De retour de la Silicon Valley, le jeune entrepreneur de Villiers-le-Bel lance sa marque de montres

Emmanuel Kinzonzi, 27 ans, a suivi un programme intensif de cinq mois à l’université californienne de Berkeley, qui lui a permis de créer ses montres Safnath Panéa. Revenu dans le Val-d’Oise, il partage son expérience et son parcours scolaire atypique dans un livre.

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 Villiers-le-Bel, jeudi 4 février 2021. Emmanuel Kinzonzi,  au centre, avec Sylvain Djeassittarame, son ami et cofondateur de la marque de montres Safnath Panéa.
Villiers-le-Bel, jeudi 4 février 2021. Emmanuel Kinzonzi, au centre, avec Sylvain Djeassittarame, son ami et cofondateur de la marque de montres Safnath Panéa. LP/Julie Olagnol.

« En cours, je ne faisais que bavarder, je ne prenais pas de notes. Maintenant, j'ai écrit un livre. Si on m'avait dit ça en première, je n'y aurais pas cru! » Un an et demi après son départ pour la prestigieuse université Berkeley, en Californie, nous avons retrouvé Emmanuel Kinzonzi, entrepreneur de 27 ans, de retour chez lui à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise).

C'est dans la maison de quartier de son enfance, au Puits-la-Marlière, qu'Emmanuel, auteur de « Je ne veux plus tricher », un ouvrage où il s'adresse aux jeunes gens encore dans le système scolaire, travaille au lancement de sa marque de montres, Safnath Panéa (« celui qui révèle », en égyptien), avec son associé de toujours, Sylvain Djeassittarame.

C'est grâce aux Déterminés, l'association fondée par Moussa Camara pour favoriser l'entrepreneuriat en banlieue, qu'Emmanuel a pu intégrer le Schoolab, un incubateur parisien de jeunes talents. Puis suivre ce programme intensif de cinq mois aux Etats-Unis, entouré de chefs d'entreprise.

Rencontre avec des experts aux Etats-Unis pour peaufiner le projet

Objectif du voyage : réussir à développer sa marque de montres. « J'ai pu découvrir le monde de l'entrepreneuriat à la Silicon Valley, me rendre au siège de la compagnie Samsung ou bien rencontrer des experts sur le sujet, comme Luc Julia, le cocréateur de l'assistant vocal Siri », se réjouit Emmanuel Kinzonzi.

Sa montre devait initialement être capable de détecter les émotions et d'encourager son utilisateur en fonction de son état. « Je me suis rendu compte que le projet était plus ardu à mener que ce que je pensais. Cela n'existe pas et il y a beaucoup de recherches là-dessus aux Etats-Unis, avec des fonds derrière », confie-t-il.

Loin de se décourager, Emmanuel Kinzonzi a fait jouer son réseau pour être mis en relation « avec les meilleurs prestataires », un designer de Mont-Blanc et de Dior et un horloger de Morteau (Doubs). Résultat, une montre plus traditionnelle avec trois cadrans modernes et élégants, et deux boîtiers or et acier, pour six combinaisons possibles.

«Les repères sur le cadran représentent des valeurs»

La toute première collection, Mind, n'en reste pas moins sophistiquée et conserve sa « patte ». Lors de l'achat, le propriétaire reçoit un abonnement au contenu digital et inspirant de la plate-forme de podcasts Majelan, créée par Mathieu Gallet, qui rassemble des centaines d'histoires de personnalités.

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« Il y a toute une philosophie derrière nos montres. Les index, ces repères situés sur le cadran qui indiquent les heures, représentent des valeurs (détermination, persévérance, courage et curiosité), pour que le propriétaire s'en souvienne tout au long de la journée. Au lycée, on regardait les montres au poignet des intervenants et on pensait déjà à faire la nôtre. On pensait que ce serait plus simple, c'est pour cela qu'on a besoin de toutes ces valeurs », expliquent les garçons.

Les montres de la marque Safnath Panéa se vendent en précommande. DR
Les montres de la marque Safnath Panéa se vendent en précommande. DR  

Le jeune entrepreneur, qui est rentré des États-Unis juste avant le Covid-19, rapporte aussi des anecdotes plus légères dans ses valises. « J'ai été marqué par le stade du campus, qui est équivalent à notre stade de France, avec des milliers d'élèves pour supporter les Golden Bears, l'équipe de Berkeley », raconte-t-il.

« En Californie, tout le monde fait attention à son poids. Les Californiens sont à la pointe sur les nouvelles tendances, mais moi je mangeais souvent au fast-food car la nourriture est chère là-bas », a-t-il pu constater. Pour payer ses frais sur place, il a pu compter sur les 8 000 euros d'une campagne de financement participative.

Témoigner de son parcours auprès des scolaires

La production des montres Mind est basée à Hongkong avec un test qualité en Suisse et un assemblage dans un atelier parisien. Emmanuel et Sylvain attendent les prochains prototypes. Les montres sont d'ores et déjà en précommande sur leur boutique en ligne. « Elles devaient être disponibles en mars mais nous avons perdu du temps avec le Covid. »

Villiers-le-Bel, jeudi 4 février 2021. Dans son livre autoédité, Emmanuel Kinzonzi retrace son parcours scolaire et partage des conseils./LP/Julie Olagnol
Villiers-le-Bel, jeudi 4 février 2021. Dans son livre autoédité, Emmanuel Kinzonzi retrace son parcours scolaire et partage des conseils./LP/Julie Olagnol  

Autre priorité d'Emmanuel : partager son expérience avec les élèves et étudiants grâce à son ouvrage, autoédité. Après un bac ES au lycée de la Tourelle à Sarcelles, il a commencé une prépa ECE puis a étudié un BTS commerce international par correspondance, avant de suivre une licence en alternance et un Master II en marketing au Groupe La Poste.

« Avant mon départ aux Etats-Unis, je me déplaçais beaucoup dans les établissements scolaires pour parler de mon parcours scolaire atypique. J'ai cherché un autre support que le témoignage oral », se souvient-il. Antisèches dans la trousse ou faux brouillons : en classe, Emmanuel Kinzonzi était incollable pour tricher. « Une fois, ma professeure s'est approchée alors que j'avais toutes les conjugaisons d'espagnol sur la main. J'ai tout arrêté du jour au lendemain en seconde », confesse-t-il.

Les clés de la réussite selon Emmanuel

Son premier conseil aux élèves : essayer de trouver sa propre méthode de travail. Désormais, c'est à chaque fin de chapitre que l'entrepreneur livre une « antisèche positive » pour motiver son lecteur. « Un professeur de mathématiques m'a poussé à jouer aux échecs, évoque-t-il. Cela m'a aidé à mieux réfléchir, à me détendre. »

Autre suggestion d'Emmanuel Kinzonzi : ne pas avoir honte de demander à ceux qui réussissent leurs astuces. Et une recommandation : ne pas se laisser influencer dans son choix d'orientation par son orgueil ou par ses proches.

Dans « Je ne veux plus tricher », Emmanuel couche sur papier aussi bien le stress des examens, que les galères pour trouver une alternance ou la déception des mauvaises notes. « J'y parle des barrières que l'on se met nous-même car on vient de tel ou tel quartier. Il faut qu'on fonce ! »

Message bien reçu pour ses lecteurs. « Le livre permet de se rendre compte que tout le monde a vécu des échecs et des réussites mais qu'on y arrive si on y met de la bonne volonté », constate Cyrinne, du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). « Cette œuvre est intéressante car nous avons le point de vue d'un étudiant qui a eu de nombreux obstacles dans son parcours. Il est facile de s'identifier au protagoniste », ajoute Jessy, étudiant à l'IUT de Sarcelles.

A noter qu'avec son livre, le lecteur peut aussi recevoir des surprises, des conseils et une playlist de musiques.

Renseignements sur la marque www.safnathpanea.com, 249 euros la montre, et sur le livre www.jeneveuxplustricher.com, 115 pages, 10 euros.