Ile-de-France : exclus des marchés, les commerçants non-alimentaires se sentent oubliés

Déjà très touchés par le premier confinement, ils veulent pouvoir déballer leurs étals. Dans le Val-d’Oise, des représentants des marchés d’Argenteuil et de Cergy ont été reçus en préfecture.

 Argenteuil. On retrouve notamment ces commerçants le vendredi et le dimanche matin sur le marché Héloïse.
Argenteuil. On retrouve notamment ces commerçants le vendredi et le dimanche matin sur le marché Héloïse. Le Parisien

Ils sont les oubliés des débats sur les commerces en ce début de deuxième confinement. Si les marchés restent ouverts dans le Val-d'Oise, à l'image de celui de Cergy-Saint-Christophe qui se tient ce mercredi, les commerçants qui y vendent des produits non alimentaires ne peuvent pas, eux, déballer leurs étals. Certains ont donc commencé à se mobiliser pour pouvoir reprendre le travail.

Si une manifestation prévue lundi devant la préfecture du Val-d'Oise a été annulée à la demande des services de l'Etat, des représentants ont néanmoins été reçus. Mais aucune décision ne peut être prise au niveau municipal ni départemental, le décret du 29 octobre dernier sur les règles du confinement précisant que « seuls les commerces alimentaires ou proposant la vente de graines, semences et plants d'espèces fruitières ou légumières sont autorisés dans les marchés ouverts ou couverts ».

«Personne ne parle de nous»

« On ne peut plus exercer notre activité, regrette Abdel, qui vend des vêtements sur les marchés de Cergy et d'Argenteuil. Maintenant, c'est la vente en ligne qui va récupérer tout ça. On a l'impression d'être tenus responsables de la propagation du virus. On parle des libraires, des fleuristes, mais personne ne parle de nous. On met un coup de gomme sur notre travail. »

Un nouveau coup dur pour une profession déjà lourdement touchée par le premier confinement, au printemps dernier. « Entre le confinement et aujourd'hui, nous avons eu du mal à récupérer la clientèle, soupire Haider, également présent habituellement à Cergy et Argenteuil. Nous avons perdu 25 à 30 % de notre chiffre d'affaires. » « Les clients ont pris de mauvaises habitudes, reprend Abdel. Chez certains, il y a la peur de venir sur le marché. Et puis, de nouveaux services se sont développés avec la livraison. »

Un flou total pour ces commerçants en Ile-de-France

Les conséquences pourraient être dramatiques. « Cela nous a coûté très cher au niveau matériel, financier et humain [plusieurs dizaines de milliers d'euros], lâchent les deux confrères. C'est un écosystème très fragile. Des collègues ont arrêté leur activité. Aujourd'hui, certains parlent même de suicide… »

Commerçants sur les marchés d’Argenteuil et de Cergy, Abdel (à gauche) et Haider ont été reçus en préfecture pour évoquer l’interruption de leur activité. LP/C.L.
Commerçants sur les marchés d’Argenteuil et de Cergy, Abdel (à gauche) et Haider ont été reçus en préfecture pour évoquer l’interruption de leur activité. LP/C.L.  

Les marchands ont pourtant fait figure de bons élèves depuis leur reprise d'activité à la fin du mois de mai, trois semaines après la réouverture des marchés, et une mobilisation finalement payante. « Nous avons mis en place des règles sanitaires plus tôt que tout le monde, précise Abdel. Il y a notamment du gel à tous les stands. En plus, nous sommes en plein air. »

« Nous avions instauré des mesures de sécurité, et tout s'est très bien passé, confirme Kamel Khelassi, président des commerçants des marchés d'Argenteuil. Tout le monde a joué le jeu. » Le marchand spécialisé dans la puériculture et représentant environ 500 professionnels, évoque « un flou total » pour l'ensemble des commerçants de ce type en Ile-de-France. « Nous sommes perdus, souffle-t-il. Je reçois cent appels par jour, mais je ne sais pas quoi répondre. Nous sommes abattus. »

«Notre stock n'est plus à la page. On sera obligés de le brader»

L'incertitude plane sur les prochaines semaines. « Dans notre métier on n'appuie pas sur stop, puis sur play au moment de repartir, précisent Abdel et Haider. Le problème entre le début du confinement et la fin, c'est que notre stock n'est plus à la page. On sera obligés de le brader. » « Certains ont des salariés, des camions à payer ou des loyers à régler pour des dépôts, soupire Kamel Khelassi. Nous avons besoin de travailler. Nous n'avons pas d'autres ressources. »

Une inquiétude partagée par tout un secteur d'activité. « On se bat depuis le début de ce reconfinement, peste Monique Rubin, présidente de la fédération nationale des marchés de France. On ne voulait pas tirer vers le bas avec les rayons non alimentaires des supermarchés. L'égalité pouvait se faire par le haut. » La porte-parole craint « des drames ». « Beaucoup de gens achètent tous les produits sur les marchés, explique la professionnelle. Et notamment des personnes isolées. »

Selon Monique Rubin, la fin d'année s'annonce difficile. « Nous avons pu prétendre au fonds de solidarité pendant deux mois, du 15 mars au 15 mai, explique-t-elle. Là on reparle de nous l'attribuer à partir de la fin du mois de novembre, pour ceux qui sont éligibles. Les premières aides arriveront à partir du 10 au 15 décembre. Au mois de novembre, comment font les commerçants pour nourrir leurs enfants ? »

Contacté par « le Parisien », le ministère de l'Economie et des Finances n'a pas répondu à nos sollicitations.