Val-d’Oise : les compagnies de théâtre s’organisent pour sauver les fêtes de fin d’année

Confrontées à une annulation massive des spectacles programmés pour le jeune public en fin d’année, les troupes s’adaptent. Le théâtre Uvol à Saint-Ouen-l’Aumône ou encore Théâtre en stock à Cergy vont notamment jouer au sein même des écoles pour faire redémarrer la saison.

 Répétition à Chennevières, Saint-Ouen-l’Aumône. «Prends-en de la graine», par le théâtre Uvol, mise en scène par Didier Delcroix (à gauche), avec Angélique Chardon.
Répétition à Chennevières, Saint-Ouen-l’Aumône. «Prends-en de la graine», par le théâtre Uvol, mise en scène par Didier Delcroix (à gauche), avec Angélique Chardon. LP/Marie Persidat

« J'ai de la belle pomme vous en voulez? » Dans la salle de spectacle de Chennevières, Angélique Chardon peaufine ses textes, sans aucun spectateur, sous la houlette du metteur en scène Didier Delcroix. Le théâtre UVOL de Saint-Ouen-l'Aumône règle les détails de sa toute dernière création, « Prends en de la graine », un spectacle à la fois écologique et ludique destiné au jeune public, qui retrace le parcours de la graine au fruit. La première, prévue le 5 décembre, a évidemment dû être annulée. Tout comme la plupart des autres dates de la compagnie.

La fin d'année, une période cruciale pour les troupes

Les acteurs du théâtre UVOL sont pourtant d'ordinaire hyperactifs durant les mois de novembre et décembre. C'est à cette époque de l'année, avant Noël, que les villes et les écoles font appel aux artistes pour mettre un peu de magie dans les yeux des bambins, mais aussi de leurs parents.

Spectacles de contes, déambulations en plein air, représentations théâtrales… Le répertoire des petites compagnies du Val-d'Oise est large pour égayer le début de l'hiver. Mais cette année, l'agenda de tous ces professionnels a bien du mal à se remplir. « D'habitude, en décembre pendant quinze jours nous jouons deux fois par jour ici devant un public d'enfants, explique Didier Delcroix dans la salle de Chennevières désespérément vide. Et c'est sans compter sur nos prestations extérieures. »

Même chose du côté des Cergyssois de Théâtre en stock. « Novembre et décembre sont normalement nos plus gros mois de l'année, avec mars (NDLR : la compagnie organise alors le Festival de Tréteaux ), détaille Jean Bonnet, le fondateur de la troupe. Cela représente plus de cinquante représentations, il nous arrive alors de jouer quatre fois par jour. »

Le plan Vigipirate s'ajoute à la crise sanitaire

Comme l'explique le metteur en scène, ce n'est pas seulement l'épidémie de coronavirus qui a siphonné l'emploi du temps des comédiens. « Malgré le Covid-19, nous avions réussi à maintenir pas mal de choses pour les scolaires, en respectant le protocole sanitaire. Mais le plan Vigipirate (NDLR : dont le degré a été augmenté à son maximum fin octobre) est tombé comme un couperet. »

Depuis cette date (faisant suite à l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine), les élèves des écoles n'ont en effet plus le droit de sortir des établissements pour des activités. Résultat, Théâtre en stock n'a pas non plus eu l'occasion de présenter sur scène sa dernière création, le Chat botté. « Pour les comédiens, c'est difficile au niveau du moral, souffle Jean Bonnet. Mais nous arrivons tout de même à faire des choses ! »

La pièce «les Histoires du Père Noël», par la compagnie Théâtre en stock, fait partie des spectacles habituellement très demandés en fin d’année. D.Chauvin
La pièce «les Histoires du Père Noël», par la compagnie Théâtre en stock, fait partie des spectacles habituellement très demandés en fin d’année. D.Chauvin  

Sans relâche, les compagnies travaillent et s'adaptent. Puisque les scolaires ne peuvent plus sortir, les acteurs viendront donc à eux. Les membres du Théâtre Uvol ont même tout prévu. Angélique Chardon et sa partenaire sur scène Mélanie Antin viennent de recevoir la charrette en bois sur mesure qu'elles ont imaginé in extremis. « En commençant à monter le spectacle il y a quelques mois, nous nous sommes dit qu'il ne fallait pas partir sur un grand décor comme d'habitude », explique Didier Delcroix.

Des décors qui tiennent dans une mallette

« Nous avons fait en sorte que tout tienne dans cette malle avec des roulettes. L'important, c'est le jeu d'acteurs. Et il nous fallait quelque chose de léger et mobile. » Prends-en de la graine sera itinérant par nature, et pourra voyager d'école en école ou dans les salles auxquelles la compagnie aura accès.

C'est en s'adaptant de cette manière qu'Uvol peut aussi continuer à jouer les autres pièces de son répertoire. Malgré toutes les contraintes, l'agenda commence à se remplir à nouveau. La troupe vient de jouer devant des enfants à Herblay. Elle a d'autres dates prévues à Saint-Ouen-l'Aumône ou Sannois. Dans cette dernière commune était prévue une grande soirée contes, désormais inenvisageable. « La programmatrice va remplacer l'événement en nous permettant d'aller plutôt conter dans les écoles. »

Tournée des écoles et des centres de loisirs

Théâtre en stock constate le même phénomène. « Certaines villes nous soutiennent et trouvent des solutions, se réjouit Jean Bonnet. À Jouy-le-Moutier, plutôt que de présenter les Histoires de Noël sur la scène du théâtre, nous irons dans les centres de loisirs. À Louvres, nous devions aussi nous produire dans une salle. Les professeurs nous ont invités à venir directement au collège. Au lieu d'une seule date, nous jouerons sept fois en deux jours, classe par classe. Et à Pontoise nous irons de maternelle en maternelle. »

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Bien sûr, puisqu'ils sont obligés de multiplier les représentations pour respecter le protocole sanitaire, les troupes sont contraintes de revoir leurs cachets à la baisse. Mais ces séances sauvées font tout de même du bien au porte-monnaie et au moral à la fois. Pour maintenir la flamme, le théâtre Uvol a même imaginé une autre forme de représentation. Une « soirée pyjama » filmée ! D'habitude un public nombreux se presse à ce rendez-vous familial de novembre pour écouter des histoires blotti sous un plaid. Le succès était tel que la compagnie avait même prévu de proposer deux dates au lieu d'une cette année.

Une cagnotte en ligne à la place du chapeau

Plutôt que de tout annuler, l'équipe - conteurs, décorateur, maquilleuse - s'est retrouvée pour une captation sans public. « Cela a été l'occasion de travailler ensemble quand nous n'en avions plus l'occasion », sourit Didier Delcroix qui voulait aussi garder le lien avec le public. Le spectacle « Soirée pyjama qui fait peurrrrr » est mis en ligne gratuitement depuis vendredi dernier.

Parallèlement une cagnotte en ligne a été ouverte, à la manière du chapeau que l'on fait passer de main en main à la fin de la séance pour rétribuer les acteurs. Une bonne manière de patienter avant la réouverture des salles, qui pourrait avoir lieu le 15 décembre prochain. « Nous sommes prêts! » clament les comédiens.