Stéphane, intermittent, marche 507 kilomètres pour les «non-essentiels»

Ce comédien et technicien du Val-d’Oise s’est fixé comme défi de marcher pendant le confinement 507 km. Soit le nombre d’heures de travail ouvrant droit au régime des intermittents.

 Cergy, ce mardi. Stéphane Le Moal s’est lancé ce «défi inutile et non-essentiel» pour alerter sur la situation des acteurs du monde du spectacle.
Cergy, ce mardi. Stéphane Le Moal s’est lancé ce «défi inutile et non-essentiel» pour alerter sur la situation des acteurs du monde du spectacle. LP/Christophe Lefevre

C'est un acte « symbolique », en soutien aux « non-essentiels ». Stéphane Le Moal, 47 ans, s'est fixé comme objectif de marcher 507 km durant ce confinement, pour soutenir le monde de la culture. « Un défi inutile et non-essentiel », sourit cet habitant de Cergy. Le chiffre n'est pas choisi au hasard. Il renvoie aux 507 heures nécessaires aux intermittents du spectacle pour s'ouvrir des droits aux allocations-chômage.

Ce comédien et technicien, intermittent depuis vingt-cinq ans et qui a notamment travaillé pour des salles prestigieuses comme le Moulin rouge ou le Point-virgule, veut ainsi mettre en lumière les difficultés rencontrées par le monde de la culture, blessé notamment par la dénomination de «non-essentiel».

« C'est vraiment péjoratif, soupire le quadragénaire, qui effectue son défi dans un rayon d'un kilomètre autour de son domicile. Pour moi, la langue française est suffisamment riche pour trouver d'autres mots. Là, ça dévalorise complètement les personnes. On l'a pris un peu comme une insulte. On te dit : tu n'es pas nécessaire, pas important pour la société. Mais quand on regarde ce qui reste de l'histoire de l'humanité, c'est la culture. »

«Aucun cluster n'est parti d'un événement culturel»

Au-delà du champ lexical, celui qui vient de créer une Web-TV intitulée « Culture News live » pointe également des « inégalités ». « Lors du premier confinement, nous avons été les premiers arrêtés avec les restaurateurs, souffle « Moaleux ». Tout le monde a été déconfiné le 11 mai, sauf la culture, qui n'a réellement repris que le 22 juin. Ensuite, tous les festivals d'été ont été annulés. Les salles de spectacle ont commencé à rouvrir en septembre en faisant le nécessaire. Il y a eu des investissements, des aménagements. Tout le monde est masqué, tout est fléché, les gens sont placés… »

Le secteur s'est également adapté après la mise en place du couvre-feu. « On a tous changé notre manière de travailler, explique le professionnel. Et aucun cluster n'est parti d'un événement culturel. On est conscient de la situation. Personnellement, ma sœur travaille dans un service de réanimation. Mais on a plus de chances de tomber malade en faisant ses courses que dans une salle de spectacle. »

«Est-ce que je vais être obligé de me reconvertir ?»

Le fondateur des Remarkables, troupe de café-théâtre qui a écumé les scènes de 1989 à 2002, créant même un festival de l'humour dans son fief de Cergy, souhaite également alerter sur « une catastrophe humaine ». « Il y a une vraie détresse psychologique, souffle le père de famille. Il va y avoir une vague de dépression. Personnellement, je fais environ 200 des 597 heures nécessaires en septembre. Avec l'annulation d'événements comme la Fête de l'humanité ou le festival Cergy, soit! j'ai fait zéro heure. Je me sens menacé, comme tout le monde. Est-ce que je vais être obligé de me reconvertir? A un moment, il faut remplir le frigo »