L’ex-imam de Villiers-le-Bel bientôt jugé pour apologie du terrorisme : «Il a dérapé dans son coin»

Luqman Heider, l’ex-imam de la mosquée Quba, à Villiers-le-Bel, devait être jugé ce jeudi pour «apologie du terrorisme» après des vidéos publiées sur le réseau social TikTok. Finalement, son procès a été renvoyé au 26 novembre. Les faits, rares, secouent le microcosme local, à tous les étages.

 Villiers-le-Bel, ce samedi. L’imam de la Mosquée Quba est poursuivi pour « apologie du terrorisme ».
Villiers-le-Bel, ce samedi. L’imam de la Mosquée Quba est poursuivi pour « apologie du terrorisme ». LP/V.T.

Après les attentats de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) et de Nice (Alpes-Maritimes), le durcissement de ton de l'exécutif sur le séparatisme, l'affaire revêt d'une autre ampleur. Luqman Heider, ex-imam de la Mosquée Quba, à Villiers-le-Bel, devait être jugé ce jeudi en comparution immédiate au tribunal de grande instance de Pontoise pour « apologie du terrorisme ». A la demande de son avocat malade, il a été renvoyé. En attendant son procès le 26 novembre, l'ex-imam a été placé en détention « pour garantir sa représentation à l'audience et éviter la réitération des faits ».

Ce Pakistanais en situation irrégulière, imam de la mosquée depuis 2016, se voit reprocher trois vidéos publiées sur le réseau social TikTok courant septembre. Dans la première, le 9 septembre, il évoque les caricatures que « Charlie Hebdo » va de nouveau publier et précise que « les fidèles musulmans sont prêts à se sacrifier pour le prophète ». Le lendemain, il parle « d'attaquer les non-musulmans, les mécréants ».

«Tout le monde est au courant dans la ville»

Enfin, le 25 septembre dernier, il rend hommage à celui qui a perpétré l'attaque terroriste devant les anciens locaux de Charlie Hebdo et se félicite des répercussions de son acte. « Depuis, ce brave est connu au Pakistan et dans tous les réseaux sociaux. Il est connu partout en Europe. Ce statut, c'est grâce au prophète. » Des propos gravissimes, que l'intéressé, âgé de 33 ans et placé en détention provisoire, a reconnus.

À Villiers-le-Bel, l'affaire suscite l'émoi. Dès l'arrestation de l'imam à la mosquée, située à la lisière du quartier de Derrière-les-Murs de Monseigneur (DLM) et ouverte depuis 2005, l'information s'est répandue dans la commune comme une traînée de poudre. « Tout le monde est au courant dans la ville ! Même en étant en vacances, au fin fond du Doubs, on m'a appelé pour me prévenir, s'étonne cette habitante de DLM. Cela a beaucoup surpris et choqué. »

Un homme qui aurait «dérapé dans son coin»

Les faits, rares, secouent le microcosme local, à tous les étages. Politiques, religieux, associatifs et habitants. « Il est inimaginable qu'un imam de notre ville puisse tenir de tels propos. Il a complètement déraillé et n'est pas du tout représentatif des musulmans de Villiers-le-Bel, appuie cette associative. Nous n'avons pas besoin de cela, franchement… »

« Il ne faut pas qu'un amalgame soit fait avec l'ensemble des musulmans de la ville et du territoire, s'inquiète un responsable religieux du secteur. Les responsables de la mosquée n'ont rien à voir avec tout cela, ce sont des gens sérieux, connus, qui ont pignon sur rue. Il a dérapé dans son coin. » Le président Ali Asif - que nous n'avons pu joindre - tient par exemple une entreprise dans la peinture.

Villiers-le-Bel, ce samedi. L'imam de la Mosquée Quba est poursuivi pour apologie du terrorisme. LP/V.T.
Villiers-le-Bel, ce samedi. L'imam de la Mosquée Quba est poursuivi pour apologie du terrorisme. LP/V.T.  

Carlos Martens Bilongo, soutient de l'opposant (SE) Sori Dembele, s'inquiète des cours que l'imam a délivrés, pendant plusieurs années, à des enfants de la commune. « Il faudrait mettre en place une cellule psychologique, retrouver ces enfants et savoir précisément ce qu'il leur a dit », appuie-t-il. Avec la crainte de retrouver ces enfants en rupture avec la société, dans quelques années.

Un lien étroit avec la municipalité

Le maire (DVG) Jean-Louis Marsac, se voit lui reprocher par ses opposants une forme de complaisance avec la communauté pakistanaise, très présente sur la commune. Et surtout son « silence » après la médiatisation de l'affaire. « Il publie un communiqué sur la guerre au Haut-Karabakh, mais ne réagit pas à ce qu'il passe dans la commune. Franchement… », tance un soutien de Sori Dembele (SE).

Le groupe « unité citoyenne beauvillesoise », emmené par Michel Dufros (DVD), s'émeut lui d'un « silence assourdissant » de la majorité municipale. « Dans une société moderne et démocratique, condamner et réprouver une action criminelle est le devoir de tout élu ! Que devons-nous comprendre face à ce silence qui tue la République dans nos quartiers et notre ville », interrogent-ils dans un communiqué.

Jean-Louis Marsac a assisté à des fêtes, pour la fin du ramadan ou l'Aïd, au sein de la mosquée. Le maire s'appuie, aussi, sur Jamil Raja, adjoint au sport, comme relais dans la communauté pakistanaise. « Nous entretenons de bons rapports avec eux, explique l'élu. J'ai d'ailleurs reçu les responsables de la Mosquée, à la leur demande, après cette affaire. Ils étaient surpris et choqués, comme nous tous. »

Une communauté pakistanaise très discrète

Quant à l'imam, le maire affirme ne pas le connaître personnellement. Tout juste l'a-t-il croisé quand il s'est rendu dans le lieu de culte. « Je ne sais pas qui il est, ni pourquoi il a été choisi », insiste Jean-Louis Marsac. C'est d'ailleurs ce qui inquiète dans la ville. Comment Luqman Heider est-il arrivé à Villiers-le-Bel, a-t-il pu rester aussi longtemps, en situation irrégulière, et sans évoquer le moindre soupçon ? Le mystère demeure.

Il a, au bas mot, reçu du soutien de membres de la communauté, puisqu'il était employé - au noir - dans un restaurant pakistanais du quartier des Carreaux. « Vous savez, ça peut être le cousin, le frère, ou une connaissance d'une connaissance d'un membre de la communauté, c'est très spécial… », souffle Véronique, habitante de DLM.

L'affaire vient jeter une lumière crue sur le fonctionnement, opaque, de la communauté pakistanaise. « La transparence, ce n'est pas ce qui la définit le mieux, glisse un observateur avisé. Quand vous discutez avec eux, ils disent juste qu'ils sont là pour travailler. Ils cultivent la discrétion, le secret presque. Leur mot d'ordre c'est : pas de vague. »

«A mon avis, ils vont faire profil bas pendant un moment»

Si discrète que certains habitants ont même découvert, à l'occasion de l'affaire, l'existence même de la mosquée Quba. « Je n'en avais jamais entendu parler… Il faut dire que quand vous passez devant, cela ressemble davantage à un pavillon, relève Samia, locataire aux Carreaux, à l'autre bout de la ville. Il faut le savoir sinon… »

Il n'y a que le ballet de voitures le vendredi - jour de prière - ou la saturation du parking du Leader-Price, en face de l'entrée, pendant les fêtes musulmanes pour s'en apercevoir. « Sinon, on n'en entend pas parler. La mosquée, ils ont fait les travaux petit à petit, sans rien demander à personne, note cette associative. A mon avis, ils vont faire profil bas pendant un moment maintenant. »

Un projet de construction d'un nouveau lieu de culte a été repoussé. Les responsables de la mosquée Quba devaient, prochainement, déposer un permis de construire en mairie. « Ce n'est plus d'actualité, indique Jean-Louis Marsac. Il faut espérer, déjà, qu'il n'y ait pas de fermeture administrative après le procès, vu le contexte. » Comme a pu le connaître la mosquée de Pantin, après l'attentat contre Samuel Paty.