Val-d’Oise : le collectionneur d’art accusé d’être un «escroc d’envergure internationale»

Il est reproche à Serge G. d’avoir revendu sous le manteau un bronze de la petite danseuse d’Edgar Degas et arnaqué une société américaine. Jugé à Pontoise pour escroquerie et abus de confiance, il a quitté Ambleville pour le Burkina Faso.

 Un expert du monde de l’art aurait revendu en douce un bronze de la petite danseuse, d’Edgar Degas.
Un expert du monde de l’art aurait revendu en douce un bronze de la petite danseuse, d’Edgar Degas. Studio Guespin

C'est un connaisseur et collectionneur de l'œuvre de Salvador Dalí, ancien galeriste du boulevard Haussmann, qui aurait laissé quelques ardoises en lien avec l'œuvre d'Edgar Degas… Serge G., 74 ans, qui habitait le village d'Ambleville, dans le Val-d'Oise, au moment des faits il y a sept ans, avant de s'installer en Afrique, est soupçonné d'escroquerie et d'abus de confiance dans le milieu de l'art.

La justice le poursuit pour avoir revendu sous le manteau un bronze de la célèbre « petite danseuse de 14 ans » de Degas, dont un des exemplaires originaux est exposé dans sa vitrine au musée d'Orsay. Il est également suspecté d'avoir encaissé 1, 2 millions d'euros d'une société américaine pour couler une nouvelle série de sculptures de l'artiste en produisant des faux certificats. Les bronzes n'ont jamais vu le jour et cela risque de lui coûter cher.

Deux ans de prison requis par le procureur

Le procureur a requis à son encontre deux ans de prison avec sursis. Quant aux parties civiles, elles lui réclament respectivement 450 000 euros et un million d'euros. La chambre financière du tribunal correctionnel de Pontoise rendra sa décision le 18 novembre prochain.

Mais l'expert ne viendra sans doute pas en prendre connaissance au palais de justice. Serge G. n'était pas présent à l'audience du 9 septembre dernier ni même représenté par un avocat, indiquant par courrier au tribunal qu'il résidait au Burkina Faso et qu'il ne lui était pas possible de venir. Il a demandé le renvoi de l'affaire à une date ultérieure. Ce qui lui a été refusé.

« Un escroc à l'envergure internationale »

« Il continue de se balader, il est au Burkina Faso pensant qu'on n'ira pas le chercher. Il n'a peut-être pas tort au vu de la situation du pays », confie à l'audience le procureur qui parle de « sa logique du magouillage ». Il décrit le prévenu comme « un escroc à l'envergure internationale », connu aux Etats-Unis et jouant avec les frontières pour échapper aux poursuites.

L'affaire trouve son origine il y a sept ans avec la plainte déposée à l'encontre de l'expert par la société américaine Degas Sculpture project limited (DSP) et son dirigeant, Walter Maibaum, un spécialiste de l'œuvre d'Edgar Degas. DSP explique avoir versé 1,2 million d'euros à la société de Serge G., Artco-France, dans le but de couler une nouvelle série de 73 statuettes en bronze de l'artiste. Pour limiter à l'avenir le nombre de reproductions et ainsi en garantir la valeur sur le marché, Serge G. assurait disposer d'attestations signées par le prince Leonardo Benatov. Mais ce dernier, propriétaire de la célèbre fonderie Valsuani, la fonderie de Chevreuse, a réfuté les avoir signées.

Une vente qui aurait dû rapporter gros

Au cours de l'enquête, Serge G. a indiqué avoir lancé ce projet pour sauver la fonderie qui est alors en grande difficulté. Elle n'aurait perçu que 190 000 euros et l'établissement qui a travaillé pour les plus grands artistes (Rodin, Bourdelle, Picasso, Pompon, Matisse, Anthony Quinn…) a été liquidé en 2016. Ce projet aurait pu rapporter gros : selon certaines sources, le produit espéré de la vente de ces reproductions pouvait atteindre les 32 millions de dollars.

La seconde enquête visant l'expert d'Ambleville démarre au même moment avec la plainte de Léonardo Benatov, en octobre 2013. Serge G. est suspecté d'avoir emporté un bronze de la petite danseuse, véritable icône de l'histoire de l'art, le prenant à la fonderie pour le montrer à des relations. Au final, le bronze coulé en 1998 aurait été revendu en douce 400 000 euros. D'où les poursuites pour abus de confiance au préjudice des héritiers de Benatov, lequel est décédé en 2018.

Au cours de l'instruction, l'expert d'Ambleville a assuré qu'il était en fait la victime de la fonderie qui l'aurait escroqué et se serait engagé « à compenser ». Cela dit, une autre procédure le concernant a été évoquée à l'audience, au sujet d'une autre sculpture de Degas, « le Petit cheval ». C'est une affaire de surmoulage présumée à partir d'un bronze qui aurait été récupéré en douce à Genève (Suisse). Il s'agit d'une pratique interdite qui vise à couler des bronzes à partir d'autres bronzes, en dehors des séries officielles.

Sa société liquidée en mai 2018

« Il n'est pas connu comme un ange… » indique un expert de l'art au sujet de cet habitant discret d'Ambleville. Sa participation à la vie du village semble s'être limitée à la fréquentation du bureau de vote. Quant à sa société impliquée dans l'affaire, Artco France, domiciliée à Ambleville, elle a été liquidée en mai 2018. La galerie du boulevard Haussmann avait déjà fermé ses portes en 2015. L'activité de celle-ci devait se poursuivre en ligne mais le site Artcofrance.fr a baissé le rideau.

A Ambleville, ne répond plus que son ex-épouse qui confie que l'expert a effectivement refait sa vie en Afrique et qu'il est très difficile à contacter. « Des clients belges ont essayé de le joindre. Il leur doit de l'argent », confie-t-elle. « Il y en a quelques-uns comme ça… »

Le téléphone de Serge G. ne répond effectivement pas mais sa présence à Ouagadougou est avérée par une décision du tribunal de commerce de la capitale du Burkina Faso. La justice a entériné en février 2019 une convention passée avec une société locale concernant l'achat de 20 kg d'or pour environ 600 000 euros. Il n'avait pas pu l'acquérir finalement et devait récupérer son acompte de 45 000 euros.