Permaculture, herbes aromatiques... ces Val-d’Oisiens qui ont choisi le retour à la terre

A Bray-et-Lû, Alan, Guillaume et des dizaines d’amis ont redonné vie à un ancien moulin du XVIIIe, ouvert au public ce week-end, et créé un potager en permaculture. A Bellefontaine, Delphine et Willy cultivent des plantes aromatiques et médicinales.

 Le projet du Moulin de Pont Rû est une histoire collective. Autour d'Alan Caillaud, le président de l'association de nombreuses autres personnes animent le site centré sur le développement personnel et la permaculture.
Le projet du Moulin de Pont Rû est une histoire collective. Autour d'Alan Caillaud, le président de l'association de nombreuses autres personnes animent le site centré sur le développement personnel et la permaculture. Benoît Dhennin

« Créer un lieu d'accueil, d'écoute et de résilience. » Le tout en se reconnectant à la nature. C'est le pari du Moulin de Pont Rû, un lieu étonnant qui a ouvert ses portes à l'entrée du village de Bray-et-Lû (Val-d'Oise) l'an dernier et que le grand public est invité à découvrir ce week-end. Alan Caillaud, un enfant du pays, est à l'origine de ce projet en plein développement. Ou plutôt de ces projets au pluriel car la terre du domaine du moulin est fertile, elle nourrit le potager bio qui entoure la maison mais inspire aussi bien d'autres actions.

Alan est un hyperactif qui travaille dur pour donner corps à ses idées et à celles de la tribu au sein de laquelle il vit. Le moulin, dans sa forme actuelle, a été façonné par de nombreuses mains. « Au total, je pense qu'il y a à peu près 580 personnes qui sont passées ici pour rénover et aménager le bâtiment », estime le président de l'association portant la structure.

Une oasis soutenue par le mouvement de Pierre Rabhi

Le moulin de Pont Rû est la maison dans laquelle Alan a grandi. Après un parcours mêlant humanitaire et travail dans le secteur du bien-être, il décide de créer son propre centre. Pour mener la campagne de travaux, il a recours uniquement aux réseaux du type workaway, woofing et bien sûr Colibris. Le centre de Bray-et-Lû est en effet lui-même l'une de ces « oasis », c'est-à-dire un lieu prônant un nouveau mode de vie, soutenues par le mouvement de Pierre Rabhi. Maintenant que la rénovation du bâtiment datant du XVIIIe siècle est achevée, ils sont entre cinq et quarante personnes à graviter autour du moulin aussi appelé centre Sensorialys, certains y vivant à l'année, d'autres y passant.

La règle appliquée au quotidien est celle de la « gouvernance partagée ». Toutes les décisions doivent être prises à l'unanimité. Ici on mange bio et végétarien. Des instruments de musique sont à disposition. Ainsi qu'une salle de yoga ou de méditation. « On est en famille », assurent les résidents.

« Nous ne sommes pas des hurluberlus »

Difficile en effet de ne pas se sentir tout de suite à l'aise en discutant dans le salon cosy et lumineux, en prenant un café dans la grande cuisine, et surtout en flânant au cœur de ce jardin luxuriant, le pas rythmé par le flot de l'Aubette, le cours d'eau qui le traverse. « Mais attention, nous ne sommes pas des babas cool, prévient Alan. Nous sommes dans la réalité économique et en plein dans la transition écologique. Nous ne sommes pas des hurluberlus qui faisons de la méditation dans un lieu fermé sur lui-même. »

Effectivement, le moulin accueille régulièrement des séminaires et il est répertorié sur toutes les plateformes de location d' Airbnb à Expedia en passant par booking. À partir de 70 euros, on peut y passer la nuit et y déguster la cuisine maison. « Nous avons eu beaucoup de monde au moment du déconfinement, il y a des gens qui sont même venus de Paris pour la semaine! », raconte Alan.

Les voyageurs viennent ici se ressourcer tout au long de l'année. Le moulin est ainsi fréquenté à la fois par des touristes en mal de campagne ou par des personnes en quête de sens. « Ici, nous proposons une écoute, le bien manger, et puis on peut mettre les mains dans la terre, faire des trucs très simples », résume le Val-d'Oisien. Le Moulin organise pour tous des séances variées, allant du yoga du chant à la découverte de la permaculture. « Nous regroupons plein de compétences ! », résume Alan.

Alan Caillaud est le président de l'association du Moulin de Pont Rû. LP/Marie Persidat
Alan Caillaud est le président de l'association du Moulin de Pont Rû. LP/Marie Persidat  

1700 mètres carrés de permaculture

Sur les 4500 mètres carrés de terrain, plus de 1700 sont en effet cultivés selon la philosophie de la permaculture, une méthode de jardinage durable, économe et respectueuse de l'écosystème. Guillaume Fenski, infirmier reconverti qui a fait ses classes en Nouvelle-Zélande et en Australie, est à la manœuvre. Le jardin a d'abord été conçu dans un but pédagogique. On y chemine entre des potagers en mandala, en lasagne ou des cultures en bac, telles que l'on pourrait en trouver en milieu urbain. « Le but est d'inspirer les visiteurs, nous présentons donc plusieurs techniques afin qu'ils puissent reproduire à leur niveau », explique Guillaume. Et ce n'est qu'un début.

Un projet d'extension

Le Moulin espère prochainement racheter une parcelle voisine de 4 hectares, avec l'ambition d'y créer notamment un jardin pédagogique bien plus grand, mais aussi d'y replanter des arbres. « L'idée serait de faire un parcours sensoriel, les visiteurs passeront par une petite forêt, une mare et l'on pourra découvrir plusieurs types de maraîchage », détaille Alan. « Nous pourrons organiser des ateliers avec les enfants, travailler avec les écoles, les collèges mais aussi les maisons de retraite. On peut ainsi refaire du lien social et redonner du dynamisme dans nos villages qui sont trop souvent soit vieillissants soit dortoirs. Et puis dans le Val-d'Oise, le maraîchage bio est très peu développé. Pourquoi ne pas proposer aussi des formations. »

Ce week-end, les journées portes ouvertes sont aussi l'occasion de lancer une opération de financement participatif pour concrétiser le projet.

Le moulin ouvre sa cour et son jardin ce samedi 26 septembre de 10 heures à 23 heures et dimanche de 10 heures à 18 heures, 2 moulin de Pont Rû, entrée gratuite, mini-marché de producteurs, yoga et contes, expositions, visites du jardin, concerts.

Chez Willy Dargère, on cueille et cultive des plantes aromatiques et médicinales dans le respect de la biodiversité. LP/Marie Persidat
Chez Willy Dargère, on cueille et cultive des plantes aromatiques et médicinales dans le respect de la biodiversité. LP/Marie Persidat  

A Bellefontaine, Willy fait revivre la ferme de son grand-père avec de la mélisse, de l'hysope et de la valériane

À l'abri des regards, derrière un grand portail de ferme, se cache un jardin unique à Bellefontaine. On y cultive et on y cueille des plantes aromatiques et médicinales, dans le plus pur respect de la nature. Le projet, qui est encore en plein développement, est né de l'heureuse rencontre entre deux Val-d'Oisiens.

Delphine Boura a complètement changé de vie à l'approche de ses quarante ans. Willy Dargère avait toujours rêvé de faire revivre la ferme de ses ancêtres. Les plantes ont fait le reste. « Elles sont magiques », reconnaît-il. Ici, dans un domaine de presque huit hectares on fait pousser la mélisse, l'hysope, l'achillée ou la valériane. Les plants et les légumes de saison poussent sous la protection de rangées d'arbres fruitiers. « C'est de l'agroforesterie, explique Willy. Les arbres gardent l'humidité et ce sont des hôtes à insectes, toutes les strates sont utilisées. Au niveau de la biodiversité, c'est le mieux. »

Une bonne partie de la production est destinée à ceux qui ont envie de se soigner par les plantes. LP/Marie Persidat
Une bonne partie de la production est destinée à ceux qui ont envie de se soigner par les plantes. LP/Marie Persidat  

Des zones sauvages voisinent avec les lignes droites. Willy travaille la terre en choisissant les outils qui perturbent le moins possible le milieu. Et il peut compter sur des auxiliaires dévoués : les moutons sont là pour désherber. « Les deux ânesses m'aident aussi bien à entretenir. » Willy Dargère a développé sa maîtrise de la terre au fil des expériences.

Diplômé d'un BTS agricole en gestion et protection de la nature, il s'est d'abord essayé dans le commerce équitable en ouvrant une boutique à Chantilly (60) avant de se former en maraîchage. Des potagers de l'association Plaine de vie à la Ferme des possibles (à Stains, Seine-Saint-Denis) en passant par le jardin du prince Aga Khan à Gouvieux, il se perfectionne en culture biologique. Mais la vieille ferme de Bellefontaine lui colle à la peau. Dès 2016, il fait d'ailleurs certifier ses terres en bio. « À un moment donné, je me suis dit qu'il fallait que je lance mon propre projet », reconnaît-il à 46 ans.

Delphine Boura, de son côté, a longtemps travaillé dans l'hôtellerie, puis dans la communication et le tourisme. « Petite, j'étais assez connectée à la nature », se souvient-elle. « Mais je me suis coupée de tout ça parce que j'étais toujours en horaires décalés au travail. » C'est un burn-out qui va tout changer. « Cela a été la bascule, j'ai commencé à me soigner par les plantes et à vivre plus sainement. » Delphine a fait une formation en herboristerie.

Leurs tisanes vendues sur les marchés de producteurs et en Amap

Les deux passionnés ont récolté une trentaine de kilos de plantes l'été 2019 et développent vraiment leur activité cette année. Leurs tisanes sont vendues sur des marchés de producteurs, en Amap ou boutiques bios pour le moment. « La moitié de nos clients viennent de la part de naturopathes. C'est vraiment quelque chose dans l'air du temps. Les gens ont envie de se soigner par les plantes. » Dès le mois d'octobre, Delphine compte lancer des ateliers formations.