«Ils ont été aux petits soins» : quand l’hôpital se déplace chez les patients en soins palliatifs

Une expérimentation est en cours à l’hôpital Victor-Dupouy d’Argenteuil (Val-d’Oise). Une équipe mobile de soignants spécialistes va chez les personnes qu’on ne peut plus guérir.

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 Bezons. Charlotte Gautier (au centre) et Vanessa Tavares font partie de l’équipe mobile de soins palliatifs de l’hôpital d’Argenteuil. Elles sont ici au domicile d’Arlette et Michel.
Bezons. Charlotte Gautier (au centre) et Vanessa Tavares font partie de l’équipe mobile de soins palliatifs de l’hôpital d’Argenteuil. Elles sont ici au domicile d’Arlette et Michel. LP/Thibault Chaffotte

La visite à domicile commence par de l'écoute. Le Dr Charlotte Gautier et Vanessa Tavares, infirmière, s'assoient et commencent à discuter avec Arlette, à Bezons. Cette femme de 73 ans s'occupe tous les jours de Michel, son mari étendu sur un lit d'hôpital dans sa chambre.

Après avoir connu deux cancers, il est en soins palliatifs, mais à domicile. « Il préfère rester à la maison », souligne Arlette. Il est suivi par son médecin traitant et un service d'infirmières à domicile vient notamment pour les soins et la toilette. Et pour s'occuper de lui dans la journée, Michel peut compter sur Arlette. « Moi, je suis dure. Ne vous en faites pas pour moi », répond-elle quand les deux soignantes demandent si elle va bien.

Mise en place en septembre

Charlotte Gautier et Vanessa Tavares font partie de l'une des deux équipes de l'unité mobile de soins palliatifs - composée de six soignants et deux coordinateurs- de l'hôpital d'Argenteuil. Il s'agit d'une expérimentation mise en place par l'agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France depuis septembre.

Ces spécialistes de soins palliatifs ont pour mission d'intervenir au domicile de patients, en appui de la médecine de ville et en lien avec le réseau Joséphine, qui coordonne l'ensemble des soins. « L'objectif n'est pas de faire à la place de la médecine de ville », souligne Dr Anne de la Tour, chef du service soins palliatifs de l'hôpital, qui compte dix lits. « Il faut rester en lien avec les acteurs de terrain et être dans un partenariat », ajoute Muriel Coutelier, infirmière coordinatrice.

Bezons. Les soignantes passent beaucoup de temps au domicile des patients et prennent en compte l’état des aidants. LP/Thibault Chaffotte.
Bezons. Les soignantes passent beaucoup de temps au domicile des patients et prennent en compte l’état des aidants. LP/Thibault Chaffotte.  

Une plus grande proximité avec le patient et ses proches

Cette expérimentation est née du constat que des patients en soins palliatifs à domicile se retrouvaient souvent orientés vers les urgences quand leur état se dégradait. Ils étaient alors hospitalisés en soins palliatifs avec une nouvelle équipe de soignants souvent inconnus.

« Parfois les familles sont perdues parce qu'elles ont cinq ou six interlocuteurs », souligne Charlotte Gautier. L'équipe mobile va permettre d'anticiper les problèmes que pourrait connaître le patient. Elle va aussi pouvoir plus facilement s'en occuper s'il doit faire un séjour à l'hôpital car elle le connaît déjà. Le patient et les proches retrouvent alors des soignants qu'ils fréquentent déjà.

«C'était vraiment impeccable»

Michel a dû passer dix jours à l'hôpital il y a quelques semaines. « C'était pour que je me repose un peu et qu'on lui pose la sonde urinaire, indique Arlette. C'était vraiment impeccable. Ils ont été aux petits soins. » Arlette n'est pas du genre à se plaindre, mais ça use de se lever trois à quatre fois par nuit pour aspirer les sécrétions qui obstruent la trachéotomie de Michel. « Mais je prends soin de moi quand même. L'après-midi, je lis mon journal », ajoute-t-elle quand les deux soignants se préoccupent de son état.

Charlotte Gautier et Vanessa Tavares l'interrogent longuement sur les douleurs de son mari. Elles avaient proposé de mettre en place une pompe à morphine, mais Michel n'en a pas voulu. Elles proposent un patch anesthésiant local pour qu'il supporte mieux la trachéotomie. Un fauteuil médical lui permettrait aussi de s'asseoir dans la journée, mais il faudrait quelqu'un pour aider Michel à se relever.

À Franconville, les deux soignantes sont accueillies par Odile, 59 ans, et Natacha, 37 ans, respectivement épouse et fille d'Alain, 70 ans. « On revient pour faire un point sur les traitements », annonce Charlotte Gautier. « Depuis quelques jours, le moral, c'est compliqué. Il ne mange pas. Il a du mal à boire. Il n'a plus envie, la douleur l'épuise », indique Odile. Alain vient s'asseoir dans un fauteuil. Il actionne un boîtier placé dans sa poche de robe de chambre. Un bruit de moteur électrique indique que la morphine est en train de se diffuser. « La douleur, elle est tout le temps là ? », demande Charlotte Gautier. Alain acquiesce. « De zéro à dix, vous diriez combien ? », reprend-elle. « Je dirais 7 », répond-il.

Une réactivité plus forte

Pendant plus d'une heure et demie, les deux soignantes passent en revue tout le quotidien d'Alain. Remis d'un cancer du pancréas, il a eu une rechute deux ans plus tard au foie et aux pancréas. Après deux ans de chimiothérapie, il est passé en soins palliatifs, en octobre. Odile est ravie de pouvoir compter sur l'équipe mobile de l'hôpital. « C'est super d'avoir des médecins qui peuvent venir à domicile. À chaque fois qu'on appelle, ils sont au courant de son dossier. Quand il a fallu changer les doses de morphine, ils ont été très réactifs », souligne-t-elle.

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Il y a quelques jours, Alain a eu des problèmes au foie. « À cause de tumeurs hépatiques, il ne fonctionne plus très bien, explique Natacha. Quand on a appelé le 15, ils nous ont dit d'aller aux urgences. » La famille a contacté le service soins palliatifs de l'hôpital qui a su réagir. « Ils ont fait une ordonnance pour faire une prise de sang et ils ont adapté le traitement après avoir reçu les résultats. Surtout, ils ont pu nous rassurer et nous dire qu'il n'y avait pas d'urgence », ajoute-t-elle. « Sentez-vous libres de nous rappeler quand vous voulez », glisse Charlotte Gautier en partant. Depuis, sa création, l'unité mobile de soins palliatifs a suivi 80 patients.