La future marina de Cormeilles-en-Parisis, «un projet surdimensionné»?

Une association de la ville voisine de La Frette-sur-Seine et l’opposition de Cormeilles-en-Parisis s’inquiètent de l’ampleur de ce programme en bord de Seine et de ses conséquences.

 Voici une des premières vues architectes de la future marina de Cormeilles-en-Parisis.
Voici une des premières vues architectes de la future marina de Cormeilles-en-Parisis. LP/A.B.

La marina n'est pas encore sortie de terre à Cormeilles-en-Parisis mais le sujet provoque des remous dans la commune voisine de La Frette-sur-Seine. L'association Cadre de vie frettois vient ainsi de diffuser un tract pour dénoncer « un projet tentaculaire à proximité de notre village ».

Sur le site de l'ancienne cimenterie Lafarge, les constructions d'un port de plaisance comptant 1 200 logements, des commerces, une école et une crèche ainsi qu'une nouvelle une route sont notamment prévus dans les dix prochaines années.

Le dimensionnement du projet Seine Parisii inquiète l'association frettoise. « À l'horizon 2030, ce seront 3 000 nouveaux habitants sur la Seine, soit plus de la moitié de population de La Frette (NDLR : 4 800 habitants) », souligne Marie-Hélène Goix, sa présidente qui assure « ne pas être opposée à l'amélioration de la zone ».

3 000 habitants de plus et des questions quant au trafic

Un apport de population qui aura inévitablement un impact sur le trafic routier. « L'A 15 et la D 392 et toutes les rues qui remontent des berges de Seine sont déjà saturées, ça va être l'enfer », prédit Marie-Hélène Goix.

Cette dernière pointe également les incertitudes liées au tracé de la future ligne de bus qui reliera les gares d'Herblay-sur-Seine (ligne J du Transilien) et de Sartrouville (ligne A du RER). « Le tracé n'est pas clairement établi. Aucune des routes remontant des berges ne me semble appropriée pour le passage d'un bus. Il ne faudrait pas qu'on se rende compte après que la solution n'est pas réalisable. »

L'ancien maire de La Frette était partagé

Autant d'arguments que partage le conseiller municipal d'opposition (SE) de Cormeilles Carlos Soares. Ce dernier avait fait du sujet de la marina l'un de ses principaux thèmes de campagne municipale au printemps dernier. « Ce projet est surdimensionné, estime celui qui avait quitté la majorité municipale au cours du dernier mandat. On construit en zone inondable. Et ça ne correspond pas aux enjeux sociétaux et de transition écologique de notre époque. Il n'y aura ni panneaux solaires ni récupérateurs de pluie sur les bâtiments. »

La-Frette-sur-Seine.LP/M.B.
La-Frette-sur-Seine.LP/M.B.  

Si l'ex-maire (SE) de La Frette avait exprimé de nombreuses réserves sur ce projet, son successeur (SE) Philippe Audebert et ancien premier adjoint se veut plus mesuré : « On ne peut que se féliciter qu'un projet voit le jour sur cette friche industrielle horrible. Mais le nombre de logements et de véhicules qu'il va engendrer nous inquiète. »

C'est pourquoi Philippe Audebert, en collaboration avec son homologue (LR) de Cormeilles-en-Parisis Yannick Boëdec, va lancer « une refonte du plan de circulation ». « Ce n'est pas seulement dicté par l'arrivée de ce nouveau quartier. On a déjà une circulation de transit importante sur les quais. On va travailler pour que les deux plans de circulation soient coordonnés. »

Construire des logements, une nécessité

De son côté, Yannick Boëdec dit « comprendre que l'arrivée de 1 200 logements impressionne » mais n'entend pas les autres inquiétudes soulevées par ces opposants. « Le Schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF) impose aux communes une densification de 15 % d'ici à 2030, rappelle l'élu. Nous le faisons sans toucher ni à des espaces naturels ni à des terrains agricoles. Je veux bien qu'on m'explique comment faire autrement ? Ou alors quel quartier pavillonnaire on doit raser pour les construire ? »

Concernant le trafic automobile, le maire de Cormeilles en convient, « il y aura plus de voitures ». Mais écarte les pires scénarios : « Tout le monde ne sortira pas entre 8 heures et 8h05. Et une ligne de bus verra le jour entre Herblay et Sartrouville, par les quais. Il y a un blocage technique et non politique, comme j'ai pu l'entendre, sur la rue du Val à Herblay-sur-Seine. Une autre solution est à l'étude avec IDF Mobilités (ex-Stif). »

Une route trop pentue pour les vélos

Si la livraison des premiers logements, qui a pris « un an de retard », est désormais attendue pour le printemps 2024, des premiers travaux d'aménagement sur la route de Seine font également tiquer les opposants. Depuis cet été, des travaux destinés à aménager un carrefour à feux surélevé au niveau de l'ancienne cimenterie et à augmenter les capacités du réseau d'assainissement sont menés par l'agglomération Val Parisis.

« Dans son rapport, le commissaire-enquêteur avait bien insisté sur le fait que les travaux de la route du plateau, censée désenclaver le quartier, devaient être effectués en premier », rappelle les opposants. « Les travaux liés au port n'ont pas démarré, rétorque Yannick Boëdec. Bouygues a seulement terminé les travaux de destruction. Ce sont justement des travaux préparatoires à la construction de cette future route qui ont lieu. Les travaux de la route sont prévus pour le printemps prochain. »

Enfin, dernier sujet de discorde, l'inclinaison de la pente de cette future route. « Elle fera 15 % et ne sera adaptée ni aux piétons, ni aux cyclistes ni aux bus », estiment les opposants. « Les bus de la ligne 30-12 ont toujours réussi à monter sans problème la rue de Mauberger qui fait 13 % de moyenne avec une pointe à 17 % », s'étonne le maire de Cormeilles-en-Parisis.