais on la trouve aussi sur le marché d'Arnouville où elle tient un stand tous les dimanches. « Je commence doucement mais j'ai de très bons retours. En semaine, je fais à peu près 25 livraisons pour des entreprises du coin ou des particuliers en télétravail. Mais sur le marché, c'est plus de 40 ventes à chaque fois, et seulement parce que seule je ne peux pas produire plus. »

D'autant plus que l'entrepreneuse occupe encore à temps partiel un poste d'attachée parlementaire, qu'elle entend quitter complètement. « Le temps de me faire connaître et j'arrête, j'ai déjà prévenu ma députée (NDLR : Zivka Park) et elle me soutient, affirme Ingrid. C'était une excellente expérience. Mais là, c'est la concrétisation d'un rêve et j'irai au bout. »

Lyd, le pâtissier qui veut allier création et insertion

Même envie chez Lyd. Cet habitant de Garges-lès-Gonesse est pâtissier depuis quinze ans. Mais après avoir travaillé pour différents patrons dans la restauration, la boulangerie industrielle et artisanale, il a décidé de se lancer à son compte et dans un projet original. « J'ai déjà formé 13 apprentis, dont j'ai toujours été proche. Je souhaite transmettre mon savoir-faire », explique ce passionné de 33 ans qui donne également des cours pour l'association RER.

Ce dernier a donc monté Pâtly, un projet d'entreprise sociale et solidaire pour allier création culinaire et formation. « J'ai même encore plus envie de m'occuper du volet insertion que de la vente mais la réalité fait qu'il faut faire les deux. Je vais commencer avec une partie traiteur à 80% et 20% d'ateliers, ensuite on verra », souligne l'intéressé, déjà en lien avec l'Ecole de la deuxième chance.

« Mais je pense que pas mal de structures peuvent être intéressées. J'ai aussi des contacts avec Pôle emploi. Là, je boucle un vrai programme de formation qui mêle savoir-faire et savoir-être. Je veux montrer des alternatives aux jeunes, ouvrir leurs horizons mais aussi leur donner confiance. » Soutenu par RER et Créativ Factory, l'objectif est de rapidement trouver un local à Garges et de « tout mettre en place pour septembre ».