Pourquoi l’espérance de vie à Magny-en-Vexin est l’une des plus faibles en Ile-de- France ?

L’espérance de vie des hommes de cette commune du Val-d’Oise est l’une des plus basses de l’Ile-de-France selon l’observatoire régional de la santé. Un phénomène qui peut paraître étonnant en zone rurale.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Magny-en-Vexin. Fabien se souvient d’une époque où les cafés étaient bien plus nombreux dans la commune.
Magny-en-Vexin. Fabien se souvient d’une époque où les cafés étaient bien plus nombreux dans la commune. LP/Thibault Chaffotte

Il ne fait pas forcément toujours bon vivre à la campagne. C'est en tout cas ce qu'il ressort des chiffres publiés par l'observatoire régional de la santé (ORS). La petite commune de Magny-en-Vexin figure en effet tout en haut de la liste des villes où les hommes ont l'espérance de vie la plus courte. On y meurt en moyenne à 73,7 ans, un bien mauvais indice comparé au taux francilien qui est de 80,6.

Les femmes s'en sortent mieux dans le Vexin avec une espérance de vie qui atteint 84,2 ans. On reste, là encore, en dessous de la moyenne d'Ile-de-France (86,1). Mais à l'échelle du département les Magnytoises s'en sortent très bien puisque c'est à Gonesse, dans l'est du Val-d'Oise, que les décès surviennent le plus prématurément.

L'espérance de vie des femmes n'y dépasse pas 82,6 ans. Dans une zone urbaine particulièrement touchée par la pauvreté, cette réalité n'est guère surprenante. Elle l'est davantage à Magny-en-Vexin, petite commune de 5653 habitants implantée dans un parc naturel régional. Les habitants ne se reconnaissent d'ailleurs pas forcément dans ces statistiques.

Deux ans pour trouver un médecin traitant

« Ça me paraît bizarre », confie Baki, 50 ans, quand on lui indique l'exceptionnelle brièveté de la vie à Magny-en-Vexin. Tous les habitants interrogés ont la même réaction. Baki ne voit pas de facteur qui puisse expliquer ce phénomène. « Ici, on est à la campagne. On n'est pas stressé, c'est hypercalme », juge-t-il. Le seul problème de la commune à ses yeux est la disparition des magasins de proximité. « Les commerçants ferment les uns après les autres. Ils ont tout flingué, c'est dommage », déplore-t-il. Il reconnaît que cette raréfaction des magasins s'accompagne aussi de celle des médecins.

Léa, 31 ans, arrivée récemment dans la commune a attendu deux ans pour trouver un praticien qui accepte d'être son médecin traitant. « Après, on a la chance d'être pas très loin de Paris, mais il faut se déplacer », ajoute-t-elle. Cécile, 46 ans, admet que les médecins manquent à Magny-en-Vexin. « J'ai un médecin depuis 2004, indique-t-elle. Je ne sais pas quand il va partir à la retraite mais ça va être difficile de le remplacer. »

Les temps de trajet seraient-ils un facteur de risque ? « Pour aller à Paris, c'est 1h30. Forcément ça rallonge, mais est-ce que ça peut expliquer ça ? » Yann 32 ans témoigne dans le même sens. « Moi, je suis dans le bâtiment, je fais deux heures de route le matin, quoi qu'il arrive. » En dehors de ça, la commune semble à ses yeux plutôt propice à une vie longue et paisible, même s'il regrette le manque de médecins. « C'est un petit village à la campagne. Il y a une bonne qualité de vie à Magny », juge-t-il. « C'est pas une grande ville, il n'y a pas énormément de pollution », rappelle Cécile.

Des conditions de vie plus «rudes»

Les professionnels de santé confirment. « On n'a jamais trouvé d'indices qui lieraient cette situation à un phénomène local de pollution ou à l'activité agricole », souligne Joël Vionnet-Fuasset. Cet adjoint au maire, qui a été médecin généraliste pendant quarante ans dans la commune et a également travaillé à l'hôpital, connaît bien ces chiffres. Mais ne peut les expliquer que par un faisceau d'éléments variés.

« La commune est tout de même isolée, il y a des généralistes mais pas assez, et quasiment pas de spécialistes, ce qui fait que la médecine de prévention n'est pas développée. Le transport peut être compliqué, pour aller jusqu'à Pontoise afin de faire des dépistages par exemple, il n'y a qu'une ligne de bus. Et puis il y a le facteur socio-économique. Ce n'est pas facile de trouver un emploi. Le niveau de précarité induit plus de consommation d'alcool et de tabac ainsi qu'une mauvaise alimentation. »

Newsletter L'essentiel du 95
Un tour de l'actualité du Val-d'Oise et de l'IDF
Toutes les newsletters

Une partie de la population est consciente de cette réalité. « La vie est plus rude ans les petites communes, résume Fabien, 54 ans. Il y a plus de services dans les grandes agglomérations. » Steve, 40 ans, estime qu'il faut aussi prendre en compte le mode de vie des générations antérieures. « Les anciens ici ont beaucoup travaillé à l'usine. C'était beaucoup plus des gens de la classe ouvrière il y a cinquante ans », souligne-t-il.

Il rappelle que les traditions liées à la consommation d'alcool n'étaient pas les mêmes. « J'ai connu quand il y avait 14 ou 15 cafés. On sortait d'un pour aller dans un autre », ajoute Fabien. Lui-même a préféré quitter la commune pour cette raison. « Je suis parti pendant vingt ans de Magny. Si j'étais resté, je serais mort à cause de ça », explique-t-il en mimant l'action de lever le coude.