Suicide d’Evaëlle, 11 ans : interdiction d’enseigner confirmée pour sa professeure

La juge d’instruction en charge du dossier avait prononcé une interdiction d’exercer à l’encontre de la professeure de Français d’Evaëlle. Une décision dont elle a fait appel, mais qui a été confirmée ce jeudi.

 Versailles (Yvelines), jeudi 1er octobre. Les parents d’Evaëlle, Marie et Sébastien, ont assisté à l’audience qui a statué sur l’interdiction d’exercer de l’enseignante de Français mise en examen pour harcèlement.
Versailles (Yvelines), jeudi 1er octobre. Les parents d’Evaëlle, Marie et Sébastien, ont assisté à l’audience qui a statué sur l’interdiction d’exercer de l’enseignante de Français mise en examen pour harcèlement. LP/Frédéric Naizot

Mise en examen pour harcèlement à la suite du suicide d'Evaëlle, une collégienne de 11 ans à Herblay, sa professeure de Français risque de ne pas retrouver une classe de sitôt. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles a confirmé jeudi après-midi l'interdiction d'enseigner ordonnée par la juge d'instruction de Pontoise dans le cadre de son contrôle judiciaire. Une disposition contre laquelle l'enseignante avait fait appel.

La cour a confirmé également une obligation de soins psychologiques et une interdiction d'entrer en contact avec les victimes. Une décision accueillie avec soulagement par Marie et Sébastien, les parents de la jeune fille, qui ont pris connaissance ce vendredi de l'arrêt de la cour.

Une audience qui se tenait à huis clos

« La cour a motivé sa décision sur 70 pages, ce qui est rare, confie ce vendredi la mère d'Evaëlle, Marie. C'est une satisfaction, la justice reconnaît ce que les enfants ont vécu. Elle protège aussi les enfants que potentiellement l'enseignante pouvait avoir en classe. »

« L'avocat général avait demandé la confirmation de l'interdiction d'enseigner en estimant qu'il y avait trop de risque que la professeure se retrouve devant des enfants, confie le père, Sébastien. Elle a estimé surtout qu'il faut ainsi protéger la santé mentale des enfants. »

Evaëlle, 11 ans, était victime de harcèlement scolaire. Elle a mis fin à ses jours, le 21 juin 2019. DR
Evaëlle, 11 ans, était victime de harcèlement scolaire. Elle a mis fin à ses jours, le 21 juin 2019. DR  

Assistés jeudi à la cour de leur avocate, Me Delphine Meillet, qui salue « des parents exceptionnels qui se sont énormément investis », Marie et Sébastien tenaient à assister à l'audience de la chambre de l'instruction, qui s'est déroulée à huis clos.

«Nous sommes convaincus qu'elle est un danger pour certains enfants»

« Nous avons senti que la cour connaissait parfaitement le dossier et a longuement retracé toute l'enquête, pendant 40 minutes, confie Marie. C'est une affaire qui nous importe pour notre fille, mais aussi pour les autres enfants que l'enseignante pourrait croiser. L'enseignante n'est pas venue pour défendre son appel, mais nous sommes là. Nous sommes convaincus qu'elle est un danger pour certains enfants. Pas pour tous, c'est vrai. Elle choisissait certains d'entre eux. »

Elle ajoute « attendre le procès sereinement » dans quelques années. « Cette décision nous aide aussi à trouver l'apaisement, à ne pas laisser la colère nous envahir. Evaëlle est reconnue actuellement comme une victime. Que la Justice le dise, c'est très fort. »

«La juge d'instruction a fait ce que l'Education nationale aurait dû faire»

Des propos prolongés par le père d'Evaëlle : « L'Education nationale pouvait prendre une mesure conservatoire pour qu'elle arrête d'enseigner. Cela aurait été pertinent. La juge d'instruction a fait ce que l'Education nationale aurait dû faire ».

Me Delphine Meillet indique par ailleurs que le couple rencontrera le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer le 20 octobre prochain. Un entretien auquel se joindra, précise-t-elle, la rectrice de l'académie de Versailles, à la demande de celle-ci.

L'enseignante est «dévastée» selon son avocate

L'avocate de la professeur de Français, Me Marie Roumiantseva, rappelle pour sa part tout l'enjeu de la décision de la chambre de l'instruction, pour cette « enseignante depuis trente-trois ans qui présente un parcours d'excellence », souligne-t-elle, « et qui est aujourd'hui dévastée ».

Cette enseignante de 58 ans, qui vit désormais en Bretagne, mère également de trois enfants, pourrait perdre ce travail d'une vie : « Si la situation ne change pas, l'administration pourra constater dans quatre mois la carence de l'enseignante et se retrouver déchue de la fonction publique ».

Cinq élèves également dans le viseur de la justice

Evaëlle s'était pendue à son lit le 21 juin 2019 après avoir subi plusieurs mois de harcèlement scolaire présumé au collège Isabelle-Autissier, à Herblay. Une information judiciaire a été ouverte le 8 novembre 2019 pour homicide involontaire contre X et pour harcèlement sur mineur de 15 ans à l'encontre de plusieurs élèves et de la professeure de français de la collégienne.

Cinq élèves seraient à ce jour visés par la justice. Marie et Sébastien estiment que son comportement a été central dans le harcèlement qu'a subi leur fille. « Notre suspicion, confie Marie, c'est que la prof a commencé quelque chose en classe et que les élèves ont poursuivi après. »

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