Les surveillants manquent dans les collèges et lycées du Val-d’Oise

Représentants de parents d’élèves et syndicats enseignants demandent des recrutements pour pallier à la fois la hausse des effectifs et les nouvelles missions liées au Covid-19.

 Franconville. Les parents d’élèves du collège Jean-Francois-Clervoy réclament plus d’assistants d’éducation.
Franconville. Les parents d’élèves du collège Jean-Francois-Clervoy réclament plus d’assistants d’éducation. DR

« Nos enfants sont en danger et l'équipe éducative est épuisée ! Il n'y a plus que quatre d'assistants d'éducation (AED) pour 543 enfants, explique les élus FCPE du collège Jean-François-Clervoy de Franconville, qui se sont mobilisés mercredi pour dénoncer le manque dans l'établissement et afficher leur soutien aux surveillants en poste dans ce contexte difficile. Par rapport à l'an dernier, on nous a supprimé un poste, que l'on avait déjà eu du mal à obtenir, alors que les effectifs ont encore augmenté cette rentrée. En plus, il faut faire respecter les mesures sanitaires. C'est intenable ! On ne comprend pas, il n'y a pas de logique. »

Crise du Covid-19 oblige, c'est en effet aux surveillants qu'il revient de vérifier le port du masque obligatoire ou encore d'assurer les circulations différenciées des élèves. « C'est très compliqué et s'il y a une absence, c'est vite la catastrophe car on est alors partout et nulle part, devant souvent quitter notre poste pour aller régler un problème ailleurs. Physiquement et moralement, c'est difficile. Heureusement que toute l'équipe de vie scolaire s'entraide », souffle une AED.

« Le principal et le CPE se retrouvent aussi à faire la cantine »

« Comme il n'y a pas assez de monde pour surveiller la cour et le réfectoire, le principal et le conseiller principal d'éducation (CPE) se retrouvent aussi à faire la cantine », assure la FCPE locale. Et de regretter les réponses faites par l'inspection académique : « On n'est pas entendu. On nous répond qu'il faut des formations pour apprendre à gérer le flux des élèves. Ce n'est pas le problème : il faut plus de surveillants ».

Le cas du collège Clervoy n'est pas isolé dans le Val-d'Oise. Au lycée Arthur-Rimbaud de Garges, le poste en plus obtenu cette année, serait loin de couvrir les besoins. « Un pour près de 100 élèves supplémentaires en deux ans, apprend-on. Sachant que ce n'était déjà pas suffisant au départ et qu'on en demande depuis des années. En plus, on a des absences non remplacées. C'était le cas cette semaine où sur 7, il en manquait trois. »

Au collège Voltaire de Sarcelles, qui s'est mobilisé depuis le début d'année pour dénoncer la baisse de leur enveloppe, « avec 120 élèves en plus en trois ans, nous n'avons eu aucun poste d'AED en plus. Et le demi-poste promis n'est toujours pas arrivé », rappelle Mathieu Quéré, enseignant dans l'établissement.

« Concentré sur la surveillance et la gestion des élèves »

Dans un secteur semi-rural comme Vigny aussi, on regrette aussi le manque de personnels. « Notre enveloppe d'AED n'est pas suffisante car dans notre collège où les élèves sont tributaires des transports scolaires, nous n'avons pas d'externe. On les a toute la journée, note la CPE du collège Rolland-Vasseur. De fait, nous aimerions créer des animations surtout entre midi et deux, de l'aide aux devoirs mais nous n'en avons pas la possibilité faute de moyens, de ressources humaines car on a aucune aide. Auparavant, nous avions une assistante pédagogique mais on n'en a plus et nos AED, au vu de leur nombre (4,5 pour 487 élèves), sont concentrés sur la surveillance, la gestion des élèves. Alors on ne peut rien proposer et donc on ne peut pas remplir toutes nos missions envers nos élèves. »

Du côté de l'Inspection académique du Val-d'Oise, on souligne que des moyens supplémentaires ont été donnés cette année au département pour faire face aux besoins. « 30 équivalents temps en dotation supplémentaire. Ils ont été répartis équitablement en fonction d'une clé de répartition pour chaque établissement », précise-t-on.

Un problème général selon la FCPE

Une réponse qui est loin de satisfaire les parents d'élèves et les représentants des personnels. Selon la FCPE 95, le problème d'AED serait « général » ou presque dans les établissements du second degré du 95 au vu des effectifs en hausse constante. « On a de plus en plus d'élèves [plus de 2990 supplémentaires par rapport à l'an dernier], note Philippe Renou, vice-président de la fédération des conseils de parents d'élèves du Val-d'Oise (FCPE 95). En plus il y a de moins en moins d'agents techniques, donc souvent les AED sont obligés de compléter des taches qui ne sont pas les leurs. C'est l'enveloppe globale qui est trop faible. »

Un constat fait également par les syndicats enseignants. « 30 équivalents temps plein pour plus de 2000 élèves de plus. Cela ne couvre ni les courbes démographiques ni les protocoles sanitaires à faire respecter, constate Christophe Lucas du SNES-FSU. Surtout que ce sont des moyens qui étaient prévus avant la crise épidémique qui ne sont arrivés que le 1er octobre : la rentrée s'est faite à moyens constants. C'est toujours le cas pour les CPE car le 95 n'a eu aucun poste en plus ».

« Au moins, une cinquantaine d'établissements nécessiteraient des recrutements »

Et Loïc Sanchez, responsable de la catégorie CPE du SNES-FSU de Versailles de préciser : « Pour couvrir une amplitude horaire dans un établissement, il faut au minimum quatre AED voire 4,5 selon la structure et ce, sans parler de la crise sanitaire qui augmenté les missions des surveillants, précise-t-il. Dans le 95, on a des collèges et lycées qui ont seulement trois équivalents temps plein et qui sont donc en sous-effectif flagrant. Au moins, une cinquantaine d'établissements nécessiteraient ainsi des recrutements d'AED ».

Pour ces représentants, il faut même aller plus loin pour combler un manque de personnels « plus global ». « Nous avions demandé pour cette rentrée marquée par les suites du confinement et la crise sanitaire, plus d'adultes pour accueillir ces jeunes qui n'ont pour certains pas été en classe depuis six mois, avec des problèmes de comportements. Des AED, des psys scolaires, des CPE… et ce n'est pas le cas aujourd'hui. On a déjà eu plusieurs conseils de disciplines avec des élèves exclus définitivement quelques semaines après la rentrée. »