Reconfinement : au Quai des Marques du Val-d’Oise, la fermeture d’un mois inquiète

Le reconfinement marque un coup d’arrêt pour ce centre commercial du Val-d’Oise composé exclusivement de magasins non-alimentaires.

 Franconville (Val-d’Oise), ce jeudi. Des clients ont profité des dernières heures préconfinement pour faire des emplettes, avant une fermeture totale d’un mois.
Franconville (Val-d’Oise), ce jeudi. Des clients ont profité des dernières heures préconfinement pour faire des emplettes, avant une fermeture totale d’un mois. LP/Alexandre Boucher

Des bouchons comme si c'était le week-end. Au lendemain de l'annonce d'un nouveau confinement, il fallait prendre son mal en patience pour progresser dans la zone commerciale de la D14, au niveau de Franconville et de Montigny-lès-Cormeilles (Val-d'Oise). Quelques grandes enseignes ont connu un surcroît d'activité ce jeudi. « Les clients font le plein avant que les magasins ferment. Sur quelques centaines de mètres, vous avez Leroy Merlin, Boulanger, E.Leclerc et nous », résume ce commerçant du Quai des Marques.

Cinq mois après avoir rouvert, ce centre « outlet » de 75 enseignes, spécialisé dans la vente d'anciennes collections à moindre coût, va donc de nouveau devoir baisser le rideau à 20 heures. « La sécurité et la santé des collaborateurs et des clients priment, explique Cécile Cordier, la directrice du Quai des Marques. On souffre mais on n'est pas les seuls. On avait su rebondir après le premier confinement, notamment cet été où le chiffre d'affaires a augmenté de 22%. On s'est rendu compte que notre modèle était résiliant. On a confiance en l'avenir. On espère pouvoir rouvrir avant les fêtes. »

« On joue notre tête sur cette période-là »

Chez les commerçants, cette nouvelle fermeture a « mis un gros coup au moral », comme l'explique la gérante d'un magasin de linge de maison. « Une fermeture totale à l'approche des fêtes… C'est très dur. On joue notre tête sur cette période-là », déplore-t-elle avant de poursuivre. « On avait réussi à récupérer tout ce qu'on avait perdu du premier confinement. Mais là, c'est impossible. Les chiffres sont trop énormes. La période de Noël et des soldes représentent 75% de notre chiffre d'affaires annuel. »

« C'est un coup dur de plus, on a les boules, confirme Francis, le gérant de Jerem, une boutique de prêt-à-porter pour hommes qui emploie cinq personnes. On va encore mettre des gens au chômage. L'annulation des mariages et le télétravail nous avaient déjà coûté cher. Là, nos stocks sont pleins… »

Et il ne croit pas à une réouverture avant 2021. « Les gens ne sont pas assez raisonnables. Depuis la réouverture, on fait la chasse au masque mal porté. »

Des clients qui profitent des « dernières heures de liberté »

Dans les allées, la foule n'est pas immense. Mais les clients « sont plus nombreux qu'un jeudi normal », remarquent plusieurs commerçants. « Une dame vient de m'acheter de cocotte en fonte pour 500 euros, rapporte Jérémy, responsable chez Le Creuset. Elle m'a dit qu'elle voulait être bien équipée pour le nouveau confinement. »

« Je profite des dernières heures de liberté, confie Maggy, une cliente. J'avais prévu de faire quelques achats en novembre mais comme ça sera fermé, je suis venue aujourd'hui. »

Même raisonnement pour Simon, qui a également « prévu de passer à Leroy Merlin pour acheter de la peinture ». « Je me suis fait avoir au premier confinement. J'aurai pu beaucoup plus bricoler mais je n'avais pas le matériel. Là, je ne pensais pas repeindre la chambre de mon fils tout de suite mais je vais profiter du deuxième confinement. »

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De son côté, Sarah est venue « faire le plein de vêtements pour bébé ». « Ma fille n'a pas un an et ne porte pas ses habits très longtemps. Comme je ne sais pas combien de temps ça va durer cette fois, je préfère assurer le coup. » Rosine, elle, vient d'acheter pantalons et chemises « pour Noël ». « Comme ça, c'est fait ! sourit cette sexagénaire. Et de toute façon, je n'aime pas commander les vêtements sur Internet. Je préfère faire les boutiques. On peut toucher et essayer. »

Au supermarché aussi, la cohue

Comme pour le premier confinement, il y avait du monde aussi dans les supermarchés, comme au Cora d'Ermont. « C'est reparti comme au printemps », soupire Cathy en voyant les files d'attente aux caisses. Cette jeune maman a dû patienter 45 minutes avant de pouvoir poser ses produits sur le tapis ce jeudi matin. « Il n'y a même pas pour 30 euros dans mon caddie mais je n'avais pas le choix, je devais venir pour des couches et des petits pots », explique-t-elle, le regard tourné vers son fils dans la poussette.

S'il ne fallait pas encore faire la queue pour pénétrer dans l'hypermarché, les effets des annonces d'Emmanuel Macron étaient déjà visibles. Çà et là, des chariots débordent de produits de papier toilettes, des packs d'eau ou de bouteilles d'huile végétale. « Ça n'a rien à voir avec le confinement, jure un client lorsqu'on lui pose la question. J'avais prévu depuis plusieurs jours de me ravitailler. »

« Si tout le monde fait ça, il y aura une pénurie »

Un autre assume. « En mars, les magasins avaient tellement été pris d'assaut que pendant de nombreuses semaines, je n'avais pas trouvé certains produits, explique Helder. Donc là, je prends mes dispositions. J'ai pris des pâtes, des produits d'hygiène, de la farine, du papier toilettes. Je ne compte pas revenir avant un certain temps. »

Une attitude qui choque d'autres clients. « Si tout le monde réagit comme ça, il y aura une pénurie, s'agace Dominique. Je fais mes courses chaque jeudi, je n'ai pas changé mes habitudes après les annonces d'hier. J'ai rempli mon chariot avec le strict nécessaire, sans faire de stocks. » « Les gens sont juste des égoïstes, s'emporte Mathilde. En temps de crise, ils ne pensent qu'à eux. Ce sont les mêmes qui se plaignaient de l'absence de masque au printemps et qui trouvaient les mesures trop contraignantes. Là, ils sont les premiers à l'hypermarché ce matin. C'est ça le problème principal de cette crise : le manque de civisme et de responsabilisation. »