Cormeilles-en-Parisis : menacé de mort par tags, le maire dépose plainte

Yannick Boëdec se dit victime de représailles d’un groupe de jeunes « qui pourrit la vie des habitants » depuis des mois. Les riverains confirment un été tendu.

 Taverny, le 11 juillet 2019. Yannick Boëdec briguera un troisième mandat
Taverny, le 11 juillet 2019. Yannick Boëdec briguera un troisième mandat LP/Alexandre Boucher

« Je vaux 100 millions d'euros quand même ! » ironise Yannick Boëdec. Le maire (LR) de Cormeilles-en-Parisis a beau manier l'humour, il n'a pas vraiment le cœur à rire. Le week-end dernier, il a découvert à différents endroits de la ville une dizaine de tags insultants et menaçants à son encontre et celle de la police. Sa tête a même été « mise à prix ».

Les écrits, semblent-ils rédigés par la même personne, ont rapidement été effacés. Mais le maire n'est pas près de les oublier. Il a d'ailleurs déposé plainte pour menaces de mort et menaces de crime contre personne dépositaire de l'autorité publique. « J'avais déjà été menacé par le passé mais de mort c'est la première fois », déplore l'élu, aux commandes de la ville depuis 2008.

Pour le maire, l'autorité de l'élu est visée

Yannick Boëdec pense avoir identifié l (es) auteur(s) de ces menaces. « Depuis plusieurs mois, un groupe d'une vingtaine de jeunes, mineurs ou majeurs, pourrit la vie des habitants dans le sud de la ville, explique-t-il. Ce sont des squats de halls d'immeuble, des concerts de rap à 3 heures du matin, des tirs de mortiers sur la police… On a passé un été compliqué. Le 14 juillet, ils ont organisé un guet-apens contre la police. Régulièrement des feux d'artifice sont tirés à 2 heures du matin comme on a pu le voir dans d'autres villes. Récemment, il y a eu quelques opérations conjointes de la police municipale et de la police nationale pour faire cesser tout ça. Ces tags, c'est de l'intimidation. »

S'il ne souhaite « ni minimiser, ni dramatiser » la situation car « ce n'est pas nouveau », l'élu, qui « ne va rien lâcher », s'offusque néanmoins de l'absence de réaction juridique face à ces comportements. « C'est un sujet grave mais dramatiquement classique, poursuit l'édile. Et on est qu'à Cormeilles … Ce n'est pas ma personne qui est visée mais l'autorité de l'élu. Une toute petite minorité agit en toute impunité. »

« Vous ne pouvez rien leur dire »

Le constat du maire, qui a reçu de nombreux messages de soutien sur les réseaux sociaux, est malheureusement partagé par de nombreux habitants. « J'ai vu ces tags, c'est absolument scandaleux, mais plus personne ne s'en émeut aujourd'hui, confirme Eddy en sortant de la gare. Dans une société normale, il ne faudrait pas laisser passer ça, mais il y a une inversion des valeurs aujourd'hui. Je trouve qu'on tape plus sur les quelques policiers auteurs de bavures que les délinquants et les gens violents. »

Nancy, qui habite dans la ville depuis trente-et-un ans, pense même « à partir de Cormeilles ». « Avec mon mari, on n'a jamais vu autant de policiers que lors de la dernière année, témoigne cette dame d'une soixantaine d'années. En juillet, tous les soirs, on a eu droit aux courses de scooter, aux pétards, aux feux d'artifice, aux trafics… Quand la police vient, ils les narguent et jouent au chat et à la souris. Un jour, je leur ai dit gentiment d'aller fumer leur truc ailleurs car l'odeur remontait jusqu'à mes fenêtres et je garde des enfants. Mais ils s'en foutent. »

Et le dialogue semble impossible. « Vous ne pouvez rien leur dire sinon vous vous faites insulter voire menacer », grince Thierry, qui dit « avoir failli en venir aux mains » avec certains il y a quelques mois. « Ils ne connaissent que la violence et n'attendent que ça. Maintenant, je préfère ne rien dire. Je n'ai pas envie de me faire frapper voire pire », confie ce quinquagénaire. Carlos, lui, est moins alarmiste. « Cormeilles reste une ville tranquille où il fait bon vivre. Il y a des villes bien plus dangereuses dans le Val-d'Oise. »