Le Cours Florent s’ouvre aux quartiers populaires et va intégrer deux collégiens de Sarcelles

Sarcelles a signé un partenariat avec la prestigieuse école parisienne de formation d’acteurs. Deux adolescents de la ville vont pouvoir intégrer gratuitement l’institution, qui souhaite développer la diversité et la mixité sociale chez ses élèves.

 Sarcelles, ce vendredi. Rayan Nivault, ici devant la salle André-Malraux, a intégré le Cours Florent l’année dernière.
Sarcelles, ce vendredi. Rayan Nivault, ici devant la salle André-Malraux, a intégré le Cours Florent l’année dernière. LP/V.T.

Le Cours Florent a vu passer les plus grands noms du théâtre et du cinéma français. Audrey Tautou, Isabelle Adjani, Diane Kruger, Daniel Auteuil, Jean-Pierre Darroussin, Marina Fois, Elsa Zylberstein, Vincent Lindon, Pierre Niney etc. L'institution est représentée dans tous les festivals internationaux. Demain, les prochaines stars sorties de cette usine à talent pourraient venir tout droit de… Sarcelles.

L'école prestigieuse a, en effet, signé un partenariat avec la commune du Val-d'Oise de 60 000 habitants, dans le cadre du programme de réussite éducative (PRE). Celui-ci va permettre à deux jeunes collégiens de suivre un cursus théâtral dans les locaux du 19e arrondissement de Paris. Les frais de scolarité, environ 5000 euros l'année, seront pris en charge.

« Nous voulions leur offrir la chance de réaliser leurs rêves »

« C'est une opportunité exceptionnelle pour eux, se réjouit Fatima Alali, coordonnatrice du PRE. À Sarcelles, les jeunes regorgent de talent, le potentiel est énorme. Nous voulions leur offrir la chance de réaliser leurs rêves. »

Sept ados ont déjà déposé leur candidature. Des auditions auront lieu le 31 octobre devant un jury professionnel.

Les comédiens en herbe pourront rejoindre Rayan Nivault. Habitant du Village, le jeune a intégré le Cours Florent l'année dernière. Il a été repéré pendant une visite de l'école, organisé par le PRE. Cet amoureux de l'improvisation a ouvert la voie. « Si mon passage permet à d'autres, comme moi, de vivre une expérience extraordinaire, tant mieux! », sourit l'ado de 16 ans.

Avant d'entrer « dans ce nouveau monde », dit-il, Rayan n'avait que quelques ateliers de théâtre et une représentation au collège à son compteur. « J'avais l'image d'une école bourgeoise, très parisienne. C'était assez angoissant, confie-t-il. Finalement, ils ont une grande ouverture d'esprit. Je suis un élève parmi les élèves. Pas juste le mec qui vient de banlieue. »

«N'ayez pas de complexe, osez venir taper à notre porte !»

C'est justement pour casser cette « image qui colle à la peau », d'une école réservée à une caste, sans mixité sociale, que le Cours Florent ouvre ses portes. Comme d'autres institutions culturelles parisiennes avant lui. « C'est dans la continuité de la classe libre créée il y a quarante ans, qui permet à n'importe qui, après auditions, d'intégrer l'école », explique le directeur, Frédéric Montfort.

À la tête de la plus grande école d'Europe de formation d'acteur depuis dix ans, il insiste sur sa « mission » d'apporter de la diversité au sein de l'institution. Des actions, comme des stages gratuits organisés en banlieue, pourraient bientôt voir le jour. « Peu importe que vous ayez BAC + 12 ou BAC - 12, vos origines, votre classe sociale, votre parcours… Je veux que tout le monde puisse exprimer son art, appuie-t-il. Je dis à tous les jeunes : n'ayez pas de complexe, osez venir taper à notre porte ! »

David Koskas, 15 ans. DR
David Koskas, 15 ans. DR  

«Je suis assez timide dans la vie, mais je me sens bien sur scène»

David Koskas, 15 ans, n'aurait jamais pensé ne serait-ce que d'approcher les murs de l'école. « Dans ma tête, ce n'était pas pour moi, seulement pour les gens aisés », admet l'élève de Saint-Rozaire, école privée de Sarcelles. Le 31 octobre, il jouera pourtant un texte devant le jury dans l'espoir de décrocher une place au Cours Florent. « Ce serait énorme ! », s'enthousiasme l'adolescent.

Le théâtre, il l'a découvert grâce à des ateliers, dans des locaux associatifs de l'avenue du 8-Mai-1945, à Sarcelles. Ce sportif, amateur de tennis, s'est découvert une vocation. « J'adore rentrer dans un personnage, débloquer des émotions. Je suis assez timide dans la vie, mais je me sens bien sur scène, confie-t-il. Pour l'instant, c'est une passion, un loisir. Mais j'adorerais en faire mon métier. »

Le rêve, d'arpenter les planches des théâtres parisiens ou de passer devant la caméra de réalisateurs, reste encore loin. « Mais cela devient possible, se félicite sa mère, Sophie, 53 ans. Le dispositif est génial. Financièrement, nous n'aurions pas eu les moyens de lui payer une telle école… Si ça lui permet de s'épanouir, tant mieux. À condition qu'il continue les cours ! »

La vigilance maintenue sur les résultats scolaires

Seuls les bons élèves accompagnés dans le cadre du PRE sont poussés par la commune à candidater. Et, même s'ils sont retenus pour recevoir les cours de professionnels, une vigilance sera maintenue sur les résultats scolaires. « Un équilibre doit être trouvé, souligne Fatima Alali. Il y a un suivi individuel, pour les amener vers l'excellence, qui ne s'arrête pas seulement aux cours de théâtre. »

Dans le milieu de la comédie, les élus sont rares. « Nous faisons notre métier du mieux possible, en montrant à chacun qu'il peut avoir sa place et s'exprimer, argue Frédéric Montfort. Nous plantons une graine. Ensuite, c'est à eux de jouer. »