Grenelle du sport : les élus des quartiers prêts à se bouger pour les jeunes talents

Réunis ce lundi à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), des élus de toute la France ont budgété dix propositions en faveur du sport dans les banlieues. Et appellent l’Etat à soutenir leurs ambitions en matière d’emplois et d’équipements.

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 Garges (Val-d’Oise), ce lundi. Gloria D’Almeida, championne de France de boxe anglaise est venue raconter comment le sport l’avait aidée à s’intégrer.
Garges (Val-d’Oise), ce lundi. Gloria D’Almeida, championne de France de boxe anglaise est venue raconter comment le sport l’avait aidée à s’intégrer. LP/Julie Olagnol.

« Je suis présente pour donner de l'espoir aux maires. Les exemples comme le mien montrent que ce n'est pas de l'argent jeté par les fenêtres. Cet argent sert aux clubs à accompagner les jeunes, cela fonctionne vraiment! » Du haut de ses 21 ans, Gloria D'Almeida, championne de France de boxe anglaise, domiciliée à Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise), doit tout au sport.

Elle témoignait ce lundi à l'occasion du Grenelle de l'éducation et de l'inclusion par le sport qui réunissait, à Garges, des élus de tous bords venus des quartiers prioritaires de toute la France, après une lettre ouverte adressée au gouvernement « pour sauver le sport dans les quartiers », sous l'impulsion de Benoît Jimenez, le maire (UDI) de la commune.

Gloria a trouvé son travail actuel, conseillère d'accueil à la banque LCL, grâce à son club. « L'Agence pour l'éducation par le sport (Apels), via mon coach de Garges, m'a permis de rencontrer le directeur régional de LCL. Dans un sport de combat, il faut y aller. Il a apprécié ma détermination. Il m'a d'abord proposé un CDD de six mois. J'ai suivi des formations en interne, car je n'avais qu'un bac professionnel gestion administration. J'ai été embauchée en juillet dernier, en plein Covid », se réjouit-elle.

Le sport lui a aussi permis d'obtenir la nationalité française en 2017. « Je suis d'origine togolaise. Dès ma première compétition, j'ai été repérée par l'équipe de France de boxe. Je pouvais suivre les stages avec eux mais pas participer aux Championnats d'Europe et du monde. L'ancien adjoint aux sports de Garges, mon entraîneur et celui de l'équipe de France se sont battus pour que je puisse devenir française. »

5000 coachs pour aider à l'insertion par le sport

Au cours de la matinée, les élus ont présenté un plan de dix mesures budgétées en faveur du sport amateur dans les quartiers. Aux pouvoirs publics de répondre à présent à leur cri d'alarme. Leurs demandes portent essentiellement sur plus d'équipements sportifs, plus d'emplois et plus de moyens pérennes.

A commencer par la mise en place d'un nouveau métier, coach d'insertion par le sport. « Dans les quartiers, il y a les meilleurs talents sportifs du monde. On passe à côté de milliers de jeunes à cause de la cassure entre monde professionnel traditionnel et monde du sport. On a déjà une centaine de coachs d'insertion par le sport et on veut en former 5000 en plus », annonce Jean-Philippe Acensi, président de l'Apels.

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Comme Gloria D'Almeida, « une dizaine de jeunes de notre club ont profité du réseau de l'Apels pour trouver un métier, signale Khalid Zaouche, président du boxing club de Garges. J'invite tous les politiciens à mettre les jeunes au centre de leur projet. Si le Grenelle permet à dix jeunes de sortir leur épingle du jeu, il n'aura pas servi à rien. »

Alors que deux tiers des associations sportives interrogées ont souffert d'une baisse d'activité d'au moins 60% lors du premier confinement et que des communes comme Grigny ont perdu la moitié de leurs adhérents, les élus proposent aussi de « relancer le sport dans les quartiers pendant la période estivale ».

Ils attendent un soutien financier de 18 millions d'euros pour développer 2000 stages à vocation sociale et éducative réunissant chacun quinze jeunes, soit 30000 jeunes concernés en tout. Mais aussi une enveloppe de 3 millions pour l'événement Pass'Sport Découverte, afin de faire la promotion des pratiques sportives cet été.

Un manque flagrant d'équipements

Les élus réclament également « un plan Marshall » pour la construction et la rénovation d'équipements sportifs. « On a un tiers d'équipements sportifs en moins dans les quartiers en politique de la ville (QPV), soit seulement 22 pour 10000 habitants. Il faut éradiquer cette honte française », s'indigne Philippe Rio (PCF), maire de Grigny (Essonne).

Les élus souhaitent la construction de 224 gymnases, 224 piscines, 224 salles, 224 terrains de grands jeux et 224 autres équipements sportifs pour un total d'un milliard d'euros, qui pourrait émaner de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), de l'Agence nationale du sport (ANS) et des collectivités.

Encouragés par la ministre, Roxana Maracineanu

Roxana Maracineanu, ministre de la Jeunesse et des Sports, semble avoir entendu leur appel. Elle est intervenue en visioconférence ce lundi. « C'est un sujet qui me tient à cœur car moi-même venant de Roumanie et étant arrivée en France à 10 ans, c'est le sport qui m'a permis de trouver ma place dans cette société, d'apprendre le français, de pouvoir m'intégrer le plus facilement possible et le plus naturellement du monde grâce à ma pratique sportive. S'il n'y avait pas eu des éducateurs, des bénévoles dans mon club, pour me faire manger le soir avec eux, je ne serai pas arrivée à ce niveau de performances et à ce niveau d'intégration dans la société française. »

Ce vendredi, le gouvernement a annoncé 3,3 milliards d'euros pour les banlieues, dont 36 millions dédiés au sport. Pour Benoît Jimenez, « c'est un premier pas ». « Sans notre mobilisation, cela n'aurait pas existé mais on est loin du compte. Si on rapporte ces 36 millions aux 1000 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) de France, cela fait 36000 euros chacun. De quoi acheter des tables de ping-pong… »