Harcèlement sexuel : des soignantes de l’hôpital d’Eaubonne dénoncent une omerta

Plusieurs soignantes de l’hôpital Simone-Veil d’Eaubonne (Val-d’Oise) ont déposé plainte pour harcèlement sexuel contre un médecin chef de service. Certaines soupçonnent l’établissement de vouloir étouffer l’affaire.

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 Eaubonne. L’enquête pour harcèlement sexuel est toujours en cours. Une des plaintes a été classée sans suite.
Eaubonne. L’enquête pour harcèlement sexuel est toujours en cours. Une des plaintes a été classée sans suite. LP/Marie Persidat

La parole se libère peu à peu. Les cinq soignantes de l'hôpital d'Eaubonne, qui ont déposé plainte l'an dernier contre leur chef de service pour harcèlement sexuel, ont le sentiment, pour certaines, de ne pas avoir été entendues. Dix mois après les premiers signalements, elles s'interrogent sur les intentions de la direction de l'établissement. Une partie des plaignantes ont été écartées de ce service mais d'autres en font toujours partie. Quant au médecin visé par les plaintes, il est toujours en poste.

Les faits, révélés par Le Parisien, remontent au printemps dernier. Le 7 avril, une des soignantes dépose plainte au commissariat d'Ermont contre le médecin chef de son service. Dans sa plainte, elle indique avoir fait l'objet d'une proposition de sa part dans son bureau. « Il faudra qu'on se fasse un restaurant tous les deux, comme ça, je pourrais voir tous tes tatouages », lance-t-il, en tentant de poser sa main sur son bras, entièrement tatoué. Elle recule aussitôt. Elle ne se souvient plus du reste de la conversation et sort du bureau en état de choc.

« Les mesures conservatoires ont été prises en interne »

Plusieurs autres femmes de ce service ont avoué avoir subi ce type de comportement, parfois de façon répétée. En tout cinq d'entre elles ont déposé plainte. Le parquet du tribunal judiciaire de Pontoise confirme que l'enquête est toujours en cours. Il indique par ailleurs qu'une de ces plaintes a été classée sans suite.

La direction de l'hôpital a précisé la semaine dernière avoir « procédé à une enquête administrative interne approfondie ». « Les mesures conservatoires ont été prises en interne pour protéger les plaignantes et respecter la présomption d'innocence de la personne mise en cause », a-t-elle ajouté.

Certaines travaillent toujours avec ce chef de service

Ce n'est pourtant pas l'avis de plusieurs plaignantes. Certaines ont été exfiltrées vers d'autres services tandis que d'autres travaillent toujours sous les ordres de celui contre qui elles ont déposé plainte. « Je me retrouve à travailler dans une autre spécialité que celle que j'ai choisie alors que lui garde les mêmes fonctions », regrette Simone, une des plaignantes. « Et nous, on est encore en contact avec lui », déplore Frida, une de ses collègues.

« Le temps de faire la lumière, on aurait dû mettre la personne visée en congé avec maintien de traitement », estime Yann Le Baron, membre du bureau national Unsa santé. « On a vraiment l'impression qu'il est protégé, renchérit Simone. Comme il n'y a rien qui nous est proposé, ils attendent qu'on parte de l'hôpital. »

« Respecter la présomption d'innocence »

Interrogée sur les suites données à l'enquête administrative interne, la direction de l'hôpital précise avoir entendu une cinquantaine d'agents et ne pas être parvenue à « des conclusions nettes ». Elle semble s'en remettre désormais aux résultats de l'enquête judiciaire. « La parole des plaignantes est prise très au sérieux mais il n'appartient pas à la direction de l'hôpital Simone-Veil de se substituer aux services de police et de justice et à leurs moyens d'investigations judiciaires », ajoute l'établissement.

Il réitère avoir « pris toutes les mesures conservatoires possibles en interne pour protéger les plaignantes en préservant leurs conditions de travail ». Il assure vouloir respecter la « présomption d'innocence de la personne mise en cause qui conteste les faits ».

Un silence pesant

Plusieurs plaignantes ont le sentiment que leur direction cherche à passer sous silence ce qui s'est passé. L'une d'entre elles confie avoir reçu pour consigne de la DRH de ne pas dire la raison pour laquelle on l'avait changé de service, après son dépôt de plainte.

Plusieurs évoquent la réaction de la direction après la parution de l'article du Parisien. « Quelqu'un l'a affiché dans le service. Depuis la direction est en train de faire une enquête interne pour savoir qui l'a affiché plutôt que s'intéresser à la sécurité de leurs agents », peste Simone. « C'est ce qui les obnubile en ce moment », ajoute Marie. La direction n'a pas répondu à nos questions sur cette supposée enquête. De même, elle ne nous a pas fournis d'explication sur les raisons pour lesquelles il a été demandé à des plaignantes de se taire.

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