Val-d’Oise : la rage du frère de Jeremy, 17 ans, «sauvagement poignardé» devant son lycée

Aristote raconte l’agression au couteau de son petit frère lycéen, qui a failli perdre la vie il y a quinze jours. Il réclame davantage de moyens pour sécuriser les abords des établissements scolaires.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 L’agression du lycéen s’est produite vendredi 22 janvier, à la sortie des cours au lycée Jean-Jacques-Rousseau de Sarcelles. (Illustration)
L’agression du lycéen s’est produite vendredi 22 janvier, à la sortie des cours au lycée Jean-Jacques-Rousseau de Sarcelles. (Illustration) LP/P.C.

C'est le cri de colère d'un grand frère, qui a failli perdre son cadet. « Mon frère Jeremy a été sauvagement poignardé à la sortie des cours, devant la grille de son établissement scolaire, par des jeunes cagoulés et armés alors qu'il rentrait simplement à la maison », lâche Aristote. Il réclame « une prévention efficace » et « la mise en place de réelles conditions sécuritaires pour nos jeunes ».

L'agression s'est déroulée vendredi 22 janvier, vers 17h50 devant le lycée Jean-Jacques-Rousseau de Sarcelles. « Après un premier coup de couteau dans le ventre, Jeremy s'est mis à courir en direction du lycée afin d'y trouver refuge. Il est poursuivi par son agresseur qui lui met un deuxième coup de couteau entre la fesse et la cuisse avant de s'enfuir », raconte Aristote.

«Son agresseur s'est attaqué à lui sans raison»

L'adolescent de 17 ans, en terminale, est pris en charge par des professeurs présents « qui pratiquent les premiers gestes et qui certainement lui sauvent la vie avant l'arrivée des secours. Un enseignant l'avait installé dans sa voiture. » Lors de son transfert à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, son pronostic vital est engagé. « Il est opéré dans la même soirée, car le coup de couteau dans le ventre a touché deux de ses organes », souffle son frère. Il lui a perforé le colon et le diaphragme.

Cette agression est intervenue, selon plusieurs témoignages concordants, dans un contexte de rivalités entre le quartier des Sablons et celui des Vignes-Blanches, dont Jeremy aurait été la victime malheureuse. Au sein de ce lycée général, l'élève est connu comme un « garçon qui ne pose pas de problèmes », « sérieux », « paisible » et « sportif ».

« Afin qu'il n'y ait aucun amalgame, il ne s'agit pas là d'un fait divers de règlement de comptes entre bandes rivales, ou encore d'une bagarre qui aurait mal tourné. Il n'est aucunement impliqué à de quelconques histoires de rue. Son agresseur s'est attaqué à lui sans raison et sans le connaître », insiste Aristote.

Trois adolescents mis en examen pour tentative d'homicide volontaire

La famille du lycéen a porté plainte auprès de l'antenne de la police judiciaire de Cergy. Les enquêteurs ont rapidement mené leurs investigations pendant le temps du flagrant délit et interpellé cette semaine trois mineurs soupçonnés d'être à l'origine des faits.

Ce vendredi soir, les trois adolescents âgés de 17 ans ont été présentés à un juge d'instruction à l'issue de leur garde à vue. Ils ont été mis en examen tous les trois pour tentative d'homicide volontaire, précise le parquet de Pontoise. Deux d'entre eux ont été placés sous mandat de dépôt et incarcérés. Les débats étaient encore en cours devant le juge des libertés pour le troisième, à la demande du parquet qui a requis la détention provisoire à son encontre.

Newsletter L'essentiel du 95
Un tour de l'actualité du Val-d'Oise et de l'IDF
Toutes les newsletters

VIDEO. Rixes et réseaux sociaux : «C'est à la cité qui fera le plus peur !»

Selon les premiers éléments recueillis, la tentative de meurtre trouverait son origine dans un différend survenu entre les quartiers de Codec-Saint-Saëns d'un côté et des Sablons de l'autre. Le frère de l'auteur du coup de couteau, originaire de Codec, aurait été agressé une semaine plus tôt par un jeune des Sablons. L'auteur principal aurait alors décidé d'en découdre, de venger l'agression de son frère.

«Longues successions de violences»

Jeremy est aujourd'hui sorti d'affaire. Il devrait quitter l'hôpital sous peu. Le premier coup de couteau lui avait perforé le colon et le diaphragme.

Mais Aristote ne décolère pas. « Cette agression s'inscrit dans la très longue succession de violences qui caractérisent la sortie des établissements scolaires, collèges et lycées, sur notre territoire, dénonce-t-il. Les services de sécurité, déployés dès le lendemain du drame dans notre cas, ne sont que temporaires. Quand le pronostic vital n'est pas engagé, ils ne sont même pas prévenus. »

«Une tension croissante»

Devant le lycée, la brigade régionale de sécurité a finalement été prolongée jusqu'à ce vendredi. Une cellule d'écoute psychologique a aussi été mise en place par le rectorat, « mais il en ressort que les élèves n'ont pas eu envie de parler, peut-être parce qu'ils cloisonnent le lycée et l'extérieur », indique une représentante du syndicat Snes-FSU 95.

« Les jeunes se savent en sécurité dans l'enceinte du lycée mais les CPE et mes collègues sentent une tension croissante. Ces dernières semaines, des élèves ont été victimes d'agressions, de rackets sur le chemin domicile-lycée, poursuit la représentante syndicale. Faute de moyens, nous en sommes réduits à de la surveillance et nous n'avons plus le temps de mener des projets qui permettraient de canaliser cette violence. »

« Les parents accompagnent les enfants en voiture »

Selon l'association de parents d'élèves FCPE de l'établissement « chaque année, on assiste à des violences sur les élèves ou les personnels, au collège Victor-Hugo, au lycée Rousseau ou au lycée de la Tourelle, des établissements très proches les uns des autres. Les parents accompagnent de plus en plus les enfants en voiture, ce qui occasionne des bouchons. On voudrait des patrouilles de police aux abords des deux lycées et plus de coordination entre tous les acteurs. »

« Si aller à l'école les met en danger, alors nous ne pouvons plus rien, reprend Aristote. Les pouvoirs publics, de la commune au ministère de l'Education, doivent s'engager sur des mesures précises, pérennes et efficaces. A commencer par un calendrier précis afin de sécuriser le chemin de l'école. »

Sécuriser le chemin de l'école

Du côté de la municipalité, on explique que des médiateurs sont intervenus sur site dès le soir même. « Il faut un partenariat entre les établissements scolaires, la mairie et la police nationale pour pouvoir mener des actions de prévention ciblées », explique-t-on.

« Les animateurs jeunesse ont été mis à contribution pour porter la bonne parole. Le directeur de la prévention est intervenu avec les directeurs des deux maisons de quartier et l'Opej dans les collèges Evariste-Galois et Jean-Lurçat, en présence des chefs d'établissements, pour parler des violences inter-établissements », ajoute-t-on.

« Ils essaient de mettre des pansements mais parfois, ce n'est pas juste une question de moyens mais d'organisation des moyens. Il faut identifier clairement le problème, où ça se passe, à quel endroit… estime Aristote. Jeremy quitte le lycée en juin mais j'ai un autre petit frère derrière lui qui fait sa rentrée en septembre… »

FACE À LA MONTÉE DES VIOLENCES, UNE 5e BRIGADE RÉGIONALE DE SÉCURITÉ CRÉÉE

Depuis la rentrée de septembre 2020, la région Ile-de-France a enregistré 350 interventions de ses brigades régionales de sécurité (BRS), dont 30 dont le Val-d'Oise. Depuis leur mise en place en avril 2019 et jusqu'à la rentrée 2020, « seulement » 250 interventions pour des missions de sécurisation avaient eu lieu, à la demande des chefs d'établissement, dans 131 lycées franciliens, en amont ou après des incidents (violences, intrusions, etc.).

« On constate une argumentation des interventions depuis le mois de septembre, confirme-t-on au conseil régional. Il s'agit d'incidents plus violents, avec l'utilisation d'armes tels que des couteaux ou des marteaux. » Une montée de violences qui ne serait pas propre au Val-d'Oise.

« Cela se vérifie à l'échelle de la région, ajoute-t-on. On a remarqué une recrudescence des violences depuis deux ans, à partir de la vague de troubles à l'ordre des lycées franciliens lors des manifestations de décembre 2018. La création des BRS correspondait à un vrai besoin. »

Il existe désormais cinq brigades régionales de sécurité, dont deux basées dans le Val-d'Oise, au lycée Charles-Baudelaire de Fosses et au lycée Jean-Jaurès d'Argenteuil. Elles se déplacent en fonction des demandes sur plusieurs départements limitrophes.

« Une cinquième BRS est entrée en fonction le 4 janvier. Elle est basée au lycée Claude-Monet à Paris. Composée comme toutes les autres de cinq agents, elle est déjà opérationnelle. Le choix de leur implantation dans des lycées référents a été pensé pour leur permettre d'être réactifs », précise le conseil régional.

A la demande des conseils d'administration des lycées, d'autres moyens peuvent être déployés, signale le conseil régional : vidéoprotection, création ou rehaussement d'une grille, création d'un sas à l'entrée, etc.