Sept mois après l’effondrement de la dalle de Marcouville, plus de 150 logements toujours privés d’Internet

La maire de Pontoise (Val-d’Oise) annonce qu’elle va attaquer la société Orange en justice pour n’avoir toujours pas raccordé ces habitants sept mois après l’incendie qui a provoqué l’affaissement de la dalle.

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 Une partie des logements du quartier Marcouville est privée de réseau de télécommunications depuis sept mois.
Une partie des logements du quartier Marcouville est privée de réseau de télécommunications depuis sept mois. LP/Marie Persidat

« Une partie du quartier n'a toujours ni téléphone fixe, ni Internet, ni télévision, c'est scandaleux! » Sept mois après le terrible incendie qui a provoqué l'effondrement de la dalle, la vie n'a toujours rien de normal dans la résidence des Hauts de Marcouville. Pour tenter d'améliorer ce qui peut l'être dans l'immédiat la maire de Pontoise Stéphanie Von Euw (Libres!) annonce qu'elle va attaquer la société Orange en justice.

La maire engage une action en justice

« Nous allons déposer un référé afin de leur imposer de faire les travaux qui s'imposent », détaille l'élue très remontée. Alors que le trou béant qui défigure le quartier depuis le mois de juillet dernier est toujours là - et sans doute pas près d'être refermé - la municipalité veut faire bouger les choses. « Cela va prendre du temps avant que les travaux lourds ne puissent être lancés, prévient la maire. C'est pour cela qu'il faut que le quartier connaisse d'autres évolutions avant. » Ces évolutions passent par exemple par la réouverture de la maison de quartier (voir encadré). Mais aussi par l'accès au réseau de télécommunication.

Pas de connexions depuis six mois

« Ça fait plus de six mois que l'on a plus de wi-fi ! », peste ainsi un jeune du quartier rencontré dans la supérette. « Déjà avant ça ne marchait pas très bien », confie une mère de famille. Dès le 3 juillet à cause du premier incendie qui s'est déclaré dans les parkings souterrains de la résidence - à l'origine de l'affaissement - deux bâtiments d'habitation ainsi que la maison de quartier et le foyer de jeunes travailleurs se sont retrouvés sans réseau.

Le second incendie estival, le 5 août, n'a pas arrangé les choses. Au total, ce sont 150 logements ainsi que 60 habitations du foyer jeunes travailleurs qui doivent se passer de connexion Internet. « Tous les autres réseaux des concessionnaires (eau, électricité, gaz, chauffage) ont été rétablis seulement quelques jours après les incendies, écrit Stéphanie Von Euw dans une lettre adressée dernièrement au président-directeur général d'Orange. La situation ne peut plus durer, elle est inacceptable et intolérable. »

Orange de son côté se défend de toute inertie. « Nous étions là dès le lendemain du sinistre pour intervenir mais on ne pouvait accéder, il y avait des scellés », raconte un porte-parole du groupe. Les études auraient ensuite pris du temps. « Nous sommes prêts à tout réparer depuis décembre, nous avions prévu de brancher les premiers logements début janvier, mais malheureusement le travail qui consiste à refaire les parcours de câbles à l'intérieur des immeubles, étape qui ne dépend pas de nous, n'a pas été fait en amont. »

L'acheminement des câbles vers les logements problématique

Orange assure qu'à l'heure actuelle ses équipements sont « opérationnels jusqu'au bas des bâtiments. » C'est l'acheminement des câbles vers chaque habitation qui pose problème. « Il faut tout changer, cela a été détruit à 100 %, il y a même des fils électriques qui ont fondu sur le parcours alors qu'ils n'auraient jamais dû être là », détaille le porte-parole. « Chaque immeuble doit prendre à sa charge l'installation de nouveaux supports de câbles avant que nous ne puissions intervenir. Or on sait que dans ce quartier, la gouvernance des immeubles est compliquée. »

Le fonctionnement de la résidence repose en effet sur une organisation complexe. Plusieurs acteurs s'y côtoient : l'association syndicale libre (ASL) des Hauts de Marcouville, elle-même composée de trois syndics de copropriétés, le bailleur social Erigère et un syndic de copropriété Immo de France qui est censé gérer l'ensemble. Bien sûr tous les acteurs se renvoient la balle.

Pontoise, le 3 juillet. Une dalle s’est effondrée après un important incendie dans un parking sous-terrain. LP/Aurélie Ladet
Pontoise, le 3 juillet. Une dalle s’est effondrée après un important incendie dans un parking sous-terrain. LP/Aurélie Ladet  

«Je veux que l'on repense le quartier»

Une complexité qui ne doit pas être un obstacle aux réparations de l'avis de Stéphanie Von Euw. L'élue milite actuellement pour tenter de décrocher les financements qui permettront d'entreprendre des travaux de grande envergure. « Je ne veux pas que l'on se contente de reboucher le trou, je veux que l'on repense le quartier », martèle-t-elle.

La maire a rencontré à ce propos le préfet de région le 28 janvier dernier. « Il s'est engagé à pousser le dossier Marcouville auprès de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) », annonce-t-elle. Concrètement, cela signifie que le budget régional de l'Anru devrait être amendé pour financer davantage la rénovation de Marcouville. Le 8 février prochain, Stéphanie Von Euw échangera avec le préfet du Val-d'Oise à ce sujet. Et début mars seront présentés les résultats des études réalisées par un cabinet spécialisé mandaté par la préfecture. Différentes options de rénovation seront alors proposées.

La maison de quartier partiellement rouverte

L'herbe a repoussé, peut-être plus verte que jamais, au milieu des décombres. Sept mois après l'effondrement de la dalle de Marcouville, le trou béant qui a défiguré le quartier n'a pas bougé. Mais la végétation recouvrant les gravats n'est pas le seul indice d'une vie qui reprend peu à peu. La maison de quartier est en train de reprendre du service. « Nous sommes très contents d'être à nouveau là, à proximité des gens », sourit Caroline Reynes la responsable. « Les habitants commencent à retrouver le chemin de la maison de quartier. »

La structure, maillon essentiel du lien social à Marcouville, était pourtant le bâtiment le plus fragilisé par l'affaissement de la dalle provoqué par un incendie dans le parking souterrain. « Cela me tenait à cœur de la rouvrir, explique la maire (Libres !) Stéphanie Von Euw. C'est un signal fort envoyé aux habitants. »

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La réouverture a beau être limitée à trois salles (dont la cuisine), le symbole est important. « Parce qu'ici on est au centre du quartier », résume Kevin, référent famille de la structure. L'association Aquarel, qui anime les lieux, avait pu heureusement maintenir une partie de ses activités grâce à la mise à disposition de locaux au sein de l'école Ludovic-Piette, à quelques encablures. Mais maintenir le lien notamment avec les parents s'avère souvent plus difficile dès que les activités ne sont plus proposées à l'intérieur même du quartier.

D'autant que la crise épidémique et la coupure de la ligne téléphonique ont encore compliqué les choses. « Nous communiquons avec nos adhérents par Whatsapp », explique Caroline Reynes. « Nous pouvons désormais organiser de nouveau des ateliers en petits groupes notamment dans le cadre de nos actions pour la parentalité. »