Val-d’Oise : des masques transparents pour les enseignants, une idée à développer

La mairie de Survilliers a pris cette initiative afin d’améliorer les apprentissages des plus petits, rendus plus difficiles avec les contraintes sanitaires. La distribution concerne les professeurs de maternelles et de CP. Et intéresse ailleurs dans le département.

 Illustration. Des masques transparents ont été distribués aux enseignants de maternelle et de CP de Survilliers. Une initiative qui intéresse beaucoup les professeurs d’écoles voisines.
Illustration. Des masques transparents ont été distribués aux enseignants de maternelle et de CP de Survilliers. Une initiative qui intéresse beaucoup les professeurs d’écoles voisines. LP/Quentin Meunier

« Bravo! J'habite la commune mais enseigne dans une autre ville et compte bien leur faire part de votre initiative », commente Stéphanie en apprenant la nouvelle sur les réseaux sociaux. À Survilliers, 4 200 habitants, les enseignants de maternelles et de CP se sont vus doter cette semaine de masques en tissu lavables… transparents.

Une initiative de la municipalité, qui répond à une demande de parents inquiets des effets d'un masque total sur les apprentissages de leurs tout-petits. Mais aussi des enseignants qui, tant au niveau local que national, avaient eux aussi fait part de leurs appréhensions dès que le port de protection antivirus a été rendu obligatoire en classe.

Mieux pour « transmettre les émotions aux plus petits »

« C'est mon adjointe à l'éducation qui nous a parlé de cette possibilité. On a trouvé que c'était une bonne idée et nous avons aussitôt lancé les commandes qui sont arrivées rapidement, explique Adeline Roldao, maire (SE). Cela permet de faciliter la diction notamment, très importante pour l'apprentissage de la lecture, la phonologie. Mais aussi plus largement pour permettre aux enseignants de transmettre les émotions aux plus petits, qui passent beaucoup par le visage, le sourire. »

Deux masques par enseignant ont ainsi été livrés dans les deux écoles primaires de Survilliers, et distribués lundi et ce mardi à la douzaine de professeurs des écoles des niveaux concernés. La livraison compte également un petit stock supplémentaire pour les autres adultes amenés à intervenir dans ces classes, assure la mairie.

Un coût supplémentaire

À environ 8 € l'unité, ces masques sont plus chers que ceux en tissu classiques. « Mais encore une fois, c'est vraiment une aide pour les apprentissages. D'ailleurs, si des enseignants des classes supérieures en éprouvent le besoin et nous en demandent, il n'y aura pas de blocage de notre part », poursuit l'élue.

LP/Q.M.
LP/Q.M.  

Une idée qui pourrait bien être reprise par d'autres municipalités alentour. « J'ai déjà reçu un message d'un collègue maire pour me demander où nous les avions achetés. Ça va peut-être prendre », souffle Adeline Roldao. Mais cette dernière de noter cependant : « Cela aurait dû être une initiative de l'Education nationale mais ce n'est pas le cas. Alors on se substitue. »

« C'est une bonne initiative mais ça pèse encore sur la mairie », constate également Thomas Saubaber, professeur des écoles à Persan et secrétaire départemental du SE-Unsa 95. Lequel rappelle les engagements pris par le gouvernement à la rentrée de septembre au sujet des masques transparents dans les écoles.

Une généralisation était envisagée

« C'est Sophie Cluzel [NDLR : secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées] puis Jean-Michel Blanquer [ministre de l'Education] qui fin août se tirent une balle dans le pied en annonçant lors d'une conférence de presse qu'ils vont en distribuer. À ce moment-là, même si on ne croit plus trop à la parole ministérielle, on se dit on ne sait jamais, ça serait vraiment intéressant. »

Une référence aux déclarations de la secrétaire d'État. « L'Éducation nationale va en commander à l'usage des professeurs qui ont un élève sourd et de tous les enseignants de maternelle », assurait alors Sophie Cluzel. Puis du ministre de l'Education nationale. Jean-Michel Blanquer promettait alors « 300 000 masques transparents » pour les écoles même ce dernier soulignait qu'ils n'avaient pas vocation à être « généralisés ».

Des enseignants se sont équipés « sur leurs deniers personnels »

Dans le Val-d'Oise, des masques transparents ont bien commencé à être distribués « aux professeurs spécialisés ainsi qu'à des accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) », indique ce mardi l'inspection académique.

« En tout petit nombre et pas partout, insiste Thomas Saubaber. Et on apprend que ce sont les collègues qui doivent réclamer individuellement. Il y a vraiment un problème d'anticipation sur les apprentissages. Des enseignants, surtout au CP, sont obligés de descendre leur masque régulièrement pour l'apprentissage des sons car sinon les enfants ne peuvent pas faire la différence. Ce n'est pas normal. »

Résultat, certains se sont débrouillés par eux-mêmes. « Je connais pas mal de collègues qui se sont équipés de masques transparents sur leurs deniers personnels », témoigne Nolwenn Clark, institutrice à Méry-sur-Oise et membre du Snuipp-FSU 95. Cette enseignante qui officie auprès d'élèves de CP/CE1 est elle-même tentée.

« Le problème, c'est qu'ils sont très vite pleins de buée, comme les lunettes. Mais je pense que cela doit tout de même être très utile quand on fait de la phonologie par exemple, reprend-elle. Expliquer à des enfants de 5 ans la différence entre un é accent aigu et un è accent grave, sans qu'ils voient notre bouche, c'est compliqué. J'avoue que parfois, nous sommes obligés de soulever le masque quelques secondes. »

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