Les cyclistes de Cergy-Pontoise se battent pour garder leurs coronapistes

L’agglomération doit décider avant la fin de l’année si ces pistes cyclables provisoires, mises en place au moment du déconfinement, doivent être pérennisées.

 Cergy, vendredi. L’association Allez-y à vélo milite pour le maintien des coronapistes dans l’agglomération de Cergy-Pontoise. Un souhait qu’ils expriment lors des Vélove parades organisées dans les rues de l’agglomération.
Cergy, vendredi. L’association Allez-y à vélo milite pour le maintien des coronapistes dans l’agglomération de Cergy-Pontoise. Un souhait qu’ils expriment lors des Vélove parades organisées dans les rues de l’agglomération. LP/Marie Persidat

Elles portent les espoirs des uns et agacent les autres… Les « coronapistes » sont actuellement regardées de très près par les collectivités territoriales. Voilà environ quatre mois qu'elles ont été dessinées en jaune, un peu à la hâte, au moment du déconfinement, à Paris, Lyon, Bordeaux, Nantes, mais aussi dans l'agglomération de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise) et ses plus de 200 000 habitants.

Le but était à l'époque de favoriser les déplacements à vélo afin d'éviter de surcharger les transports en commun, dans lesquels il peut être difficile de respecter les distances sanitaires de sécurité. Mais ce dispositif annoncé comme temporaire soulève aujourd'hui une question de fond. Comment donner enfin une vraie place aux circulations douces en ville? Alors certaines villes comme Paris ont annoncé son intention de pérenniser les coronapistes, rien n'est tranché à Cergy-Pontoise.

«Les cyclistes s'approprient la route»

Pour peser dans la balance, les adeptes de la petite reine ont multiplié les actions de communication ces derniers mois. Vendredi, ils organisaient leur quatrième « Velove parade », une déambulation festive qui les a menés de Cergy à Pontoise, où ils ont retrouvé les jeunes de Youth for climate Val-d'Oise qui marchaient pour le climat.

L'association Allez-y à vélo organisait sa quatrième Velove parade vendredi sur l’agglomération. LP/Marie Persidat
L'association Allez-y à vélo organisait sa quatrième Velove parade vendredi sur l’agglomération. LP/Marie Persidat  

« Depuis l'aménagement des coronapistes, on voit que les cyclistes s'approprient la route », constate Matthieu Leduc membre de Allez-y à vélo, l'association à l'origine de ces rassemblements militants. « Beaucoup de gens qui étaient à la limite ont enfin franchi le pas. »

Des voies enfin sécurisées, mais perfectibles

L'agglomération de Cergy-Pontoise a matérialisé 9 km de voies à la suite de la décision de mai dernier (en création pure ou en confortement de bandes existantes). Le conseil départemental du Val-d'Oise a de son côté réalisé 3,5 km d'aménagement cyclable provisoire à Saint-Ouen-l'Aumône et à Pontoise.

On est loin de ce qui avait été promis en mai, mais ces installations ont déjà changé le quotidien des cyclistes. « Quand je viens de Pontoise, en rendez-vous à Cergy, on a une belle coronapiste, c'est génial, et vraiment sécurisé, se réjouit ainsi Brigitte, 63 ans. En revanche, les jonctions sont mal foutues. Aux carrefours, c'est complexe, on ne sait plus où est la piste, on se fait parfois klaxonner. Souvent on finit à pied pour traverser. »

700 vélos par jour sur le pont de l'Oise

Les militants veulent désormais aller plus loin. « Sur le pont de l'Oise, entre Pontoise et Saint-Ouen-l'Aumône, il y aurait d'après les comptages 700 vélos jour », assure Allez-y à vélo. « Et pourtant, il n'y a pas de réelle piste cyclable à cet endroit-là, juste de vagues indications insuffisantes. Cela montre qu'il y a une nécessité d'aménager. »

L'association avance déjà quelques chiffres : « D'après les données de comptages du département, il y aurait une augmentation de la fréquentation des mobilités actives, entre juin et septembre de 48 % sur la chaussée Jules-César et de 17 % sur l'avenue Gabriel-Delarue. »

Une décision prise d'ici à décembre

Mais l'ensemble des chiffres et des observations ne sont pas encore connus. « Actuellement, la communauté d'agglomération analyse ces aménagements et leurs usages : nombre d'utilisateurs, temps de parcours (pour les cyclistes comme pour les automobilistes ou les bus)… », précise le président de Cergy-Pontoise et maire (PS de Cergy), Jean-Paul Jeandon.

« Avec ces éléments d'analyse, les communes seront consultées, reprend l'élu. Et d'ici à décembre une décision sera prise qui viendra compléter le schéma directeur cyclable de l'agglomération, qui compte déjà 104 km d'itinéraires cyclables pérennes. On ne peut aujourd'hui anticiper sur ce processus. »

Pas de pérennisation en l'état

Jean-Paul Jeandon rappelle que ce sont des pistes « provisoires » qui ont été votées à l'origine et qu'elles n'ont pas vocation à être pérennisées « en l'état ». « Nous devons repenser nos mobilités, c'est une certitude, assure-t-il. Mais de multiples scénarios sont possibles sur ce sujet et il ne s'agit pas d'opposer automobilistes et cyclistes! Nous voulons faire les choses en privilégiant le pragmatisme au dogmatisme. »

Selon l’association Allez-y à vélo, les déplacements à vélo ont fortement augmenté à Cergy-Pontoise depuis la mise en place des coronapistes. LP/Marie Persidat
Selon l’association Allez-y à vélo, les déplacements à vélo ont fortement augmenté à Cergy-Pontoise depuis la mise en place des coronapistes. LP/Marie Persidat  

La ville de Pontoise a de son côté lancé une consultation citoyenne axée sur les coronapistes. Une semaine après son lancement, celle-ci enregistrait déjà 1495 participants. L'enquête est ouverte jusqu'au 30 septembre et les données seront analysées en octobre.

Dans un premier temps, l'arrêté permettant l'aménagement de ces voies, qui n'était valable que jusqu'à fin septembre, va être prolongé. C'est ce qu'a annoncé vendredi Léna de Bourmont, adjointe à la mobilité et à la transition écologique, en prenant aussi rendez-vous avec l'association Allez-y à vélo.

Des automobilistes partagés

Mais du côté des automobilistes, ces couloirs jaunes ne font pas l'unanimité. « Les dernières fois que je suis venue dans le quartier de l'université, c'était plus bouché que d'habitude », avance Hayet en se garant sur le boulevard du Port, près du carrefour avec le boulevard de l'Oise. « Parfois, c'est infernal. Et quand on cherche une place, on est obligé de rouler sur la piste cyclable, c'est gênant et stressant. »

Les militants d'Allez-y à vélo reconnaissent que les files de voitures se sont allongées aux feux, avec la disparition d'une voie désormais réservée aux cyclistes sur le boulevard de l'Oise, par exemple. « Mais cela ne ralentit pas tant que ça, estiment-ils. Le véritable impact négatif, c'est que les bus sont vraiment ralentis, car ils n'ont plus leur voie réservée. »

La cohabitation entre tous les modes de déplacement reste complexe. « C'est vraiment dangereux, estiment Nassima, mère de famille de Cergy. La pratique du vélo est à encourager, mais parfois l'espace est trop collé à celui des voitures. On ne peut pas laisser les enfants y aller, ce n'est pas assez protégé. »