Val-d’Oise : condamné pour avoir brûlé vive Émilie, Johann clame à nouveau son innocence

Accusé d’avoir tenté d’assassiner son ex-fiancée en 2007 à Châtenay-en-France, et condamné à 20 ans de réclusion en première instance, Johann B. est jugé en appel à Nanterre depuis vendredi.

 Émilie, gravement brûlée après une tentative d’assassinat en 2007, doit à nouveau faire face à l’accusé, son ex-conjoint, devant la cour d’appel de Nanterre.
Émilie, gravement brûlée après une tentative d’assassinat en 2007, doit à nouveau faire face à l’accusé, son ex-conjoint, devant la cour d’appel de Nanterre. LP/Fr.N.

Des sanglots et comme un cri. « Je suis innocent! » Condamné à vingt ans de réclusion criminelle en juin 2019, Johann B., accusé d'avoir tenté d'assassiner son ex-compagne, Émilie, en la brûlant vive dans un accident de voiture simulé, a de nouveau clamé son innocence à l'ouverture de son procès en appel, vendredi à Nanterre (Hauts-de-Seine).

« Les accusations me détruisent. C'est le cœur qui parle. Cela ne s'est pas passé comme cela », assure à la cour cet homme aujourd'hui âgé de 35 ans. Lors du premier procès en juin 2019, à Pontoise, il avait été reconnu coupable de tentative d'assassinat. Des faits qui remontent à 2007, à Châtenay-en-France (Val-d'Oise).

Si la voix de l'accusé s'est étranglée, c'est qu'il vient d'entendre le président faire la lecture des motivations implacables de la cour d'assises du Val-d'Oise qui, en première instance, avait balayé les hypothèses invérifiables de la défense. À savoir l'envol de la bouteille d'alcool à brûler qui, lors du choc de la voiture contre un arbre, s'échappe du sac de courses, vient exploser contre le tableau de bord, asperger dans un jet directionnel Émilie qui s'embrase parce qu'elle manipulait peut-être son briquet.

« Il ne s'agissait en rien d'une coïncidence »

La cour a noté l'an dernier que l'accusé n'avait pas appelé les secours. « Les actes pour sauver sa compagne ne sont avérés par aucun élément matériel », ajoute-t-elle, relevant l'impossibilité de la thèse de la défense du fait de l'embrasement de la voiture qui n'est intervenu qu'ensuite. Elle détaille un mobile « parfaitement établi ». Celui d'un homme jaloux qui sait qu'Émilie veut rompre et a une nouvelle relation. « Une jalousie qui prend un tour extrême et obsessionnel » dit la cour qui parle d'un homme « au-delà de la rationalité, proche d'une « certaine folie ».

Il est aussi question dans les motivations de la route départementale 9 où, quelques années plus tôt, Émilie a perdu une amie proche dans un accident de voiture survenu quasiment au même endroit et dans les mêmes circonstances. C'est pourquoi la jeune femme avait interdit à son compagnon d'emprunter cette route, qu'ils devaient malgré tout prendre cette nuit du 9 novembre 2007, quitte à faire un détour de près de 10 km.

Johann reconnaît que « ce que vit Émilie est un drame »

Concernant cet accident préalable de 2005, la cour avait estimé « qu'il ne s'agissait en rien d'une coïncidence. C'était à l'origine de la conception de son plan criminel ». Elle avait enfin relevé que Johann B. « n'a pas fait passer de compassion et d'empathie lors de l'audience », et rendu hommage au courage de la victime, « à son exceptionnelle force morale », en relevant « l'atrocité des souffrances volontairement infligée ». Elle avait alors 20 ans.

Le drame a eu lieu en 2007 sur la D9, à Châtenay-en-France. LP/Fr.N.
Le drame a eu lieu en 2007 sur la D9, à Châtenay-en-France. LP/Fr.N.  

« Je ne suis pas du tout d'accord avec tout ce qui a été dit, souligne à la barre Johann B. Je regrette de n'avoir réussi à me faire comprendre devant la cour d'assises. Je vais essayer de m'exprimer, de faire au mieux. »

Il parle d'un accident qui l'a, lui aussi, marqué à vie : « Ce que vit Émilie est un drame. J'y pense tous les jours. J'étais conducteur. Je suis responsable. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour sauver Émilie. Je tiens à le dire : je n'ai jamais voulu lui faire le moindre mal. Je n'ai pas pu garder le contrôle du véhicule. Je me le reprocherais toute ma vie. Cela fait treize ans que deux familles vivent un enfer. »

Une déclaration qui laisse de marbre son ex-compagne, dont les soins ont été un véritable calvaire. « Il parle trois minutes et il pleure déjà… Il pleure sur son sort. La compassion, c'est pour lui-même… » confie-t-elle lors d'une suspension d'audience.

L'accusé soutenu par ses parents

Les parents de Johann B. ont été entendus ce vendredi. Comme en première instance, ils ont fait corps pour défendre leur fils, quitte à revenir sur leurs déclarations précédentes pour accréditer la thèse de l'accident et dresser le portrait d'un jeune couple ou tout allait bien, où seule Émilie faisait preuve de jalousie.

« Je ne lui en veux pas à Émilie. Elle est abîmée dans sa vie. Mais on est tous abîmés dans notre vie. Elle a eu tellement de souffrances. Ils ont vécu un accident horrible, traumatisant, confie la mère de l'accusé, cadre infirmière à la retraite. Je sais que mon fils n'a jamais rien fait. Ce n'est pas possible, je le connais trop. »

Le père a lui oublié ce qu'il avait déclaré aux gendarmes concernant la D9 maudite. Il avait pourtant reconnu qu'il savait qu'Émilie avait interdit à son fils de l'emprunter la D9. « Je ne me rappelle pas avoir dit cela », dit-il, allant jusqu'à mettre en doute la réalité de l'accident mortel de l'amie d'Émilie.

La cour d'assises se penchera lundi sur l'enquête des gendarmes qui ont su déceler les circonstances troublantes d'un accident qui a failli être classé comme tel à l'époque. Le procès doit durer deux semaines.