Cormeilles-en-Parisis : venez consulter un médecin… à la mairie

La municipalité s’est équipée d’une cabine de télémédecine pour faire face à la désertification médicale. De plus en plus de communes s’y mettent.

 Cormeilles-en-Parisis, ce mardi 23 février. Il est possible de consulter un médecin à distance en toute confidentialité depuis le hall de la mairie.
Cormeilles-en-Parisis, ce mardi 23 février. Il est possible de consulter un médecin à distance en toute confidentialité depuis le hall de la mairie.  LP/Thibault Chaffotte

C'est la première commune du Val-d'Oise à s'équiper et sûrement pas la dernière. L'hôtel de ville de Cormeilles-en-Parisis dispose depuis quelques jours dans son hall d'une cabine de téléconsultation médicale. « La santé n'est pas une compétence communale, mais on n'a pas le choix, explique le maire (LR), Yannick Boëdec. Cormeilles, comme beaucoup de villes, subit une désertification médicale. Il nous reste dix médecins, dont deux vont partir cette année. » Pour la première année, la commune s'est dotée d'un budget santé. Il s'élève à 50 000 € dont 6 000 € pour la location de la cabine de télémédecine.

« C'est une réponse aux situations de premiers recours, explique Nicole Lanaspre, première adjointe au maire. Vous avez de la fièvre, votre médecin n'est pas disponible, vous n'allez pas aller à l'hôpital, vous pouvez utiliser la cabine. » L'appareil proposé par la société Medadom est présent dans 900 endroits en France. Jusqu'à présent, on le rencontrait surtout dans des pharmacies. Depuis novembre, une dizaine de mairies se sont équipées ou sont en train de l'être (Medadom vise 2 000 collectivités d'ici à la fin de l'année). Le Val-d'Oise compte 47 cabines dont celle de Cormeilles-en-Parisis.

LP/T.C.
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Faire face au manque de médecins

Les municipalités se mettent à louer ce type d'équipement pour faire face au désarroi des administrés qui se retrouvent de plus en plus sans médecin traitant. « La petite et la grande couronne sont le premier désert médical de France. 63 % des Français ont déjà renoncé à des soins et 43 % des passages aux urgences pourraient être traités par la médecine de ville », souligne Louis de Traverse, directeur des partenariats et du développement chez Medadom.

Son produit promet un accès à un médecin en moins de dix minutes, sept jours sur sept et sans rendez-vous. Et le coût est intégralement pris en charge par la sécurité sociale et le tiers payant « Notre service de téléconsultation est complémentaire. Ce n'est pas une baguette magique », nuance-t-il.

Néanmoins, la cabine de télémédecine devrait permettre de soulager beaucoup de patients. « Les gens qui viennent faire une téléconsultation, sont des personnes qui ont une urgence ressentie, poursuit Louis de Traverse.

Ordonnance délivrée à distance

Grâce à ces outils, on peut par exemple détecter une otite aiguë. » Après avoir pris place à l'intérieur, le patient est invité à rentrer sa carte vitale. « Il faut se connecter à son compte ou en créer un. Pour ça, le numéro de portable est obligatoire », explique Louis de Traverse. Après avoir répondu à quelques questions sur les allergies connues ou les traitements en cours, le visage d'un médecin apparaît sur l'écran. Le patient peut alors échanger avec lui grâce à un casque et un micro.

Oxymètre, stéthoscope, tensiomètre… sont à la disposition du patient. LP/T.C.
Oxymètre, stéthoscope, tensiomètre… sont à la disposition du patient. LP/T.C.  

Le praticien qui réalise cette téléconsultation est installé au siège de la société à Paris (XVIIe) mais il est possible d'intégrer les médecins du territoire, s'ils le souhaitent. Au cours de la consultation, le patient peut utiliser les six instruments à sa disposition : oxymètre (pour vérifier les insuffisances respiratoires), tensiomètre, stéthoscope, dermatoscope (pour regarder les détails de la peau), thermomètre et otoscope (pour les oreilles). Bien sûr du gel et des linguettes désinfectantes sont mis à disposition et la cabine est nettoyée après chaque passage. « Vous pouvez sortir de là avec une ordonnance si le médecin estime que c'est nécessaire », précise Louis de Traverse. Il est aussi possible de délivrer des arrêts de travail mais limité à trois jours maximum.

« Ça peut permettre d'éviter d'engorger les urgences »

Saïda, 45 ans, estime que cet appareil peut être une bonne solution pour répondre à la désertification médicale. « C'est pas mal pour les gens qui ne peuvent pas avoir accès à un médecin », confie-t-elle. Elle ne se sent pas concernée car elle travaille dans le milieu hospitalier. « C'est mieux que rien. Et ça peut permettre d'éviter d'engorger les urgences pour des bobos », ajoute-t-elle. Sébastien, 25 ans est plus réservé. « Une téléconsultation ne vaudra jamais une vraie consultation. Et s'il y a des pathologies qui passent sous le radar, ça peut poser problème », juge-t-il.

Slimane, 77 ans, est peut-être le candidat idéal. « Depuis deux ans, je n'ai plus de médecin traitant. Alors quand j'ai un problème, je vais directement à l'hôpital », témoigne-t-il. Il a plusieurs problèmes de santé, notamment de l'asthme. « Pour aller au deuxième étage de la mairie, j'ai dû me reposer deux fois », souligne-t-il. Il confie également avoir du mal à prendre rendez-vous sur Internet. « Je m'y connais pas du tout en ordinateur. Déjà le portable, j'ai du mal », soupire-t-il. La solution proposée par la cabine l'intéresse. « Je vais essayer », annonce-t-il.