Val-d’Oise : Claire et Sébastien ont changé de vie et créé un potager en forme de cœur

Claire et Sébastien ont repris une ancienne ferme dans un hameau de Chaussy (Val-d’Oise). Ils cultivent un immense potager et élèvent des animaux de ferme en gardant leurs portes grandes ouvertes.

 Claire et Sébastien ont donné une forme de cœur à leur potager géant.
Claire et Sébastien ont donné une forme de cœur à leur potager géant. DR

Vue d'en haut, la nouvelle vie de Claire et Sébastien a une forme de cœur. « Ça devient une sorte d'attraction dans le coin, sourit le couple. Les gens qui font du planeur passent exprès au-dessus, la personne qui emmène des touristes en montgolfière l'utilise aussi. » Lorsqu'ils se sont installés dans le village de Chaussy (Val-d'Oise) il y a un peu plus d'un an et demi, Claire Chateauzel et Sébastien Riffaut ont suivi leur instinct. Se rapprocher de la terre.

Au moment d'aménager leur potager géant, cette forme s'est dessinée presque naturellement. « Il y avait ce châtaignier, au bout que nous voulions conserver, sourit Claire. Le haut ressemblait donc déjà à un cœur. On a continué. » Quand ils ont les pieds dans la boue et les muscles fatigués, ce dessin poétique leur rappelle sûrement la dimension philosophique de leur démarche. Car la ferme du Mouton noir est une sorte d'utopie. « Un jour, quelqu'un nous a dit : Vous êtes comme les autres, vous aviez envie. Mais vous, vous l'avez fait. »

Claire Chateauzel et Sébastien Riffaut se sont installés à la campagne et ont créé la ferme du mouton noir pour « tendre vers l’autosuffisance ». « A l’heure où les changements climatiques alertent de plus en plus de monde, nous avons commencé à prendre le tournant, humblement. » LP/Marie Persidat
Claire Chateauzel et Sébastien Riffaut se sont installés à la campagne et ont créé la ferme du mouton noir pour « tendre vers l’autosuffisance ». « A l’heure où les changements climatiques alertent de plus en plus de monde, nous avons commencé à prendre le tournant, humblement. » LP/Marie Persidat  

Claire, 38 ans, et Sébastien, 42 ans, inventent jour après jour la ferme du mouton noir. « C'est notre lieu de vie, mais c'est aussi un lieu ouvert. » Elle est urbaniste, il est pompier. Elle a un grand-père maraîcher, mais n'avait jamais envisagé de le devenir. Lui confie « avoir eu une prise de conscience écologique assez tardive. »

«C'est le retour à l'essentiel»

Il y a quelques années, le couple lance une première expérience hors du commun : le potager d'Aincourt. Ils créent une association pour cultiver, sur un mode un peu communautaire, des parcelles inutilisées en plein centre du village du même nom. Ce projet qui rencontre un grand succès sera leur galop d'essai.

Tout en gardant leur job à plein temps, ils décident d'aller plus loin en reprenant une ancienne ferme dans le hameau de Haute-Souris. « Dans l'absolu, l'important dans la vie, c'est d'abord de manger et boire. Tout se passe dans la ruralité. Alors nous avons voulu refaire une ferme à l'ancienne, un endroit où l'on n'a pas peur de se salir les pieds et les mains. C'est le retour à l'essentiel. »

Dans la cour au pied de leur maison en pierre meulière, les poules picorent devant les clapiers à lapin. Un peu plus loin, les moutons broutent tranquillement sous les arbres fruitiers fraîchement plantés, en bordure du potager. À l'intérieur du cœur, on sème, on plante et on expérimente, toujours selon des principes 100 % biologiques.

« Cette année, nous avons fait nos plants, explique Sébastien. C'est vraiment gratifiant de passer d'une graine à un aliment qui donnera lui-même une graine. » Les abeilles des ruches de la ferme se régalent de luxuriantes fleurs de carottes et ne savent plus où donner de la tête au milieu du carré aromatique aux mille odeurs.

Claire et Sébastien ont réalisé leurs plants eux-mêmes cette année. « C’est vraiment gratifiant de passer d’une graine à un aliment qui donnera lui-même une graine. » LP/Marie Persidat
Claire et Sébastien ont réalisé leurs plants eux-mêmes cette année. « C’est vraiment gratifiant de passer d’une graine à un aliment qui donnera lui-même une graine. » LP/Marie Persidat  

Besoin d'aide ? Un message sur Facebook suffit

Pour cultiver ce potager géant et coloré, sans parler du reste du domaine (10 000 mètres carrés au total), les quatre mains de Claire et Sébastien ne suffisent évidemment pas. « Quand nous avons besoin d'aide, nous lançons une bouteille à la mer sur Facebook. » Et ça marche ! Les bonnes volontés viennent régulièrement à la ferme, quand il faut mettre en terre 200 pieds de tomates ou cueillir des kilos de cerises.

« Souvent, ceux qui viennent, on ne les connaît pas plus que ça, admet Claire. Mais ils sont super-motivés ! On ne vient pas semer des carottes juste comme ça en passant. » Le couple propose souvent des fruits ou légumes de saison, du miel ou de la confiture en remerciement. Mais les bénévoles ne les emportent même pas toujours. « Ou alors ils reviennent après avec de la compote maison, et la boucle est bouclée, on échange », s'étonne Sébastien.

«Les gens osent venir et se confient»

« Certains sont intéressés par le jardinage. D'autres ont envie d'échanger, de participer. » Le couple s'est aussi donné pour mission d'accueillir des visiteurs qui s'intéressent au maraîchage, à la permaculture, ou qui ont des envies de changer de vie comme eux.

« Nous recevons de plus en plus de gens désorientés par notre système actuel. Comme nous avons un parcours un peu atypique, les gens osent venir et se confient même, ils racontent leur histoire. Les voisins sont aussi invités à déposer, par exemple, leurs tontes de gazon, qui seront recyclées en paillage pour le potager. Et la benne est souvent pleine. »

En parcourant le village avec une brouette pleine de légumes à partager durant le confinement, Claire et Sébastien ont scellé pour de bon leur intégration au village. « Les anciens sont plutôt heureux que la propriété soit redevenue une ferme, il y a la nostalgie qui joue, constatent les nouveaux habitants. Et les personnes plus récemment installées sont juste contentes d'avoir des légumes ! »