Covid-19 : à l’aéroport de Roissy, les hôtels sont vides mais les chantiers se poursuivent

Les hôtels de la plateforme aéroportuaire ont presque tous rouvert mais affichent des taux d’occupation extrêmement bas. Paradoxalement, le parc hôtelier se développe toujours car de nombreux chantiers étaient déjà en cours avant la pandémie.

 L’un des complexes hôteliers en cours de construction sur la plateforme de l’aéroport de Roissy se situe le long de la rue de l’échelle, en face de l’Innside Paris-Charles-de-Gaulle.
L’un des complexes hôteliers en cours de construction sur la plateforme de l’aéroport de Roissy se situe le long de la rue de l’échelle, en face de l’Innside Paris-Charles-de-Gaulle. LP/Marie Persidat

Alors que la situation n'a jamais été aussi mauvaise pour le secteur hôtelier, de nouveaux établissements continuent de sortir de terre sur la plateforme aéroportuaire.

L'effondrement soudain du trafic aérien a en effet pris tout le monde de court. Impossible de stopper des chantiers parfois déjà bien avancés, et prévus pour coller à l'augmentation régulière du trafic passager sur laquelle l'aéroport de Roissy tablait avant… que tout ne s'effondre. Dans cette conjoncture très particulière, plusieurs chantiers sont en cours, et pas des moindres…

335 chambres pour le futur Marriott

Le futur complexe hôtelier Marriott, dont les travaux ont débuté en novembre 2019 comprend deux entités distinctes, un établissement de la marque « courtyard » et une offre d'appartements résidentiels, le tout représentant pas moins de 335 chambres. La livraison des deux bâtiments est prévue pour le printemps 2022. Paradoxalement, ces nouveaux bâtiments sont en train de sortir de terre juste à côté d'un hôtel flambant neuf qui lui vient de déposer le bilan. Le Moxy Paris Charles-de-Gaulle-airport a en effet jeté l'éponge alors qu'il venait d'ouvrir ses portes : il fonctionnait seulement depuis la fin novembre 2019.

L'établissement ne s'est pas remis de la paralysie du secteur occasionnée par la Covid-19. Durant le confinement en effet la majorité des enseignes de la zone hôtelière avait dû baisser le rideau sur la plateforme, faute de clients.

Petit à petit, les hôtels ont rouvert, les dernières reprises d'activité en date remontant au début septembre. Actuellement, outre le Moxy qui cherche un repreneur, trois établissements ont gardé portes closes depuis cet hiver : le Millennium et le Sheraton sur la commune de Roissy, ainsi que le Courtyard situé au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). « Plutôt que d'ouvrir pour six ou sept clients, mieux vaut rester fermer parce que pour le personnel sinon c'est horrible, humainement c'est compliqué », explique Johan Kamerbeek, président de l'association des hôteliers du Grand Roissy.

La moitié du personnel au chômage technique

Le professionnel, qui est également directeur du Paris Marriott Charles-de-Gaulle, ne cache pas ses inquiétudes. « La situation est dramatique », confie-t-il. « En juin nous avions un petit espoir. Et puis finalement nous repartons de zéro en septembre. » L'été a été marqué par des taux d'occupation des hôtels restés très bas, malgré un léger frémissement, le nombre de vols augmentant durant les mois de vacances. Les chiffres du mois de juillet, les plus récents disponibles, indiquent ainsi une fréquentation de 23,7 % pour l'ensemble des hôtels de Roissy, en recul de 62,2 points par rapport à juillet 2019. Si l'on ne prend en compte que les établissements ouverts sur cette période (24 en juillet, contre 9 en avril), le taux d'occupation ne dépasse pas les 34,1 %.

On estime qu'au moins la moitié du personnel travaillant dans la zone hôtelière est toujours au chômage partiel. Et la situation ne semble pas s'améliorer en septembre, au contraire. La nouvelle vague de coronavirus qui semble s'abattre sur l'Europe a provoqué la mise en place de restrictions de circulation sur l'espace Schengen. Résultat, le trafic aérien est de nouveau en baisse, et les hôtels subissent de plein fouet cette tendance. « La clientèle d'affaires n'est pas là, les touristes ne sont pas là, et l'équipage des avions n'est qu'à moitié là », constate Johan Kamerbeek. « Nous prévoyons des chiffres d'affaires en baisse de 80 % cette année. Et même en 2021, nous prévoyons de ne faire que 50 % du chiffre par rapport à 2019. »

« On ne voit pas le bout du tunnel »

La zone hôtelière peut déjà faire une croix sur la fréquentation habituellement induite par les nombreux salons programmés l'hiver. Tous les grands rendez-vous sont annulés jusqu'à fin décembre, et l'incertitude n'a jamais été aussi forte pour les suivants. « Le fait que les salons ne reprennent pas plombe vraiment le marché car cette activité est une vraie locomotive pour la zone », constate Thierry Bogaczyk directeur de l'office de tourisme Grand Roissy. « On ne voit pas le bout du tunnel. » Le directeur veut pourtant croire en l'avenir. « Cela va revenir, on ne sait juste pas quand. » Il imagine volontiers une reprise de l'activité qui passerait d'abord par des séminaires et autres meetings. « Les entreprises auront toujours besoin de réunir leurs collaborateurs pour faire passer des messages. »

Au cœur de la tempête économique, l'optimisme est de rigueur chez Hyatt. Le groupe est sur le point d'ouvrir deux nouveaux hôtels. Le Hyatt place et le Hyatt house (sous forme d'appart'hôtels) proposent au total 430 chambres. Ces établissements quatre étoiles visent principalement une clientèle d'affaires, l'accueil d'équipages aériens, mais aussi des voyageurs lambdas.

L'équipe est déjà dans les starting-blocks puisque l'ouverture est fixée au début octobre. Elle a cependant été dimensionnée en fonction du contexte. « Nous avons adapté le recrutement », confie Luc Vicherd directeur régional pour le groupe Cycas Hospitality qui va exploiter le site. « Seule une trentaine a été effectuée sur les 66 prévus. » Et l'entreprise a eu le choix parmi de nombreux postulants. « C'est vrai qu'ils étaient contents de trouver un emploi dans le contexte actuel. » La direction de ces nouveaux hôtels a désormais les yeux braqués vers 2021. « Nous espérons vraiment qu'une partie de l'activité revienne, notamment les salons à Villepinte. »