Protocole sanitaire : dans le Val-d’Oise, les agents de la vie scolaire haussent le ton

Le mouvement de grève de ce mardi promet d’être massivement suivi dans les écoles et collèges du département. Comme les enseignants, les agents de la vie scolaire dénoncent leurs mauvaises conditions de travail.

 La quasi-totalité des enseignants du collège Jacques-Monod, et même les agents de la vie scolaire, ont commencé la grève dès ce lundi et la poursuivront ce mardi.
La quasi-totalité des enseignants du collège Jacques-Monod, et même les agents de la vie scolaire, ont commencé la grève dès ce lundi et la poursuivront ce mardi. DR

« Nous, nous sommes carrément à côté des élèves toute la journée. Au milieu des enfants. Le mètre de distance réglementaire, on ne peut même pas y penser. » Sonia est accompagnante d'élève en situation de handicap (AESH). Avec ses deux autres collègues du collège Jacques-Monod à Beaumont-sur-Oise, elle est en grève depuis lundi. L'inquiétude de toute la communauté éducative, en pleine seconde vague, est tellement importante que le mouvement social initié la semaine dernière mobilise désormais tous les personnels.

Ce mardi, la grande journée d'action nationale, promet d'être très suivie dans le Val-d'Oise. L'appel à la grève a d'ailleurs été relayé par l'ensemble des organisations syndicales, ce qui n'est pas le cas ailleurs en Ile-de-France ou sur le territoire national. Les lycées, qui avaient été les premiers à crier leur désarroi face à des mesures sanitaires qu'ils jugent insuffisantes ou inapplicables, ont obtenu une réponse du ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer jeudi soir.

30 élèves par classe, « ils sont forcément les uns sur les autres »

Les établissements ont désormais le droit d'organiser des cours en demi-classe afin de limiter l'affluence. Mais dans les collèges, la situation est toujours la même. Et ce mardi, les enseignants du premier degré rejoignent aussi le mouvement. La participation à la grève s'annonce massive. Il faut dire que tous les acteurs de la scolarité se sentent démunis.

Au collège de Beaumont-sur-Oise, la quasi-totalité des enseignants et des agents étaient en grève dès ce lundi. « Notre administration a fait du bon boulot, ils ont tout de suite mis ne place des mesures comme le fait de laisser les élèves toute la journée dans la même salle pour éviter le brassage, témoigne un professeur. Mais nous avons 650 élèves pour une capacité de 600, nos salles sont petites, il y a des classes à 30 élèves, ils sont forcément les uns sur les autres. Et puis dès qu'ils sortent, il y a de gros mouvements de foule. À la cantine, malgré l'application de nouvelles règles ils sont à quatre par table, assis l'un en face de l'autre et l'un à côté de l'autre… »

Ils réclament plus de personnel et d'équipements

Sonia, avec Claudie et Fatiha, ses collègues AESH, confient qu'elles se sentiraient « un peu plus rassurées avec des masques FFP2 plutôt que des masques en tissu », puisqu'elles ne peuvent s'éloigner des élèves qu'elles accompagnent. « Et puis il nous faudrait des équipements transparents aussi, car nous avons des enfants avec des handicaps assez lourds qui ont besoin de nous voir parler. »

Les professeurs du lycée polyvalent Romain-Rolland sont mobilisés depuis la semaine dernière. LP/V.T.
Les professeurs du lycée polyvalent Romain-Rolland sont mobilisés depuis la semaine dernière. LP/V.T.  

Afin d'améliorer les conditions d'accueil, les équipes réclament aussi des renforts humains. L'obligation de ne plus brasser les différentes classes entre elles entraîne en effet une démultiplication des tâches. « Forcément avec l'épidémie, il y a plus de profs absents », témoignent ainsi deux assistants d'éducation. « Comme il n'y a plus de salle de permanence commune, nous devons nous rendre directement dans les classes pour surveiller les élèves. Et quand nous faisons cela, nous ne sommes pas ailleurs. »

« Nous sommes parfois un seul avec 200 élèves dans la cour »

Les assistants ne s'estiment pas en nombre suffisant pour faire respecter les règles du protocole sanitaire. « Nous sommes parfois un seul avec 200 élèves dans la cour, c'est ingérable. Que peut-on faire si un élève enlève son masque ? » Idem dans les cantines. Même si les familles qui le peuvent sont encouragées à ne pas laisser leur enfant au collège sur le temps de midi, les effectifs restent tout de même importants. « Un seul surveillant au milieu de 150 élèves ne peut vérifier que chacun remet son masque en se levant et en allant chercher de l'eau. En plus, nous sommes obligés de presser les enfants pour ne pas qu'ils se mélangent. Ils doivent avoir mangé en dix minutes un quart d'heure. »

Impossible de faire respecter la distanciation sociale dans les écoles

Dans le premier degré, les enseignants dénoncent également un manque d'effectif. « Évidemment il y a des collègues absents - malades ou cas contacts - faute de remplaçants nous devons renvoyer les enfants chez eux », explique Thomas Saubaber, secrétaire départemental SE Unsa 95.

En maternelle comme en élémentaire, le respect des distances semble illusoire. « Ne pas s'approcher à moins d'un mètre d'un enfant quand on lui apprend à lire, c'est impossible !, témoigne l'instituteur. Pourquoi ne distribue-t-on pas des masques transparents à tous les enseignants de CP ? Les AESH ont aussi un simple masque de type 1, à côté d'élèves qui n'en portent pas forcément en fonction de leur pathologie. Pourquoi ne sont-ils pas équipés de visières ? Nous avons tous un sentiment de manque d'anticipation. »