Une BD retrace l’épopée des mythiques studios de musique d’Hérouville

L’album BD «les Amants d’Hérouville» qui sort ce mercredi, retrace l’incroyable aventure des studios d’enregistrement créés par Michel Magne dans un château du Val-d’Oise. Le village a vu passer les plus célèbres musiciens de la scène rock des années 1970-1980.

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 La bande dessinée «les Amants d’Hérouville» raconte l’histoire de ces studios créés en pleine campagne à une heure de Paris, qui vont vont attirer des artistes rock et pop du monde entier.
La bande dessinée «les Amants d’Hérouville» raconte l’histoire de ces studios créés en pleine campagne à une heure de Paris, qui vont vont attirer des artistes rock et pop du monde entier. Editions Delcourt/Mirages/Yann Le Quellec et Romain Ronzeau

Tout commence par un incendie! Le 26 mai 1969, l'aile Nord du château d' Hérouville-en-Vexin, dans le Val-d'Oise, prend feu. Avec elle, la totalité des œuvres originales de jeunesse du propriétaire, un certain Michel Magne, partent en fumée. Des symphonies, des concertos de ce génie touche-à-tout, il ne reste rien. « C'est ce qui peut arriver de pire à un compositeur », confie l'intéressé dans l'émission « Radioscopie » de Jacques Chancel. Mais tel le phénix, Michel Magne et cet ancien relais de poste de 1740 acheté en 1963, vont renaître de leurs cendres.

Un an après, en juin 1970, l'auteur-compositeur prend en stop une toute jeune fille, Marie-Claude, sur la route de Magny-en-Vexin. Elle deviendra son épouse et sa muse, lui redonnant l'envie et l'énergie de créer à nouveau. C'est à ce moment que les studios d'Hérouville vont naître.

Le bel escalier du château d’Hérouville, entièrement restauré, menait aux studios créés par Michel Magne.  Les Bee Gees y ont enregistré sur les marches leur tube «Staying Alive»./Editions Delcourt/Mirages/Yann le Quellec et Romain Ronzeau
Le bel escalier du château d’Hérouville, entièrement restauré, menait aux studios créés par Michel Magne. Les Bee Gees y ont enregistré sur les marches leur tube «Staying Alive»./Editions Delcourt/Mirages/Yann le Quellec et Romain Ronzeau  

Une histoire commence, inouïe, devenue une vraie légende : celle de ces studios créés en pleine campagne à une heure de Paris, près de Pontoise. Par la volonté et le talent d'un seul homme, auteur de célèbres musiques de film telles que les « Tontons Flingueurs », « Un singe en hiver » ou la série des « Angélique », ils vont attirer des artistes rock et pop du monde entier. David Bowie et Iggy Pop, Cat Steven, Rod Stewart, le trompettiste Chet Baker, entre autres, viendront y travailler. Sans oublier Elton John qui y enregistrera deux albums dont le bien nommé « Honky Château ». Les groupes Supertramp, Pink Floyd, Magma, les Bee Gees seront également de la partie. Et des Français aussi bien sûr. Parmi eux : Johnny, Eddy, Nougaro, Polnareff, ou Higelin qui y vivra même plusieurs semaines.

Le concert épique des Grateful Dead

L'album « les Amants d'Hérouville, une histoire vraie », de Yann Le Quellec et Romain Ronzeau (Editions Delcourt/Mirages, 27,95 euros), retrace ces années de folie, sexe, drogue et rock and roll, marquées par mai 1968 et la pop culture. Les réussites mais aussi les revers, l'ascension souriante et insousciante puis les premiers soubresauts et enfin la descente aux enfers qui s'achèvera par le suicide de Michel Magne en décembre 1984.

Le mariage de Michel Magne et de Marie-Claude à l’église d’Hérouville, relaté par «le Parisien» en 1972 et remis en scène dans l’album «les Amants d’Hérouville». /Editions Delcourt/Mirages/Yann Le Quellec et Romain Ronzeau
Le mariage de Michel Magne et de Marie-Claude à l’église d’Hérouville, relaté par «le Parisien» en 1972 et remis en scène dans l’album «les Amants d’Hérouville». /Editions Delcourt/Mirages/Yann Le Quellec et Romain Ronzeau  

Cette épopée, dont les habitants ont été les spectateurs et parfois les acteurs, a marqué durablement Hérouville, à travers certains épisodes relatés dans l'album. Comme le mariage, à l'église du village en tenue folklorique, du couple Magne en 1972 illustré d'un extrait d'article du « Parisien Libéré » de l'époque. Ou ce concert épique des Grateful Dead dans le parc du château, mini Woodstock à la française, où villageois, préfet, gendarmes, pompiers et musiciens semblent avoir passé une nuit « un peu spéciale », avec quelques migraines en héritage… Ou bien encore ces apparitions de notre Johnny national et de ses musiciens au bal et à la fête foraine de la commune dont les habitants les plus anciens se souviennent encore avec émotion.

Renaissance il y a quatre ans

L'album est également riche des documents et photos prêtés par Marie-Claude Magne qui, dans les dernières pages, commente d'autres photos, celles de sa visite du château et du parc abandonnés dans lesquels elle n'était jamais revenue.

Un espoir pour l'avenir, après avoir été délaissés de nombreuses années, devenant la proie des pilleurs et des vandales de toutes sortes, après avoir failli devenir un complexe hôtelier ou céder la place à un lotissement, le château d'Hérouville et ses studios ont ressuscité il a quatre ans. Une renaissance que l'on doit à ses nouveaux propriétaires, les ingénieurs du son Jean Taxis et Thierry Guarracino, ainsi que le financier Stéphane Marchi. Depuis, Sting et Shaggy, Melody Gardot ou Gregory Porter y ont donné des concerts live captés pour Arte. Et ce n'est pas fini…