Covid-19 : le Val-d’Oise est-il le département le moins bien doté en vaccins ?

Selon une enquête de TF 1 sur le ratio entre le nombre de vaccins disponibles et la population éligible, le département serait le moins bien doté de France. Surprenant vu le taux d’incidence élevé.

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 Un centre de vaccination accueille soignants et personnes âgées au sein de l’hôpital de Beaumont-sur-Oise.
Un centre de vaccination accueille soignants et personnes âgées au sein de l’hôpital de Beaumont-sur-Oise. LP/Marie Persidat

Le Val-d'Oise est-il le département de France le moins bien doté en vaccins? C'est l'une des conclusions d'une enquête du journal de 20 heures de TF 1, qui s'est penchée sur le ratio entre le nombre de vaccins disponibles et le nombre d'habitants éligibles à la vaccination, à savoir les personnes de plus de 75 ans et les professionnels de santé de plus de 50 ans, ou avec des comorbidités.

Le 95 ferme la marche du classement des départements, avec seulement 34 vaccins pour 100 personnes éligibles, derrière les Hauts-de-Seine (36) ou le Val-de-Marne (39). Loin derrière le territoire de Belfort, Paris ou le Jura, qui arrivent en tête avec respectivement 155, 115 et 106 vaccins disponibles pour 100 habitants éligibles.

« Notre département est encore le plus mal loti »

Ces chiffres ont fait bondir plusieurs élus locaux. Et notamment Florence Portelli. « Notre département du Val-d'Oise est encore le plus mal loti : dernier dans la répartition des doses de Vaccin, a réagi sur Twitter la maire (Libres !) de Taverny. Le déclassement insupportable du 95 par l'Etat doit cesser ! » « C'est hallucinant, peste la vice-présidente de la région Ile-de-France, contactée ce lundi matin. Le Val-d'Oise est toujours le grand oublié des politiques publiques. Pour ma part, je ne suis pas à plaindre à Taverny. Pour le moment, on s'en sort bien. Comme on était présent dès le début, on fait partie des prioritaires. Mais c'est vraiment aberrant. »

La vice-présidente de la région, qui fut l'une des premières à ouvrir à Taverny un centre de dépistage Covid aujourd'hui transformé en centre de vaccination (et qui a injecté à ce jour 4179 doses), peut témoigner des difficultés rencontrées lors du lancement du centre de vaccination dans sa commune. Dans la semaine, il doit d'ailleurs ouvrir de nouveaux rendez-vous.

« Comment justifier un tel écart ? Interroge de son côté Xavier Melki, le maire (LR) de Franconville. Quels critères ? Pourquoi ? Le déclassement du 95, ça suffit. »

Ce lundi, il était impossible de prendre rendez-vous dans certains centres du département. La pénurie a même entraîné le retard de l'ouverture du centre d'Ermont, initialement prévue le 25 janvier, mais qui devrait finalement avoir lieu ce mercredi.

Le taux d'incidence le plus élevé d'Ile-de-France

Ces chiffres interpellent d'autant plus que le Val-d'Oise, longtemps pointé du doigt en raison de mauvais indicateurs depuis le début de la crise sanitaire, est aujourd'hui le département d'Ile-de-France où le taux d'incidence est le plus mauvais, à savoir 252 personnes testées positives sur les 7 derniers jours sur 100 000 habitants, contre une moyenne de 236 sur la région parisienne.

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« Nous avons dans l'est du département des communes à forte précarité, qui ont payé un très cher tribut au Covid-19 lors de la première vague, rappelle le docteur Edouard Devaud, coordinateur de la crise sanitaire de l'hôpital de Pontoise. C'est dû aussi au fait qu'il y a beaucoup de diabète, de surpoids, d'hypertension artérielle. Dans cette zone, il y a toujours eu des forts taux d'incidence. »

« Pas du tout de débordement hospitalier »

Le spécialiste prévoit « une petite accélération du taux d'incidence dans les jours à venir » en raison de la présence des variants, et notamment le variant anglais, plus contagieux. « C'est fort probable que l'on va avoir plus de positivité, mais ça ne veut pas forcément dire plus d'impact sur les hospitalisations, précise-t-il. Il peut y avoir plus de contaminations chez les populations jeunes, et notamment les enfants. »

Le système hospitalier val-d'oisien n'est pas étranglé à ce jour. « Pour l'instant, on ne note pas du tout de débordement hospitalier, rassure le médecin. Dans les unités Covid-19, nous n'avons pas d'augmentation du taux d'occupation de lits liée à la maladie. »

Une lettre pour dénoncer « le manque de vaccins »

Reste que le Val-d'Oise continue d'être un département où la maladie circule activement. D'où une impatience et surtout une frustration de la population qui n'arrive pas à se faire vacciner. C'est le cas en particulier dans les zones où la moyenne d'âge est un peu plus élevé. Inquiets pour leurs populations, les présidents de quatre communautés de communes plutôt rurales (Sausseron Impressionnistes, Vallée de l'Oise et des Trois forêts, Haut-Val-d'Oise et Carnelle Pays-de-France) viennent d'envoyer un courrier à l'agence régionale de santé (ARS) pour prendre les devants concernant la suite des vaccinations.

« On a mis la charrue avant les bœufs, il y a eu un gros effet d'annonce laissant entendre qu'une véritable campagne de vaccination avait commencé alors que ce n'est pas le cas », peste Sébastien Poniatowski, président (LR) de la Vallée de l'Oise et des Trois forêts et maire de L'Isle-Adam. Car dans les faits, très peu d'habitants du secteur âgés de plus de 75 ans ont pu pour le moment prendre un rendez-vous dans le but de recevoir une injection.

« Pour le centre de L'Isle-Adam, en 24 heures, le planning était complet. On nous annonce une nouvelle livraison dans les prochains jours, mais il va se passer la même chose. Nous avons une population âgée qui attend, il est impératif qu'il y ait une équité dans la répartition des doses. »

« Augmenter les cadences et ouvrir de nouveaux centres »

Dans leur lettre à l'ARS, les présidents des intercommunalités regrettent « le manque de doses de vaccin pour beaucoup d'habitants éligibles de notre territoire ». Et surtout, ils proposent de nouvelles initiatives. Il est temps, estiment-ils, de penser à « augmenter les cadences au sein des centres de vaccination déjà ouverts », mais il faut aussi « ouvrir de nouveaux centres » en transformant par exemple les centres de dépistage. Enfin, les élus proposent de créer des « équipes mobiles capables de circuler sur le territoire, en particulier auprès des personnes qui se déplacent avec difficulté ». Contactée, l'ARS n'a pas répondu à nos sollicitations.

LES EXPLICATIONS DE L'AGENCE RÉGIONALE DE SANTÉ

L'agence régionale de santé (ARS) a finalement fourni des explications ce mardi, dans un communiqué commun avec la préfecture du Val-d'Oise.

« Les résultats présentés par TF 1/LCI pour cette enquête sont basés sur les adresses de livraison des vaccins, explique-t-elle. Or l'adresse de livraison des produits, qui répond à des contraintes logistiques, ne présume pas du département d'utilisation de ces doses, qui lui est arrêté sur des critères démographiques. » Et de préciser, à titre d'exemple, que l'intégralité des doses du vaccin Moderna utilisée dans le département du Val-d'Oise la semaine du 8 février, a été livrée en Ile-de-France dans le congélateur du centre hospitalier de Versailles.

« Une telle situation majore ainsi artificiellement le nombre de doses imputées aux Yvelines et minore d'autant les doses disponibles dans le Val-d'Oise », souligne le communiqué, qui encourage à privilégier l'indicateur « taux de couverture vaccinale », qui met en évidence le taux de personnes vaccinées dans le département au sein de la tranche d'âge concernée.

Pour le 95, près de 26 % des personnes âgées de plus de 80 ans sont ainsi déjà vaccinées, ce qui est le meilleur taux francilien. Près de 24 % des personnes âgées de 75 à 79 ans sont vaccinées dans le Val-d'Oise ce qui en fait également le meilleur taux francilien.