Triangle de Gonesse : des militants lancent l’occupation du terrain

Ils entendent ainsi faire entendre leur opposition au projet de gare du Grand Paris Express.

 Des militants occupent depuis dimanche matin le site du triangle de Gonesse. Ils réclament une sanctuarisation des terres agricoles.
Des militants occupent depuis dimanche matin le site du triangle de Gonesse. Ils réclament une sanctuarisation des terres agricoles. LP/Christophe Lefevre

Certains montent des refuges de fortune avec du matériel de récupération, d'autres tentent de se réchauffer autour d'un tonneau transformé en brasero… le froid et la pluie n'ont pas découragé les militants qui occupent le Triangle de Gonesse. Hier matin, un collectif citoyen a en effet déclaré comme ZAD, ou « zone à défendre », le site qui doit notamment accueillir une gare du Grand Paris Express.

Dans l'après-midi, environ 150 personnes aménageaint l'espace rendu boueux par la pluie, dans la bonne humeur. « C'est le grand luxe », sourit une militante en photographiant un abri fabriqué avec des palissades. « Ce n'est plus de mon âge », lâche un septuagénaire en faisant allusion à ses camarades qui s'apprêtent à passer la nuit sur place.

« Une gare sans habitant,ça n'a pas de sens »

Tous sont « déterminés » pour cette occupation, qui commence trois semaines après la proclamation du « serment du Triangle », par lequel les militants s'engagent à protéger le lieu « contre toute tentative d'artificialisation et de destruction ». Un texte signé jusqu'ici par 8 500 personnes. « On restera là tant que la gare ne sera pas abandonnée, souffle un occupant. Avec le serment, ce sont nos deux moyens pour faire pression sur le gouvernement. »

Les militants ont décidé de passer à la vitesse supérieure devant la menace du début des travaux de la gare de la ligne 17 du supermétro, qui devrait voir le jour malgré l'abandon du projet EuropaCity, le mégacomplexe de loisirs et de commerce, décidée fin 2019.

« La Société du Grand Paris se préparait à commencer les travaux, explique Bernard Loup, président du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), qui soutient les occupants. Le chantier devenait imminent. Ce sera plus compliqué s'il démarre. Le gouvernement a eu le courage d'abandonner EuropaCity, je ne comprends pas pourquoi il n'a pas le courage de céder sur la gare. »

« Une gare sans habitant, sur des terres de grande valeur, ça n'a pas de sens, peste l'un des occupants. Il faut préserver les terres agricoles. » « Il y a un trésor sous nos pieds, renchérit l'un de ses camarades. On a une responsabilité vis-à-vis de ces terres. On doit permettre aux agriculteurs de transformer leur potentiel. »

Les militants viennent de toute la région parisienne, et même au-delà. « Certains, qui étaient à Notre-Dame-des-Landes (NDLR : où le projet d'aéroport en Loire-Atlantique a été abandonné) sont venus nous soutenir », glisse un participant. Ils réclament la sanctuarisation des 110 ha de terres agricoles et militent notamment pour la mise en place du projet Carma, association qui défend des projets alternatifs et met l'accent sur l'agriculture et la transition écologique.

« C'est une occupation illégale sur une parcelle privée », peste le maire

« Carma est prêt à démarrer, explique Bernard Loup. Cela concerne entre 30 et 40 ha. On espère que d'autres continueront. Les céréaliers sur place sont prêts à passer au bio. Le 4 février, le conseil régional d'Ile-de-France a voté un plan pour une alimentation locale et durable. Carma est tout à fait dans cette tendance. »

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« C'est une occupation illégale sur une parcelle privée, explique de son côté Jean-Pierre Blazy, maire (PS) de Gonesse. Après la procédure qui va être engagée, ils vont être obligés de ne pas y rester. » L'élu est « dans l'attente de la position de l'Etat, qui doit clarifier la situation ».

Dans un rapport remis récemment au Premier ministre, le préfet du Val-d'Oise prônait une urbanisation partielle. Le projet initial de 280 ha est bel et bien abandonné, mais une autre option de 110 ha aménagés au Nord de la ZAC est défendue.

« Après l'abandon d'EuropaCity, le gouvernement ne s'est pas exprimé, regrette Jean-Pierre Blazy. Nous sommes pour une approche équilibrée entre l'urgence écologique et l'urgence du territoire. C'est un territoire agricole et il le restera. Dans le prolongement de la ZAC, nous avons instauré 400 ha de ZAP (zone agricole protégée) à cheval sur Gonesse et Roissy-en-France. Carma a sa place dans la ZAC, et bien entendu dans la ZAP. »