Val-d’Oise : les professeurs motivés mais inquiets avant la rentrée des classes

Les 9 139 professeurs des écoles et 9 666 enseignants du second degré du département font leur prérentrée ce lundi. Un rendez-vous traditionnel encore plus essentiel en ce mois de septembre marqué par le Covid-19 et les protocoles sanitaires.

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Illustration. LP/A.C

« Les collègues sont très motivés. Il y a une envie de reprendre mais il y a aussi de l'anxiété, du stress car il reste des interrogations », affirme Thomas Saubaber, professeur des écoles à Persan et secrétaire départemental du SE-Unsa 95. Ce lundi, les 9 139 professeurs des écoles tout comme les 9 666 enseignants du second degré du département font leur prérentrée.

Si nombre d'entre eux préparent leurs classes et leurs cours depuis plusieurs jours déjà, ce rendez-vous traditionnel apparaît encore plus essentiel en cette rentrée marquée par le Covid-19 dans un 95 classé rouge.

« C'est un moment important, un peu ce qu'on a vécu le 22 juin. Les collègues ont besoin de se retrouver en équipes puis avec leurs élèves en présentiel. Ils vont tout faire pour que ça se passe le mieux possible, souligne Véronique Houttemane, secrétaire départementale du Snuipp-FSU, premier syndicat du premier degré. Mais cela reste très particulier comme rentrée. Alors le ministre qui dit que tout va bien, c'est très agaçant car la réalité est un peu différente. » En cette fin août, les critiques de la communication de Jean-Michel Blanquer sont légion chez les enseignants, et le Val-d'Oise ne semble pas faire exception.

Avec notamment des protocoles sanitaires connus très tardivement, tombés vendredi soir pour les derniers. En primaire, il est très allégé. « Gestes barrière et lavage des mains pour les enfants, résume la responsable syndicale. Pour les enseignants, on demandait des choses claires et simples : si le masque est obligatoire, c'est pour tous. Là c'est le cas même si en maternelle, cela pose de vraies difficultés ». Dans le 95, plus de 157 500 bambins feront leur rentrée cette semaine dans le premier degré, 1 641 de plus que l'an dernier.

Du matériel prévu dans le département

Mais toutes les questions ne sont pas pour autant levées. « En cas de fermeture d'une école pour cause de Covid, est-ce que les parents pourront se mettre en arrêt pour aider leur enfant en quatorzaine ? Le matériel est-il prêt pour la continuité pédagogique ? On nous annonce un équipement pour chaque professeur. Très bien, mais quand ? », interroge Thomas Saubaber, dénonçant globalement les « effets d'affichages » et la communication du ministère.

Une référence à l'annonce en cette rentrée d'un « programme massif d'investissement d'avenir » pour équiper en outils numériques les élèves et enseignants du Val-d'Oise. « Extrêmement rapidement, le matériel est en train d'arriver dans le département », affirmait jeudi en conférence de presse la rectrice de l'académie de Versailles, Charline Avenel, annonçant une enveloppe de près de 30 M€ au total pour le 95 et l'Aisne, autre département de cette expérimentation nationale.

Quant aux personnels fragiles qui devront désormais être arrêtés par un médecin, ces derniers devraient être remplacés. « Y aura-t-il assez de remplaçants ? Surtout dans un département comme le nôtre où tous les ans il y a des difficultés », s'inquiètent les syndicats.

Une surveillance difficile vu le nombre d'enfants

Beaucoup d'envie et des interrogations dans le second degré également. « On a hâte surtout que l'on n'a pas revu tous nos élèves fin juin, rappelle Christophe Lucas, secrétaire départemental du syndicat Snes-FSU. Après, on sait que l'on n'aura pas des conditions idéales et on pense que chaque jour et chaque semaine on va avoir des nouvelles consignes. Le message de la rectrice est de faire au mieux. »

La rentrée dans les collèges et lycées sera marquée par le port du masque obligatoire pour tous, y compris pendant les récréations. Mais l'application du protocole sanitaire ne sera pas sans difficulté. « Dans la cour, il va falloir surveiller, ce qui ne va pas être simple vu le nombre de surveillants. À cela s'ajoute la nécessité de respecter les distanciations sociales dans les groupes lors des déplacements, dans les couloirs notamment », rappelle Christophe Lucas. Avec des effectifs en forte hausse dans les collèges et lycées du 95, plus de 2 299 élèves supplémentaires dont 1 600 rien que dans les collèges. La surcharge des classes et des bâtiments étant dénoncés depuis des années. « Les effectifs n'arrivent pas en très grand nombre dans tous les établissements du département, souhaitait rassurer la semaine dernière la directrice académique du Val-d'Oise, Guylène Mouquet-Burtin. Pour ceux qui sont impactés, les études de la circulation des élèves dans les bâtis se font au cas par cas comme cela était le cas en juin ».

Idem dans les cantines. « Mais il va falloir des amplitudes horaires importantes qui vont avoir un impact sur l'emploi du temps. Tous ces aménagements, c'est beaucoup de responsabilité pour les chefs d'établissements », estime Christophe Lucas.

« Le programme ne va pas être la priorité pour l'instant »

Des protocoles sanitaires qui posent des difficultés toutes particulières dans certaines matières. En fin de semaine, les professeurs d'éducation physique dénonçaient un « flou artistique », les textes ayant été publiés ce vendredi seulement. « En juillet, on avait eu un protocole : 10 m d'écart pour la course, pas de sports collectifs ou de sports où il y a échange de matériel, rappelle un enseignant en lycée. Là, avec les nouveaux textes, c'est port du masque, distanciation si possible et sinon faites au mieux, nous écrit-on. C'est donc au professeur que revient la responsabilité. Et si on crée un cluster, qui est responsable ? On ne va pas faire seulement courir nos élèves dehors toute l'année. »

À tout cela s'ajoutent aussi toutes les questions liées au retour des élèves qui, pour certains, n'ont pas remis les pieds dans leur établissement depuis la mi-mars. « Ça va être tout un travail, s'inquiète une professeure de collège du Val-d'Oise en Rep +. Certains sont en décrochage depuis le confinement. La première semaine va être primordiale pour les récupérer. Mais de façon générale, même pour ceux qui ont bien suivi l'enseignement à distance, il va falloir se réhabituer au rythme et à la vie en classe. Et puis il y a aussi la peur des élèves face au virus, souvent celles des parents, qui ont parfois perdu un proche du Covid. Le programme ne va clairement pas être la priorité pour l'instant. » Au 1er juillet, près de 1 300 décès liés au Covid-19 étaient enregistrés dans le Val-d'Oise, selon Santé Publique France.

Des problèmes pas seulement liés au Covid

Pour Michel Campagnac, professeur de français au lycée professionnel Ronceray, à Bezons, il y a aussi de la colère en cette veille de rentrée. « Quand le gouvernement dit que c'est une rentrée normale, c'est une blague ! Mais j'ai envie de reprendre pourtant, d'affronter la situation car il faut bien qu'on vive malgré l'épidémie, lance cet été CGT. Après, il s'est passé tellement de choses en six mois qu'on ne sait même plus par où commencer. Nos jeunes ont changé eux aussi, surtout que certains ont vécu des choses graves, très difficiles. Mais ils ont aussi envie de revenir je pense, de retrouver leur lycée qui est un lieu de vie, leurs copains. Ce qu'on est en train de vivre laisse des traces, on verra lesquelles. »

Mais en cette prérentrée marquée par le virus, les syndicats du premier comme du second degré tiennent à rappeler que les sujets d'inquiétudes ne se limitent pas à la crise sanitaire. Et que certains datent. « Manque de personnels, effectifs trop importants, dotations insuffisantes, réforme du lycée, réforme des retraites… On a les mêmes angoisses que les années précédentes, et que la crise sanitaire ne doit pas faire oubliés, plus le Covid », souligne notamment Christophe Lucas.

Plusieurs collèges et lycées du département ont ainsi déposé un préavis de grève dès juillet pour ce mardi pour dénoncer notamment un manque de moyens.