Fourrières saturées, rues embouteillées… Sarcelles va faire le ménage dans le stationnement

La municipalité souhaite notamment créer une fourrière municipale, pour désengorger les deux existantes et accélérer la destruction des carcasses qui se multiplient dans les rues de la commune.

 Sarcelles, mardi. La mairie estime qu’il faudrait enlever 2 000 voitures des rues alors que les fourrières actuelles sont saturées.
Sarcelles, mardi. La mairie estime qu’il faudrait enlever 2 000 voitures des rues alors que les fourrières actuelles sont saturées. LP/V.T.

À limite de Sarcelles et de Groslay, l'arrivée chez Georget Dépannage est pour le moins chaotique. Pour accéder au fond de l'allée, jusqu'à l'imposante grille rouge, il faut slalomer entre les carcasses de voitures. Puis éviter le bal des dépanneuses, frôlant les véhicules stationnés de manière anarchique.

Il suffit de jeter un coup d'œil dans l'espace où sont stockés les véhicules - où les photos sont interdites - pour comprendre. À perte de vue, des centaines de carcasses entreposées, les unes sur les autres. De l'autre côté de la rue, la situation chez le concurrent Queyroy est un copié-collé.

800 destructions de véhicules à Sarcelles en 2019

« Vous arrivez ici, vous saisissez tout de suite les problèmes, lance, la mine déconfite, Fabien, venu récupérer sa voiture enlevée ce mardi matin. Ça déborde de partout, l'espace est complètement saturé… Bref, c'est à l'image du stationnement à Sarcelles, bordélique ! »

Les deux dépanneurs habilités par la préfecture, ne peuvent plus absorber les centaines de voitures ventouses et carcasses éparpillées dans toute la commune. En 2019, la préfecture a recensé presque 800 destructions de véhicules, rien qu'à Sarcelles. À titre de comparaison, les villes voisines, comme Villiers-le-Bel ou Garges-lès-Gonesse, en détruisent à peine 200 par an.

«C'est un puits sans fond» pour la mairie

« Chaque année, nous devrions enlever 2 000 voitures des rues de la ville, c'est gigantesque, lance Navaz Mouhamadaly, conseiller municipal délégué aux transports et la mobilité durable. Or, c'est un puits sans fond. Les fourrières manquent de place, donc la moitié des véhicules restent sur les voies et polluent la vie des habitants… »

LP/V.T.
LP/V.T.  

Pour mener le chantier - immense - du stationnement dans une ville congestionnée par la voiture, le maire (PS) Patrick Haddad souhaite construire une troisième fourrière, municipale cette fois. Cette nouvelle structure permettrait à la ville d'accélérer les procédures et désengorger, plus facilement et rapidement, les voies communales.

Des voitures ventouses qui «se multiplient»

« Aujoud'hui, les procédures administratives pour arriver à une destruction sont trop longues. Pendant que vous attendez que la fourrière se vide, vous ne pouvez pas enlever les autres véhicules, explique cet agent du secteur. Il y a besoin d'une gestion dynamique. Sinon, les voitures ventouses se multiplient et on en voit jamais le bout ! »

Une fois mis en fourrière, le propriétaire a « entre dix et trente jours » pour se présenter et récupérer son véhicule, avant que sa destruction ne soit validée par la préfecture. Certains adeptes de la mécanique sauvage viennent récupérer les carcasses pourtant laissées à l'abandon pendant plusieurs mois. « Et hop, on les voit réapparaître dans la ville, se désole ce même agent. C'est sans fin, c'est le tonneau des danaïdes! »

Des carcasses là depuis des mois

Hedy Labaied, président de l'amicale des locataires sarcellois, en sait quelque chose. « Vous avez des parkings de copropriété entiers où les habitants ne peuvent plus se garer parce que les voitures ne bougent pas! », s'agace-t-il. Exemple sur ce parc de stationnement au cœur du quartier Camille-Saint-Saens.

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Sur la soixantaine de places en surface, « quarante » sont occupées « depuis plusieurs mois » par des voitures accidentées, carcasses ou camionnettes. « Et la moitié n'ont ni assurance, ni contrôle technique, assure Hedy Labaied. Le problème, c'est qu'un jour, ils en ont enlevé dix. Le lendemain, de nouvelles voitures ventouses avaient pris la place avec des mécanos sauvages ! »

Seulement deux agents de fourrière

La municipalité veut sécuriser et résidentialiser « 2 000 places de stationnement » de copropriétés, aujourd'hui inutilisées ou occupées par des personnes extérieures. Ahmed, exige, lui, davantage de « sévérité. On voit jamais les agents de la police municipale. Il faut taper au portefeuille, les gens comprendront ! », enrage le père de 33 ans.

Deux agents de fourrière, seulement, doivent arpenter les rues de la commune et dégager les trottoirs où stationnent, de manière anarchique, des dizaines de voitures. « À deux, c'est franchement, c'est mission impossible », estime un agent du territoire. La mairie devrait doubler les effectifs dans les prochains mois.