Val-d’Oise : 3000 collégiens et lycéens en plus attendus à la rentrée de septembre

Les projections font état de plus de 3000 élèves supplémentaires dans le second degré à la rentrée de septembre. Si des moyens ont été alloués au département, ils s’annoncent déjà insuffisants, selon les syndicats et représentants de parents d’élèves.

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 Habituellement, environ 2000 collégiens et lycéens sont attendus chaque année (Illustration).
Habituellement, environ 2000 collégiens et lycéens sont attendus chaque année (Illustration). LP/Marine Legrand

La prochaine rentrée scolaire ne fera pas exception dans le Val-d'Oise. Celle-ci devrait être marquée une nouvelle fois par une forte augmentation des effectifs dans les collèges et lycées du département. Et celle-ci s'annonce même d'une ampleur assez exceptionnelle.

Selon les projections, ce sont ainsi 3000 élèves de plus, contre 2300 cette année, qui sont attendus dans les établissements du secondaire en septembre. A raison de 813 collégiens, environ 500 dans les différentes voies professionnelles et près de 1700 lycéens supplémentaires en filières générales.

Une croissance démographique impressionnante qui n'est pas sans poser un certain nombre de défis à relever. Parmi eux, la question des locaux, relevant de la région Ile-de-France pour les lycées et du département pour les collèges. Selon la dernière étude de l'Institut Paris région (IPR), le 95 aurait ainsi besoin de 2400 places de lycées supplémentaires d'ici à 2027.

Recours aux heures supplémentaires

Mais surtout, celui des personnels enseignants, responsabilité du ministère de l'Education nationale. Pour la rentrée prochaine, le Val-d'Oise s'est vu attribuer une dotation supplémentaire de 297 heures pour les collèges et 477 pour les lycées. C'est sur cette base, communiquée après le comité technique spécial départemental mardi, qu'est déterminée ensuite celle de chaque établissement.

Des annonces qui sont loin de satisfaire syndicats enseignants ou fédérations de parents d'élèves. « On nous annonce que les moyens augmentent dans le département. Mais les heures correspondant aux postes, qui déterminent le nombre d'enseignants dans les établissements, diminuent dans les faits, explique Christophe Lucas. Cela correspond à une douzaine de postes supprimés en collèges, une dizaine en lycées. »

Le cosecrétaire départemental du Snes-FSU 95 regrette que les moyens supplémentaires alloués passent essentiellement par le recours aux heures supplémentaires : « On demande de plus en plus aux collègues de pallier aux problèmes de recrutement. En plus, cela signifie une hausse des effectifs dans les classes, surtout que les calculs sont faits partout désormais sur la base de 30 élèves par classe. »

«Cela crée une ambiance plus tendue»

Les conclusions de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) 95 sont proches. « Les moyens augmentent car ils ne peuvent pas faire autrement mais quand on fait le ratio vis-à-vis de la hausse massive des effectifs, au final ils baissent », estime Philippe Renou, vice-président départemental.

La FCPE 95 regrette, elle aussi, le recours aux heures supplémentaires. « Plus les professeurs doivent faire d'heures sup, moins ils sont disponibles pour accueillir les familles, gérer les élèves les plus en difficulté, les projets… Sans cela, les établissements se vident de leur dynamique, ça crée une ambiance qui est plus tendue », poursuit le parent d'élève.

Des heures retirées en Rep et Rep+

A cela s'ajoute le débat sur les répartitions entre les établissements du département. Pour la FSU, les dotations globales horaires de certains collèges sont difficiles à comprendre.

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« On enlève des heures aux réseaux d'éducation prioritaire pour les redonner à des établissements qui avaient été sans doute moins bien dotés jusqu'ici, souligne Christophe Lucas. Tous les établissements de Rep et Rep + vont ainsi subir des baisses de demi-groupes, des co-interventions… Cela diminue la qualité d'enseignement dans ces établissements où pourtant les effets du premier confinement avaient été remarqués par le ministère. »

A Garges, le collège Paul-Eluard perdrait ainsi 44 heures avec 14 élèves supplémentaires quand le collège Georges-Pompidou d'Enghien-les-Bains, où sont prévus 46 élèves en plus, recevrait 61 heures. Au lycée Simone-de-Beauvoir de Garges aussi, on se dit « consterné » par la dotation horaire globale allouée. Les professeurs mobilisés ont déjà lancé une tribune destinée à la rectrice de l'académie de Versailles.

A Paul-Vaillant-Couturier à Argenteuil, c'est la « sidération ». « Le collège est sinistré vu ce qui est prévu l'an prochain, affirme Didier Rambault, représentant Snes-FSU sur l'établissement. On a 53 élèves en plus et 20 heures en moins de dotation. Tous nos dispositifs de diversification pédagogiques, groupes de langues, effectifs allégés en 4e en SVT et physique… vont être supprimés faute de moyens. » Avec des effectifs par classe qui s'annoncent « très lourds ». « En 5e la moyenne prévue, c'est 28 élèves. On sait très bien qu'au cours de l'année, cela va augmenter comme c'est le cas depuis septembre : on avait 604 élèves à la rentrée, 630 maintenant. »

Le second degré pénalisé ?

Du côté de l'Inspection académique du Val-d'Oise, qui a déjà reçu plusieurs demandes d'audience, on assure que ces dotations sont le fruit d'un travail important « au cordeau », partant « d'indicateurs factuels », mené en fonction de l'indice de position sociale (IPS) de chaque établissement. Cette dernière se dit prête à expliquer les calculs réalisés aux établissements.

La direction assume cette méthodologie déclinée partout en France. « Elle repose sur un principe de rééquilibrage entre établissements à faible IPS et à fort IPS, recouvrant celui de rééquilibrage entre éducation prioritaire et hors éducation prioritaire. » « On a certains établissements en Rep et Rep + qui ont un IPS haut », précise-t-on. A cela s'ajoute la marge gardée chaque année pour pouvoir effectuer quelques ajustements à la rentrée en fonction des effectifs réels.

Pour la FCPE, le problème vient surtout de la restriction des enveloppes données à chaque académie par le ministère. « L'Etat a décidé de donner au premier degré en prenant au second. On ne peut que gérer la pénurie qui est de pire en pire, note Philippe Renou en référence aux 1800 suppressions de postes annoncées par le ministère pour la rentrée 2021. La bataille doit se mener au niveau national. »