L’installation de la ZAD sur le triangle de Gonesse divise déjà

Depuis dimanche des militants occupent une partie du triangle de Gonesse dont les terres agricoles ont été déclarées « zone à défendre ». La région Ile-de-France dénonce une « occupation illicite » et demande au gouvernement d’évacuer le site.

 Des militants occupent depuis dimanche matin le site du triangle de Gonesse. Ils réclament une sanctuarisation des terres agricoles.
Des militants occupent depuis dimanche matin le site du triangle de Gonesse. Ils réclament une sanctuarisation des terres agricoles. LP/Christophe Lefevre

Ils ont déjà passé plusieurs nuits sur place. Depuis ce dimanche, des militants opposés à l'urbanisation des terres agricoles se sont installés sur le Triangle de Gonesse (Val-d'Oise). Le site, qui doit notamment accueillir la seule gare du Val-d'Oise du Grand Paris Express (GPE), a en effet été déclaré comme ZAD ou « zone à défendre » par un collectif citoyen.

Une occupation qui commence trois semaines après la proclamation du « serment du Triangle ». Un texte par lequel les militants s'engagent à protéger ces terres, déclarées « patrimoine commun », « contre toute tentative d'artificialisation et de destruction ».

Nicolas Hulot défend la préservation des terres agricoles

Ce mardi, plus de 9200 personnes avaient déjà apposé leur signature. Parmi lesquelles, Nicolas Hulot. Dès juillet 2018, l'alors ministre de la Transition écologique avait estimé au sujet des projets d'aménagement du Triangle : « il faut que l'on ait la pleine conscience qu'il y a aussi besoin de sanctuariser nos terres agricoles ».

Il avait ainsi porté la première charge officielle d'un membre du gouvernement contre le controversé mégacomplexe de commerces et de loisirs EuropaCity, prévue pour voir le jour sur ce site, jusqu'à son abandon par Emmanuel Macron, fin 2019.

Une annonce décriée à l'époque par nombre d'élus et d'acteurs locaux mettant en avant les emplois promis. Mais applaudie par les opposants au projet. Un an plus tard, l'avenir du Triangle n'est pas pour autant tranché. Dans son rapport remis au Premier ministre en décembre, le préfet du Val-d'Oise se prononçait en faveur d'un scénario prévoyant l'aménagement de 110 ha du Triangle de Gonesse.

Quid de la gare de la ligne 17

Si c'est au gouvernement qu'il appartient de statuer, cette hypothèse devrait s'appuyer sur la gare. Et c'est bien l'imminence de travaux qui a décidé les opposants à passer à la vitesse supérieure. « Le gouvernement a eu le courage d'abandonner EuropaCity, je ne comprends pas pourquoi il n'a pas le courage de céder sur la gare », souligne Bernard Loup, président du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), qui soutient les occupants de la ZAD.

Mais selon la Société du Grand Paris, en charge de la réalisation du GPE, le chantier qui doit être lancé au printemps ne concernerait pas la future gare de Gonesse. Mais le puits de départ de tunnelier creusant vers la gare du Bourget Aéroport. « Ces travaux sont nécessaires à la réalisation de la ligne 17, ils n'emportent pas la réalisation de la gare, qui eux seraient à engager après creusement du tunnel, et dont la conception dépendra des décisions à venir de l'Etat sur l'aménagement de ce secteur », précise ainsi la SGP au Parisien.

Valérie Pécresse demande « l'évacuation immédiate de la ZAD »

Pour la région Ile-de-France ce serait donc « toute la ligne 17 » qui serait menacée par la ZAD. Et sa présidente (Libres !) Valérie Pécresse, de dénoncer « avec la plus grande fermeté l'occupation illicite de terrains ». « La ligne 17 et la gare de Gonesse sont des éléments essentiels pour permettre l'égalité des chances et la réussite de ce territoire », estime la région qui demande de fait au gouvernement « l'évacuation immédiate » de la ZAD.

Même réaction de Pascal Doll, le président de la communauté d'agglomération Roissy Pays de France, qui « condamne fermement cette action. Pour la plupart, ces personnes n'habitent même pas le secteur. Je ne peux pas accepter qu'au titre d'une idéologie, on sacrifie les espoirs de notre jeunesse et de tous les habitants qui attendent l'arrivée du métro automatique avec impatience. C'est pour eux une perspective d'avenir et un accès amélioré à l'emploi et à la formation puisque la ligne 17 desservira d'importants pôles économiques. »

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« Une occupation illégale par définition. Ils sont sur une parcelle privée, souligne également le maire (PS) de Gonesse, Jean-Pierre Blazy fervent défenseur de la gare. Après la procédure qui va être enclenchée, ils vont être obligés de ne pas y rester. »

Mais celle-ci a-t-elle lancé ? Contacté ce mardi, l'établissement public foncier d'Île-de-France (EPFIF), propriétaire du terrain en question, « se refuse à tout commentaire à ce stade sur cette affaire ». De son côté, la préfecture du Val-d'Oise n'a pas « de commentaire à faire à ce stade ».