«Mobilisation générale» pour aider les jeunes délaissés dans le Val-d’Oise

De nombreux jeunes de 15 à 25 ans se retrouvent en déshérence en cette période marquée par le Covid-19. Mairies, associatifs, préfecture et Education nationale s’emploient à trouver des solutions.

 Illustration. En cette rentrée particulière, de nombreux jeunes se retrouvent sans affectation, formation ou emploi.
Illustration. En cette rentrée particulière, de nombreux jeunes se retrouvent sans affectation, formation ou emploi. LP/Philippe Lavieille

Le confinement avait déjà éloigné des centaines de jeunes du milieu éducatif et du monde du travail. Certains, déjà en difficulté, ont plongé. En cette rentrée, à l'heure de reprendre le cours de sa vie ou sa scolarité, trop ne sont pas revenus et restent dans une situation précaire. Face à ses ados ou jeunes adultes en déshérence, la mobilisation est générale pour les ramener vers « le droit chemin ».

« C'est un travail extrêmement difficile. Pendant la coupure et le confinement, pas mal de gamins ont pu tomber encore plus dans les bêtises, quelques trafics. En plus, les vacances se sont enchaînées derrière… s'inquiète un médiateur de l'est du Val-d'Oise. On va sur le terrain, dans les quartiers, taper à la porte des familles, pour essayer de les repérer. C'est compliqué. Ce n'est pas pour rien qu'ils sont souvent surnommés les invisibles. »

«Beaucoup de jeunes restent sur le carreau»

En cet « après Covid », les dispositifs de prises en charge ont été multipliés par tous les acteurs. Mairie, associatif, préfecture ou Education nationale. A Villiers-le-Bel, la commune a mis en place le parcours « SOS Rentrée », au point information jeunesse (Pij). Il permet à des jeunes de 14 à 25 ans, sans affectation, formation ou emploi, de suivre des ateliers d'accompagnement avec un coach spécialisé.

« Nous en avons une quinzaine cette année, c'est légèrement davantage que les années précédentes, indique un éducateur. Le coronavirus n'est pas une énorme déflagration. Mais il est clair que beaucoup de jeunes restent sur le carreau. Le contexte ne les aide pas à repartir de l'avant. » La ville organise, aussi, un forum, rassemblant des organismes de formation et des entreprises, le 29 septembre.

L'impression d'un avenir bouché

Adrien*, 23 ans, habitant de l'est du Val-d'Oise, traîne son spleen au chômage depuis presque un an. Sans qualification, avec son seul Bac en poche, il s'était habitué à enchaîner les petites missions dans des établissements de restauration. « Là, il n'y a plus de boulot nulle part, souffle-t-il. Je ne sais pas quoi faire. Je suis chez mes parents, au quartier et voilà. J'attends que ça reparte ! »

Sans véritable envie de formation, Adrien a la sensation que l'avenir « se bouche » dit-il. « Déjà, avant la crise sanitaire, ce n'était pas forcément simple de trouver un travail quand on vient de nos quartiers. Là, c'est encore pire, se désole-t-il. Je tente, à droite à gauche, mais c'est la galère… »

Une forte mobilisation cette année

Mohammed Mammoudi, directeur de la prévention à l'association Imaj, spécialisée dans l'insertion, estime que, malgré des circonstances « affreuses », les moyens n'ont jamais été aussi conséquents. « Je pense qu'on a jamais autant travaillé, tous ensemble, main dans la main, se réjouit-il. Tous les dispositifs ont été renforcés, des postes ont été créés… Il y a une vraie mobilisation. »

Malgré tout, Mohammed Mammoudi « s'inquiète » pour eux âgés entre 16 et 18 ans qui ont « définitivement tourné le dos à l'école. Ils sont dans une fragilité extrême, et il existe peu de prises pour les ramener vers l'école. » Ils ne seraient, malgré la crise sanitaire, pas plus nombreux à avoir déserté les salles de classe des lycées.

Des solutions post-bac

Charline Avenel, rectrice de l'académie de Versailles, affirme que « tous les élèves ont repris le chemin de l'école. Ceux qui n'étaient pas là pendant le confinement avaient déjà une scolarité très fragile. Autrement, notre travail, avec les vacances apprenantes, a porté ses fruits. Nous réalisons des évaluations, pour remettre à niveau les élèves qui ont pu décrocher. »

L'inquiètude porte davantage sur les études supérieures et les places disponibles. Le nombre de nouveaux bacheliers a explosé, 5 000 de plus par rapport aux années précédentes. 500 places supplémentaires en université, et autant dans des BTS, ont été créés pour «absorber» le surplus d'élèves en attente d'une orientation. Les services civiques et « cordées de la réussite » ont été doublées également.

« Nous voulons offrir une solution adaptée à chaque jeune, pour qu'aucun ne reste sur le côté de la route, insiste Charline Avenel. Nous mettons aussi en place des formations « Bac + 1 », qualifiantes, pour que les jeunes débouchent à un emploi dès la rentrée prochaine. On ne peut les laisser seuls, désemparés. Nous nous sommes mis en ordre de bataille ! »

Un accompagnement individuel renforcé

Créé en 2018, le Plan régional d’insertion pour la jeunesse (PRIJ) vient en aide aux jeunes des quartiers prioritaires de toute Île-de-France. « L’objectif est d’offrir un accompagnement individuel renforcé aux jeunes en difficulté d’insertion, âgés de 16 à 25 ans, explique-t-on en préfecture. Par manque d’information ou d’accompagnement, beaucoup ne recouraient pas à ces dispositifs alors qu’ils pouvaient y prétendre. »

Cette année, les moyens ont été renforcés, en particulier à destination des jeunes décrocheurs. Quatre-vingt-quinze quartiers prioritaires, sur les 272 que compte la région, vont bénéficier du dispositif. Dans le Val-d’Oise, cinq « groupes opérationnels » et onze « référents de parcours » vont agir, notamment dans l’est du Val-d’Oise.« C’est un dispositif qui fonctionne bien, souligne Mohammed Mammoudi, d’Imaj, partenaire du PRIJ. Il permet une prise en charge globale des jeunes et surtout, un relais avec les institutions. Un réseau d’entreprises et de solutions s’ouvre à eux dès que la prise en charge débute.

Le plus dur, encore une fois, est de les repérer. »Cent sessions de coaching - contre un peu moins de 80 l’an dernier - vont être organisées d’ici à la fin de l’année à destination de plus de 6 000 jeunes, contre 4 000 en 2019.