Pontoise : douze ans de prison requis contre le ravisseur présumé de quatre fillettes

Olivier N. est jugé par la cour d’assises du Val-d’Oise pour avoir tenté d’enlever quatre fillettes âgées de 8 à 11 ans, en 2017. Le verdict devrait tomber ce vendredi.

 Pontoise. Quatre fillettes avaient fait l’objet d’une tentative d’enlèvement entre mars et avril 2017.
Pontoise. Quatre fillettes avaient fait l’objet d’une tentative d’enlèvement entre mars et avril 2017. LP/Frédéric Naizot

Il avait semé la panique aux Hauts-de-Marcouville, à Pontoise. Une peine de 12 ans de prison, assortie de 5 ans d'interdiction de port d'arme et 5 ans d'inéligibilité, a été requise, ce jeudi, à l'encontre d'Olivier N., 31 ans. Ce dernier est jugé par la cour d'assises du Val-d'Oise, depuis lundi, pour quatre tentatives d'enlèvement, en mars et avril 2017, sur des fillettes âgées de 8 à 11 ans.

Les témoignages de ces dernières font tous état du même mode opératoire : dans le hall de leur immeuble ou dans les escaliers, il les prenait par surprise, les saisissait par la taille, leur plaquait une main sur la bouche et les emmenait vers un endroit isolé. « Chacune s'est libérée d'Olivier N. soit en le mordant, soit en se débattant, soit en profitant d'une intervention extérieure, soit en s'enfuyant », a souligné l'avocate générale, Elodie Benaiem.

Il avait agressé sexuellement une fillette quelques semaines plus tard

Une cinquième fillette n'a pas eu cette chance. En août 2017, il reproduit le même mode opératoire à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) : il rencontre une petite fille de 9 ans dans la rue, l'entraîne dans un immeuble, la fait descendre au parking, la déshabille dans un coin sombre et se livre à des attouchements sur elle. Pour les avocats des parties civiles, il ne fait aucun doute qu'il a agi à Pontoise avec le même objectif sans toutefois y parvenir. Pour ces faits, il a été condamné par le tribunal judiciaire de Bobigny à quatre ans de prison.

«Il passe son temps à mentir»

« Malgré cette condamnation, il demeure ambigu, déplore l'avocate générale. Il refuse d'avouer une attirance pour les petites filles. » « Il veut tellement se présenter sous un jour favorable qu'il passe son temps à mentir », abonde Lucille Sudre, avocate d'une des fillettes. Lors de ce procès, l'accusé a donné des explications peu plausibles. « C'est sa troisième version des faits depuis le début de la procédure mais elle n'est pas plus crédible que les autres », a estimé l'avocate générale. « Il a essayé de dire qu'il n'y était pas, il s'est inventé des sosies », rappelle Raphaël Lehmann, avocat d'une des fillettes.

Plutôt dans l'après-midi, Olivier N. a été interrogé sur trois des tentatives d'enlèvement. A nouveau, il a expliqué avoir voulu faire peur. « Mon comportement était confus, je n'étais pas maître de ce que je faisais », plaide-t-il.

Comme il l'avait fait précédemment, il a dit être d'accord avec ce qu'avaient dit les plaignantes, pour ensuite contester leurs déclarations. Il réfute avoir eu un couteau, avoir proféré des menaces de mort, avoir attendu les victimes, les avoir retenues… Dans quel but? « Aujourd'hui, le mot blague n'a pas lieu d'être, mais je ne trouve pas autre chose », répond l'accusé.

Il dit «compatir» avec les victimes

Il a exprimé de la compassion pour le sort des victimes, durement traumatisées par cet événement. Chacune a raconté comment les cauchemars les avaient poursuivies longtemps, comment elles s'étaient recluses chez elle de peur de croiser à nouveau un prédateur. Certaines ont déménagé ou veulent le faire. L'une mouille encore son lit. « Il y a un véritable questionnement. Il sait que ce n'est pas normal », assure Me Laurent Boula, son avocat.

La défense a insisté pour séparer ce dossier de celui jugé à Bobigny. « Pour l'affaire d'Epinay, il a reconnu les faits, il a été condamné et il purge une peine », a souligné l'avocat. Pour lui, il s'agit de juger un ravisseur présumé et non un pédophile. « On cherche à savoir si par rapport à ces filles il avait eu des pulsions sexuelles. Moi je suis comme saint Thomas. Je ne suis pas devin, je ne suis pas dans sa tête. Vous ne pouvez pas faire d'hypothèses dans ce genre d'affaire », a-t-il indiqué.