Genainville : le site archéologique des Vaux-de la-Celle de plus en plus intrigant

Une nouvelle campagne de fouilles s’achève cette semaine au sein de cet immense site gallo-romain. Le projet contesté de couverture du temple est quant à lui ajourné.

 Une nouvelle campagne de fouilles a eu lieu sur le site des Vaux-de-la-Celle.
Une nouvelle campagne de fouilles a eu lieu sur le site des Vaux-de-la-Celle. LP/Marie Persidat

Le corps d'un mouton entier et celui d'une poule enfermé dans un pot en céramique renversé. Voilà le point de départ d'une longue recherche qui pourrait permettre de percer les mystères du site archéologique des Vaux-de-la-Celle. Ces éléments notables viennent d'être découverts à l'occasion de la campagne de fouilles 2020, qui s'achèvera à la fin de la semaine. Chaque été les archéologues se retroussent en effet les manches pour apprendre à connaître ce sanctuaire gallo-romain unique et pourtant encore méconnu.

Cette année, la campagne, retardée à cause de la crise sanitaire, aurait dû se dérouler en même temps que des travaux de construction d'une toiture au-dessus des vestiges du temple. Mais ce chantier très contesté est finalement ajourné.

La couverture du temple reportée au printemps 2021

« Suite à la pétition et aux démarches de l'APSAGe, la direction régionale des affaires culturelles (Drac) reporte les travaux de couverture du temple au printemps 2021 », vient d'annoncer l'association pour la promotion du site archéologique de Genainville. L'organisme se félicite de ce qu'elle considère comme une « première victoire » du collectif.

« Le but de l'APSAGe est dorénavant de constituer un solide dossier permettant de démontrer qu'il existe d'autres solutions de protection ne mettant pas en danger les vestiges Gallo-Romain », indique l'association. La pétition, signée à l'heure actuelle par 1026 personnes, reste ouverte sur le site mesopinions.com

Le temple, probablement consacré au dieu romain Mercure et à la déesse gauloise Rosmerta, restera donc pour le moment découvert. Mais ce n'est pas là que les archéologues ont creusé cette année. Une équipe réduite (en raison des contraintes sanitaires) de quinze personnes s'est répartie sur deux localisations différentes. Ces étudiants venus des quatre coins de la France ont d'abord exploré la façade du théâtre antique.

De nouveaux éléments sur le théâtre antique

« Ces dernières années, nous avions étudié les fouilles de nos prédécesseurs », détaille Vivien Barrière, responsable du chantier et maître de conférences en archéologie à l'université de Cergy-Pontoise (CY). « Cette année nous fouillons à proprement parler, nous allons là où personne n'est jamais allé. »

L'exploration de l'entrée de l'immense édifice de spectacle (qui pouvait accueillir jusqu'à 4000 ou 8000 personnes selon les différentes interprétations) permettra d'en savoir plus sur les usages des habitants qui s'y rendaient pour assister à des pièces de théâtre ou à des combats. « Ce qui nous intéresse, c'est de savoir par où les gens entraient, où ils passaient. » Les amas de pierres, apparemment informes pour un œil novice, peuvent ainsi donner de précieuses indications. « Certains pans de murs sont tombés entiers », explique Vivien Barrière. « Grâce à cela nous pouvons reconstituer la forme de l'édifice, ses voûtes. Et puis nous avons l'espoir d'avoir des informations sur la chronologie. »

Découverte d'animaux entiers

À quelques pas de là, changement de décor. La surface, qui a été creusée par les étudiants, se situe entre le sanctuaire religieux et le théâtre. A priori un lieu de passage sans importance. Sauf que d'importantes découvertes ont été faites ici…

« L'an dernier, nous avions trouvé cinq moutons complets », indique le responsable du chantier. « Cette année nous avons trouvé un autre mouton un peu plus loin, visiblement égorgé. Et puis il y a cette poule complète aussi dans un pot en mosaïque. Tous ces éléments, isolés, n'ont pas de sens. Mais c'est le seul endroit du site où l'on trouve des animaux complets non consommés. Ils se concentrent au même endroit. Cela renouvelle vraiment la compréhension du site et pose des questions. »

L'hypothèse d'une offrande sacrificielle semble s'imposer, ce qui ajoute encore au mystère de ce sanctuaire. Car dans le monde gallo-romain, il est très rare de sacrifier des animaux entiers. « D'habitude ils sont partagés entre les dieux et les humains. » À quoi servaient donc ces rites qui pourraient être antérieurs aux autres vestiges déjà mis au jour ? Il faudra encore probablement de longues années de fouilles et de recherches avant de le savoir.

Ce mardi, une journée portes ouvertes est organisée pour clôturer la campagne de fouilles. Une visite guidée débute à 17h30. Entrée libre.