Des dépôts sauvages en hausse post-confinement et «un gros ras-le-bol» dans le Val-d’Oise

Les agriculteurs et les élus du département constatent que le phénomène a pris de l’ampleur ces derniers mois. Des dépôts plus nombreux, plus volumineux et parfois déposés au beau milieu des champs.

 A Fontenay-en-Parisis, des ordures sont déposées dans les champs quasi quotidiennement.
A Fontenay-en-Parisis, des ordures sont déposées dans les champs quasi quotidiennement. DR

Sur son téléphone portable, Nicolas Hervin fait défiler les images de gravats et objets divers amoncelés dans les champs. Le président des Jeunes agriculteurs du Val-d'Oise est dépité. « Tous les jours, je reçois de nouvelles photos que m'envoient les collègues, déplore ce cultivateur installé à Bellefontaine. Les déchets abandonnés sur nos parcelles, semées ou pas semées, on n'en peut plus. Il y a un gros ras-le-bol. »

Tous les secteurs ruraux du département sont touchés par ce fléau qui semble encore s'accentuer depuis quelque temps. « Il y a eu une forte croissance des dépôts sauvages depuis le confinement, et cela a perduré », constate Nicolas Hervin.

À tel point que des actions de protestation coordonnées par la FDSEA Ile-de-France (les syndicats agricoles) ont été organisées vendredi dernier dans le Val-d'Oise, les Yvelines et l'Essonne. Des agriculteurs sont allés récupérer des ordures sur leurs champs pour les déverser au niveau de huit axes de circulation stratégiques de bon matin. Une manifestation symbolique qui reflète une exaspération.

Le confinement, période propice aux travaux

« Le jour même de la manifestation, j'ai retrouvé des gravats et du mobilier au bord de l'une de mes parcelles ! » tempête Clément Van Hyfte, dont la ferme est située à Nerville-la-Forêt. Déjà touché par ce problème, notamment au niveau des parcelles qu'il cultive à Presles en bordure de l'A16, il a constaté la récente accélération des dépôts : « Cela a commencé pendant le confinement. Les gens étaient chez eux, ils en ont sûrement profité pour faire des travaux. Ou les faire faire par des artisans. Et du fait des difficultés d'accès aux déchetteries, tout cela a atterri dans nos campagnes. »

Et malheureusement, de mauvaises habitudes ont été prises. Favorisées par le climat. « Avec la sécheresse, nous n'avons pas travaillé la terre pendant longtemps, reprend Clément Van Hyfte. Elle est restée avec les résidus de récolte. C'était un vrai billard pour les véhicules : ils sont carrément entrés dans les parcelles pour décharger. Parfois même en fond de vallée. »

Un problème très coûteux pour tout le monde

De telles intrusions compliquent les opérations de nettoyage. Aujourd'hui la majorité des communautés de communes se sont organisées pour assurer les enlèvements. Mais si les interventions sur les chemins sont habituelles, les collectivités n'ont pas l'obligation de ramasser lorsque les tas d'ordures se trouvent à l'intérieur des parcelles.

« Bien sûr cela m'est arrivé de devoir charger moi-même le tout et de payer 130 euros la tonne à la déchetterie, confirme l'exploitant de Nerville-la-Forêt. Mais j'ai plutôt de la chance, je suis dans une communauté de communes très active en la matière. »

Parmi ces déchets, les gravats et matériaux de chantier sont les plus fréquents, mais les champs sont aussi envahis de pneus, de déchets verts ou d'objets parfois insolites. « J'ai un collègue qui s'est retrouvé avec la porte d'entrée d'un cabinet d'avocat parisien », raconte l'agriculteur de Nerville-la-Forêt. Et certains déchets laissent des traces durables. « Un voisin s'est retrouvé avec une cuve de 1 000 litres d'huile de vidange qui fuyait, complète le professionnel. Ça s'est répandu sur ses terres. Il a fallu dépolluer et il a reçu une facture de 10 000 euros. »

Plus c'est rural, plus le village risque d'être une poubelle

Les agriculteurs ne sont pas les seuls à faire les frais financiers de ces pratiques. Au final, ce sont bien les contribuables qui mettent la main au porte-monnaie. La communauté de communes de la Vallée de l'Oise et des Trois forêts, qui regroupe neuf communes en zone plutôt rurale, s'est saisie du problème en 2014.

« Chaque année, le budget que nous devons consacrer à l'enlèvement augmente, déplore Sébastien Poniatowski, le président (LR) de l'intercommunalité. En 2020, nous avons prévu 90 000 euros. Mais au 28 septembre, nous avons déjà quasiment atteint cette somme. Il est fort probable que nous la dépassions. »

Depuis le début de l'année, ce sont 500 tonnes de déchets qui ont ainsi dû être évacués. Si toutes les communes de la zone sont touchées, plus elles sont rurales, plus elles semblent être utilisées comme décharges. Ainsi 80 tonnes ont été abandonnées à Villiers-Adam (870 habitants) et 140 tonnes à Presles (3 900 habitants).

La vidéosurveillance pour traquer les fautifs

La communauté de communes compte sur un nouvel outil pour lutter contre cette calamité dans les années à venir : la vidéosurveillance. Des caméras sont en cours de déploiement sur l'ensemble de son territoire. Il devrait y en avoir 250 à terme, au premier trimestre 2021.

« Dans les communes rurales notamment, les sites d'implantation des caméras ont été choisis en tenant compte du problème des dépôts sauvages », assure Sébastien Poniatowski. Les images enregistrées pourraient permettre de remonter jusqu'aux auteurs de ces délits, voire d'intervenir en temps réel.

Pour le moment, L'Isle-Adam est la seule commune à s'être dotée d'un centre de supervision urbaine, tout juste mis en fonctionnement. Mais le projet de créer un CSU intercommunal va prochainement être mis sur la table.

La communauté de communes prend également d'autres mesures parfois drastiques pour barrer la route aux pollueurs. Récemment, la Sanef a rétrocédé aux collectivités une voie se trouvant entre Presles et L'Isle-Adam, en parallèle de l'A16. « Nous avons profité de cette rétrocession pour traiter le problème des dépôts, indique Sébastien Poniatowski. Nous avons fermé cette route. Aujourd'hui, seuls les agriculteurs, et bien sûr les randonneurs et cyclistes, peuvent l'emprunter. »