«Le Covid, cela nous tue» : dans le Val-d’Oise, les cinémas indépendants se battent pour leur survie

Rouvertes depuis le 22 juin dernier, les petites salles peinent à retrouver leur public malgré des protocoles sanitaires stricts. À l’image de l’Eden, à Montmorency, qui lance ce mardi le festival « Les indés ».

 Montmorency. Michel Enten, directeur du cinéma l’Eden, organise le festival « Les indés » dans un contexte sanitaire et économique difficile.
Montmorency. Michel Enten, directeur du cinéma l’Eden, organise le festival « Les indés » dans un contexte sanitaire et économique difficile. LP/Christophe Lefevre

La période est sombre pour les salles obscures. Les cinémas indépendants du Val-d'Oise, qui ont rouvert le 22 juin dernier, cherchent toujours le public dans ce contexte de crise sanitaire. Et notamment l'Eden, à Montmorency, qui organise à partir de ce mardi, et jusqu'au 15 octobre, son festival « Les indés ».

« Tout l'été s'est déroulé de façon un peu dramatique au niveau de la fréquentation, explique le directeur, Michel Enten. Nous sommes restés ouverts tous les jours, mais nous n'avons pas vu grand monde. C'est déjà une période calme en temps d'ordinaire, mais là on a senti que les gens étaient partis en plein air. »

Un nombre d'entrées divisé par deux

À tel point que l'établissement, qui enregistre habituellement entre 40 000 et 45 000 entrées par an (43 000 en 2019) prévoit une fréquentation maximale de 20 000 personnes en 2020. Soit plus de 150 000 euros de recettes en moins. « On constate qu'une partie nos clients d'un certain âge n'ont pas remis les pieds dans les salles par sécurité, reprend le responsable. » Les professionnels du secteur en attendent beaucoup de la fin d'année et de films à succès comme le quatrième volet des « Tuche ».

Un calendrier qui laisse augurer un bon dernier trimestre pour les exploitants, qui refusent de baisser les bras. À l'image de l'Eden, qui mise notamment sur les animations et les rencontres, comme celles prévues dans le cadre des « Indés » avec, par exemple, la productrice du film « Gagarine » ce mardi, le réalisateur d'« Israël » dimanche ou des comédiens d'« un triomphe » mardi, pour la soirée de clôture. « Pour nous, c'est un moment habituellement clé de l'année, mais encore plus aujourd'hui », prévient Michel Enten, également à la tête du Fontenelle et de l'Atalante, à Marly-le-Roi et Maisons-Laffitte, dans les Yvelines.

Des précautions maximales

« On ne peut pas dire que les gens sont revenus au cinéma, confirme Marc Dingreville, patron de l'Espace Ermitage à Domont et du Studio Ciné, à Taverny. Au départ, 2020 n'était pas considérée comme une bonne année. Avec le Covid, cela nous tue. » À Domont, par exemple, la baisse de la fréquentation oscille en fonction des semaines entre moins 60 et 70 %. Des chiffres conformes à l'échelle nationale (-62,7 %).

« On est obligés de se serrer la ceinture, souffle celui qui est également administrateur du syndicat français des théâtres cinématographiques. On a tous laissé une partie de notre personnel au chômage technique. C'est une période difficile. » Les exploitants multiplient pourtant les précautions. « Tout est très sécurisé, prévient Marc Dingreville. Les gens sont masqués, y compris pendant le film, il y a un siège d'écart entre les spectateurs… D'ailleurs, il n'y a pas eu de cluster dans les cinémas. »

Se démarquer pour survivre

La tendance est identique au cinéma Utopia, à Saint-Ouen-l'Aumône et Pontoise, qui enregistre de son côté une baisse d'activité d'environ 50 %. « Il y a eu un petit sursaut à la réouverture en juillet, mais après ça a été la catastrophe cet été, indique la directrice Caroline Lonqueu-Lahbabi. C'est toujours faible pour nous à cette période, car les gens sortent quand il fait beau plutôt que d'aller s'enfermer dans une salle de cinéma. Mais là, la fréquentation a été encore plus faible que d'habitude. »

L’Espace Ermitage, à Domont, a connu une baisse significative de sa fréquentation. LP/A.B.
L’Espace Ermitage, à Domont, a connu une baisse significative de sa fréquentation. LP/A.B.  

Malgré la fermeture annuelle pendant une dizaine de jours en août, l'équipe d'Utopia a mis le paquet pour la rentrée en diffusant sa gazette habituelle et en reprogrammant des soirées autour des films projetés comme elle sait le faire. « On s'en sort un peu mieux que les salles commerciales grâce à la fidélité de notre clientèle et à notre identité forte, poursuit la gérante des lieux. Mais le public n'est pas revenu en masse. Il y a des habitués qu'on voit plusieurs fois par semaine et d'autres qu'on ne voit plus. »

Malgré cette situation préoccupante, Caroline Lonqueu-Lahbibi et son équipe gardent le moral. D'autant qu'avec la grisaille et la pluie, les spectateurs reviennent petit à petit. Plus que la peur d'un reconfinement, ce sont surtout les séances scolaires qui inquiètent la directrice. « Ça représente entre 11 et 13 % de nos entrées. Pour l'instant ça reprend un peu car il n'y a pas d'interdiction mais si ça change, ce sera un coup supplémentaire… »

À L'Isle-Adam, le cinéma centenaire à la peine

Les regards sont également tournés vers le cinéma le Conti, à L'Isle-Adam. « La situation est de plus en plus compliquée », confie Franck Gramont, le directeur. Comme les autres, l'entreprise familiale a bien du mal à se relancer en cette rentrée. Elle a limité ses projections à 80 par semaine au lieu de 105 habituellement (hors vacances scolaires). Malheureusement, au vu des conditions économiques, l'établissement n'a pu éviter un licenciement économique.

La crise économique a frappé de plein fouet ce cinéma centenaire alors qu'il commençait tout juste à remonter la pente après avoir souffert de l'ouverture du multiplexe de Chambly (Oise) situé à seulement quelques kilomètres de là. En 2019, les chiffres commençaient enfin à repartir à la hausse. Mais la crise sanitaire a coupé le cinéma dans son nouvel élan.

Pas question pour autant de baisser les bras. « Il faut se relancer, innover, nous sommes en pleine réflexion », confie Franck Gramont. Un léger frémissement a été observé dans les salles ces deux dernières semaines. La météo maussade s'installant, l'envie de s'offrir un break face à un grand écran a été plus forte.

« Les gens reviennent un peu, il s'agit surtout d'un public senior car actuellement ce sont plutôt des films français à l'affiche. » Le Conti espère que les spectateurs profiteront des vacances de la Toussaint pour continuer leur retour. En attendant, l'établissement table sur l'événementiel et l'organisation de soirées pour doper sa fréquentation. Le 19 octobre prochain il recevra le réalisateur et comédien principal de la comédie « 30 jours max », Tarek Boudali. À long terme, Franck Gramont envisage aussi de mettre en place une régie publicitaire, afin de proposer une « offre complète de communication » aux entreprises locales.