«J’ai pu entendre les Pink Floyd préparer leur album au château d’Hérouville»

Les rock stars y ont défilé. A l’époque où elle abritait le studio d’enregistrement de Michel Magne, la bâtisse était régulièrement ouverte aux habitants du village val-d’oisien. Certains s’en souviennent encore.

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 Les Pink Floyd ont enregistré plusieurs albums dans les années 1970, dont «Obscured by Clouds», au château d’Hérouville.
Les Pink Floyd ont enregistré plusieurs albums dans les années 1970, dont «Obscured by Clouds», au château d’Hérouville.  DR

Michel Magne et son studio d'enregistrement rock'n'roll installé dans le château ont marqué l'histoire du village d'Hérouville, dans le Val-d'Oise, dans les années 1970. Ce compositeur hors pair, il est l'auteur notamment de la bande originale des « Tontons flingueurs », s'y est installé en 1962 et y a signé de nombreuses musiques de films, accueillant aussi des stars venues profiter de son matériel.

Inanimée durant plusieurs décennies, la bâtisse revit et est redevenue un studio. Trois passionnés de musique en ont fait l'acquisition en 2015. « Ils travaillent d'arrache-pied pour remettre les choses en état. On espère qu'ils vont réussir à dynamiser le lieu et à tirer leur épingle du jeu », indique le maire (SE) Eric Baert.

Hérouville, dimanche 14 février 2021. Les jeunes du village étaient invités par Michel Magne à venir jouer au ping-pong ou au baby-foot au château./LP/Thibault Chaffotte
Hérouville, dimanche 14 février 2021. Les jeunes du village étaient invités par Michel Magne à venir jouer au ping-pong ou au baby-foot au château./LP/Thibault Chaffotte  

Aujourd'hui, même si ceux qui ont connu les folles années où David Bowie, Elton John, Marvin Gaye ou les Pink Floyd se succédaient au château se font rares, on croise encore des habitants qui se souviennent de cette période inouïe. Avec ses incroyables fêtes organisées au château, ou les vedettes qui se promenaient sur la place du village.

« Les gars de mon âge allaient aux fêtes au château, mais ils ne sont plus ici », indique Marie-France, âgée aujourd'hui de 74 ans. Il lui reste pourtant quelques souvenirs de cette époque, comme la fois où Johnny est venu se joindre à la fête foraine qui s'était installée devant la mairie. « Il a fait des tours d'autos tamponneuses. C'était fort sympathique. C'était pas comme aujourd'hui. On ne courait pas tous derrière lui. C'était naturel qu'il se joigne à nous. »

Johnny Hallyday, Led Zeppelin, Higelin…

Eddy Mitchell et Johnny Hallyday au studio d’enregistrement d’Hérouville, alors à la pointe de la technologie./DR
Eddy Mitchell et Johnny Hallyday au studio d’enregistrement d’Hérouville, alors à la pointe de la technologie./DR  

Christian, 67 ans, agriculteur à la retraite, se souvient très bien, lui aussi, de cet épisode. « Nous, on était verts ! Parce que le lundi, il y avait des tours gratuits pour les jeunes à la fête foraine. Lui, il s'est goinfré tous les tours gratuits », relate-t-il amusé. Il se souvient aussi que la veille, il y avait eu un bal et Johnny était là aussi. « D'un coup, il est venu avec toute sa troupe, poursuit-il. Ils se sont pris des bières à tire-larigot et sont partis sans payer. C'est Michel Magne qui a réglé. »

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A cette époque, les portes du château lui étaient ouvertes comme à beaucoup de gens du village. « Il faisait le tour avec sa bagnole et il disait à tous les jeunes de venir au château », indique Christian. Répondant à l'invitation, lui-même allait régulièrement y jouer au ping-pong ou au baby-foot. Il se souvient avoir croisé les membres du groupe Led Zeppelin. « Ils jouaient la nuit, alors dans la journée, ils n'étaient pas tellement clairs », précise-t-il. Qui d'autre ? Christian avoue ne pas trop se souvenir. « Ah si, il y avait Henri Salvador qui prenait son café au coin de la rue avec mon père tous les matins », ajoute-t-il… Quand même !

«On jouait au poker avec Michel Magne. Celui qui perdait préparait la cuisine»

Le compositeur Michel Magne (à l’arrière-plan) dans son studio d’enregistrement, avec son célèbre ingénieur du son, Dominique Blanc-Francard./DR
Le compositeur Michel Magne (à l’arrière-plan) dans son studio d’enregistrement, avec son célèbre ingénieur du son, Dominique Blanc-Francard./DR  

Benoît, 16 ans alors, raconte, lui, ces instants bénis où, depuis le parc du château, il pouvait entendre les musiciens répéter. « L'été, ils ouvraient les grandes baies vitrées. J'ai ainsi pu entendre les Pink Floyd préparer leur futur album. » Autre moment inoubliable dans l'adolescence de ce musicien, sa rencontre avec Jacques Higelin, qui vivait alors à la Bergerie. « Il cherchait des musiciens. A l'époque, on faisait dans le rock progressif. Un après-midi, on a mangé un camembert avec lui et nous lui avons dit que nous n'étions pas partants », se remémore-t-il, évoquant également son amitié avec Michel Magne, le maître des lieux. « C'était au moment de ses déboires, il vivait alors à la bergerie. On avait 21 ans, on était étudiant, on jouait au poker avec lui. Celui qui perdait, préparait la cuisine. C'était quelqu'un de gentil, de fantasque et pas du tout comptable. »