Les noms de 1 168 internés du camp d’Aincourt passent à la postérité

La liste des prisonniers a été dévoilée à l’occasion des commémorations du 80e anniversaire de l’ouverture du camp d’internement de la Seconde Guerre mondiale.

 Le centre d’internement d’Aincourt, aménagé dans les murs du sanatorium, a fonctionné de 1940 à 1942. La liste des 1 168 hommes qui y ont été internés a été dévoilée à l’occasion de la cérémonie commémorative du 80e anniversaire de l’ouverture du camp.
Le centre d’internement d’Aincourt, aménagé dans les murs du sanatorium, a fonctionné de 1940 à 1942. La liste des 1 168 hommes qui y ont été internés a été dévoilée à l’occasion de la cérémonie commémorative du 80e anniversaire de l’ouverture du camp. DR

« Non, nous ne pouvons laisser tomber dans l'oubli et l'indifférence toutes ces vies sacrifiées ! » exhorte Nicole Primard, la présidente de l'association Mémoire d'Aincourt. La cérémonie commémorative du 80e anniversaire de l'ouverture du camp d'internement d'Aincourt a pris une tonalité particulière samedi. Mémoire d'Aincourt a dévoilé pour la première fois la liste des 1 168 hommes, militants et élus communistes, syndicalistes, opposants au régime de Vichy et juifs internés d'octobre 1940 à mai 1942 dans ce qu'on appelait à l'époque un « centre de séjour surveillé ». 219 communes de région parisienne dont vingt-six du Val-d'Oise sont représentées.

« Depuis vingt-six ans, on sait qu'environ 1 500 hommes, femmes et enfants sont passés par Aincourt, explique Nicole Primard. On en a côtoyé plusieurs pendant des années. Mais il en reste de moins en moins. En dehors des élus de la région parisienne dont on connaît le nom et l'histoire, on n'avait pas été cherché l'identité des autres internés. Depuis quelques années, nous sommes contactés par des familles qui, après le décès d'un proche, découvrent des traces de son passage à Aincourt en triant ses affaires. »

Une enquête au long cours

Recenser nominativement l'ensemble des internés et leur parcours est un travail de longue haleine. C'est celui qu'a notamment mené Philippe Lesieur, président de l'association nationale des anciens combattants et ami (es) de la Résistance (ANACR) des Yvelines, qui a recoupé les archives des associations Mémoire vive des « 45 000 » et des « 31 000 » d'Auschwitz-Birkenau et de l'amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt.

« C'est un travail collectif, explique ce fils de résistant. Des fois, on a juste un nom et un prénom. D'autres fois, on a une date de naissance, une adresse. Il y a aussi des listes d'otages, des lettres entre les préfets et les responsables des camps pour les transferts de prisonniers vers les camps de Voves, Pithiviers, Compiègne, Paris ou au Mont-Valérien. »

Dans ces correspondances entre fonctionnaires du Gouvernement Vichy, les prisonniers de l'ancien sanatorium sont caractérisés de « communiste convaincu » ou « dangereux pour l'Etat ».

Un travail identique va être mené pour les femmes

S'il reste à compléter l'état civil et le parcours de 639 internés, Mémoire d'Aincourt prévoit de réaliser le même travail pour les 93 femmes arrivées à partir de mai 1942 dans le camp, alors vidé d'un grand nombre de ses prisonniers. L'histoire d'Odette Nilès, l'une des dernières survivantes d'Aincourt et petite fiancée de Guy Môquet, est l'une des rares connues. Quatre mois plus tard, Vichy ordonnait l'évacuation du camp qui devint une école de Groupes Mobiles de Réserves (GMR), un lieu de formation pour assurer la répression.

Après leur internement à Aincourt, première étape vers les camps de la mort ou le poteau d'exécution, 29 des 1168 hommes seront fusillés au Mont-Valérien à Suresnes, à Châteaubriant et Rouillé et 149 feront partie du convoi des « 45 000 ».

Un parc et une stèle en mémoire

L'association mémorielle espère enfin que la promesse d'une cellule réservée à la mémoire des internés dans le pavillon Bonnefoy-Sibour, qui sera réhabilité dans le cadre d'une opération immobilière de luxe, sera tenue.

De son côté, le maire (SE) d'Aincourt Emmanuel Couesnon a annoncé l'intention de la municipalité de racheter des terrains jouxtant l'ancien sanatorium pour y faire un parc et y pérenniser la stèle.